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   Session des 24 et 25 novembre  2005 (Orientations Budétaires et DM2)
      Intervention de M. Jean-Paul Bacquet, Président du groupe socialiste

Monsieur le Président, mes chers collègues, le débat d’orientations budgétaires s’ouvre dans un contexte financier difficile pour notre Région, puisque nous sommes, en matière d’endettement, tributaires du bilan de nos prédécesseurs, avec une dette en capital qui était, je vous le rappelle, de 333 millions d’euros fin 2003, auxquels il convenait d’ajouter 291 millions d’euros de restes à payer. Ainsi, nous nous trouvions placés au second rang des Régions françaises, pour ce qui concerne le taux d’endettement par habitant, avec une capacité de désendettement correspondant à trois ans et trois mois de nos recettes.
Monsieur Proriol nous reprochait de revenir sans cesse sur cette situation d’endettement, mais comment, deux ans après, ne pas y revenir, puisque cette situation d’endettement, incontestablement – vous me passerez l’expression – « plombe » l’action de ce Conseil régional pendant la durée de la mandature ? Il serait logique que lorsqu’on reproche aux uns d’utiliser cet argument, on ne l’utilise pas en permanence à l’Assemblée nationale et que l’on ne soutienne pas un Gouvernement qui trois ans et demi après sa prise de pouvoir, systématiquement s’exonère de toutes ses responsabilités sur ses prédécesseurs – et je pense en particulier au déficit monstrueux de la Sécurité sociale qu’il impute à ses prédécesseurs qui eux avaient su équilibrer les comptes.
Il est heureux, dans ce contexte, de noter, Monsieur le Président, que vous avez tenu l’engagement pris, il y a un an. À savoir, maîtriser cet endettement, par une limitation de l’emprunt d’équilibre au budget primitif, puis par deux réductions successives de ce même emprunt, lors des deux décisions modificatives, ce que souligne d’ailleurs une nouvelle fois favorablement le rapport du Conseil économique et social.
Et pourtant, 2006 et les années à venir seront de plus en plus difficiles à gérer. Non seulement en raison des transferts qui, nous le savons bien, s’ils étaient, dans le meilleur des cas, faits à l’euro près, seraient loin malgré tout de correspondre aux besoins des secteurs concernés. Non seulement encore, parce que certains transferts sont faits sans aucune compensation, ce qui est le cas des écoles sociales et médico-sociales. Non seulement enfin, parce que le Gouvernement et la majorité parlementaire ont décidé de limiter la maîtrise et l’autonomie financière et fiscale des Régions en limitant la taxe professionnelle à 3,5 % de la valeur ajoutée des entreprises.
Résultat : entre 5 et 7 millions d’euros de pertes de recettes pour la Région Auvergne !
Résultat : cette réforme de la taxe professionnelle épargnera les entreprises les plus puissantes et ne laissera une marge de manœuvre fiscale aux collectivités locales que sur les plus petites entreprises et malheureusement surtout sur les ménages.
Dans ce contexte difficile, comment ne pas souligner la volonté de la majorité du Conseil régional de donner aux lycéens et étudiants, le meilleur environnement pour étudier, grâce à des investissements importants dans les lycées qui, malheureusement, ne combleront pas les retards accumulés ; par l’aide financière à l’acquisition de manuels scolaires et surtout la fourniture du premier équipement en lycée professionnel ?
De même, en matière de formation professionnelle continue, la Région a inscrit le droit à la formation tout au long de la vie, pour aider chacun à accéder à l’emploi, la sécurisation des parcours professionnels et les chances de promotion sociale.
Comment ne pas souligner les efforts que nous souhaitons maintenir dans ce qui constitue un pôle fort de nos compétences : l’aménagement du territoire ? Parallèlement à une implication dans des politiques urbaines, où le Conseil régional était absent jusque là, je note l’amplification des contrats de territoires, leur inscription dans une logique de développement durable et d’obtention de résultats significatifs en terme d’accueil de populations nouvelles. C’est le signe que nous relevons, avec conviction, le défi démographique.

Je dois cependant vous dire, Monsieur le Président, mon inquiétude quant à l’opportunité de poursuivre les Contrats « Auvergne + » pourtant déjà largement sollicités par les élus de toute tendance politique, lorsque je lis dans le journal local du 10 novembre dernier, lors du Congrès de la fédération des élus bourbonnais, que le Ministre des Collectivités Locales déclarait : « Pourquoi ne pas supprimer les Pays ? ». Il y a là une contradiction que nous aimerions voir éclaircie, car il est quelque peu paradoxal de voir les élus de toute obédience se constituer en Pays et contractualiser avec la Région, alors qu’un Ministre de la République laisse planer le doute sur l’utilité de leur démarche. Ces déclarations obligent la Région à s’interroger désormais sur l’opportunité d’abonder des crédits au bénéfice de ces contrats de territoires, si à terme le Gouvernement veut les faire disparaître.

Je note aussi, dans le document d’orientations budgétaires, que notre effort d’investissements en faveur des transports ferroviaires sera poursuivi, avec continuation de la solidarité vis-à-vis des plus faibles, mais aussi vis-à-vis des étudiants et des lycéens, dans le cadre des gestes de solidarité que notre collectivité a consentis sur la tarification sociale spécifique. Je m’insurge contre les propos qui ont été tenus tout à l’heure par le Président du groupe de l’opposition car, en effet, lorsque j’entends dire qu’un terme, n’a pas été utilisé : celui de la désertification médicale et que la Région n’a pas posé de réflexion en cette matière, c’est mal connaître le travail qui est fait depuis des mois, qui n’est pas encore amené en Assemblée générale parce que, heureusement, Monsieur le Président, refusant les effets d’annonce, vous attendez le concret pour le mettre en Assemblée.

Oui ! Depuis des mois et des mois, nous travaillons avec les différentes organisations professionnelles pour voir ce qu’il en est et je voudrais dire combien, Monsieur Proriol, vous devriez vous inspirer de l’effet négatif des vieilles recettes qui n’ont pas marché. Ou bien vous ne les connaissez pas, ce que je ne peux imaginer, ou vous n’en mesurez pas l’inefficacité totale, et alors les responsabilités sont partagées. Madame Aubry, comme Monsieur Douste-Blazy, experts en communication, avaient l’un et l’autre mis en place des primes à l’installation et nous savons bien que cela n’a eu strictement aucun effet puisque les zones de désertification, qu’elles soient rurales ou urbaines, dans les banlieues en particulier, ne seront pas réglées par ce moyen-là.

De la même façon, vous demandez, Monsieur Proriol, que l’on définisse les zones sous-médicalisées. Mais avez-vous lu le rapport de votre ami le Doyen
Berland, rapport Berland-Mattéi, qui définit lui-même les zones de sous-médicalisation ? Il faut s’en inspirer et comme nous ne sommes pas des gens sectaires, nous l’avons lu avec beaucoup d’attention et nous en tenons compte.
De même, Monsieur le Préfet organise, comme le lui a demandé le Ministre de l’Intérieur, des réunions de travail avec les élus, sur la présence des services publics en milieu rural ou des services au public en milieu rural et, à chaque fois, le problème de la médicalisation est posé et, à chaque fois la question se pose : faut-il inciter les collectivités locales à investir dans des maisons médicales quand on n’a pas la certitude d’y avoir des professionnels de santé ?

Pour cela, les incantations ne suffiront pas, il faudra le courage de prendre des décisions politiques, à savoir l’installation des médecins, quand leurs études ont été payées par la collectivité, doit-elle être libre, avec un héliotropisme fort, avec une urbanisation forte ou au contraire, doit-on exiger de la part des professionnels de santé un certain engagement vis-à-vis de la collectivité qui a subventionné leurs études ? C’est un problème important et d’autant plus important aujourd’hui que nous mesurons ce que devient la médecine, une médecine à deux vitesses avec le dépassement d’honoraires. Les compensations à l’installation, indirectes, qui sont faites ne sont en aucun cas des incitations à l’installation dans des zones difficiles.

De la même façon, je dirais à Monsieur Proriol qui dénonçait le fait que nous ne nous intéressions pas suffisamment aux aides aux filières agricoles, que nous ne pouvons pas tenir un double langage.

Nous parlons ici de la nécessité d’aider les filières agricoles et à l’Assemblée nationale, il y a trois jours, vous avez voté une Loi de finances dans laquelle vous avez augmenté la fiscalité sur les entreprises agricoles, ce qui est totalement inacceptable mais surtout contradictoire.

Bien sûr, beaucoup reste à faire et le pari du désendettement n’est pas gagné, en raison de l’étranglement financier des collectivités locales qui désormais seront pénalisées, tant par le bouclier fiscal si favorable aux riches que par le « trop-perçu » de taxe professionnelle qui n’est en fait qu’une ristourne fiscale donnée en cadeau aux plus forts.

Certes, notre effort de rigueur budgétaire, tout en préservant la solidarité vis à vis des plus faibles et notre volonté de relever le défi démographique en Auvergne, n’apparaît que bien modeste, à
l’échelle de notre pays, eu égard au volume de notre budget, pour corriger les inégalités et réussir pleinement l’aménagement du territoire. Mais pourquoi ne pas reconnaître que, si tous les acteurs partageaient la même démarche, nous serions mieux armés pour faire face à la situation d’urgence que nous avons vécue ces dernières semaines, situation d’urgence sociale, bien sûr ?
Oui, il faut dénoncer la ghettoïsation progressive d’une partie de la population.

Oui, il faut dénoncer sa marginalisation, son exclusion, dénoncer et dénoncer encore plus fort la « lepénisation » progressive des esprits, l’abandon de zones de non-droit, la violence intolérable.

Tout ce contexte a rendu la situation explosive et des propos indignes, irresponsables, ne pouvaient qu’aboutir à attiser des tensions, alors que nous devrions ensemble souligner la nécessité d’une réflexion commune plutôt que la provocation dans laquelle certains se complaisent. Il serait facile, dans un tel contexte, de jouer la récupération politicienne, ce que je ne ferai pas. Mais cela ne nous empêche pas de nous interroger. Pourquoi, dans un tel contexte, avoir supprimé les emplois-jeunes, les adjoints de sécurité, la police de proximité ? Pourquoi avoir supprimé les subventions aux associations d’insertion ? Pourquoi avoir baissé les crédits de la politique de la ville de 13,6 % ? Pourquoi enfin ne pas avoir appliqué la loi SRU obligeant à un minimum de 20 % de logements sociaux dans les villes ?
Oui, mes chers collègues – je salue l’arrivée du Ministre –, le pire est à craindre lorsque la désespérance est poussée à l’extrême, lorsque dans notre pays, un jeune sur quatre est au chômage, trois sur quatre, le plus souvent, résident dans les cités.

Nous ne pouvons que condamner la violence et le désordre public, mais notre réponse, c’est avant tout celle de la République. À nous, élus, de veiller au respect de ses valeurs. La République, c’est l’ordre républicain, seul garant de la liberté. La République, c’est une obligation sociale assumée collectivement et sans laquelle il ne peut y avoir d’égalité. Les écoles, les centres sociaux, les bâtiments publics et leurs personnels constituent le bien commun que nous avons construit dans le cadre de la République. Ils doivent être respectés. L’ordre républicain est la règle de vie qui nous permet de surmonter nos différences, de quelques ordres qu’elles soient.

La République, il y a un siècle, a promu la laïcité, c’est-à-dire la liberté de conscience et le refus d’un communautarisme que l’on voit aujourd’hui grandissant et sur lequel malheureusement certains s’appuient pour des raisons bassement électorales, sans mesurer combien ils fragilisent la République. Il est vrai qu’il est plus facile de « jouer les gros bras » derrière les rangs de policiers, à qui d’ailleurs nous devons rendre hommage et de promouvoir, contre les violences de banlieues, les chefs religieux et les grands frères, plutôt que de s’attaquer aux véritables causes qui ont conduit à de tels débordements.

Oui, mes chers collègues, ce constat nous oblige à reconnaître que la seule urgence, c’est l’urgence sociale et que l’on ne répondra pas à la désespérance en manipulant la peur et l’angoisse, même si celles-ci sont souvent justifiées.

Oui, mes chers collègues, il y a une réelle urgence sociale pour les banlieues, mais cette urgence sociale vaut pour l’ensemble de notre pays, lorsque le nombre de RMIstes ne cesse de croître, lorsqu’un tiers de ces mêmes Rmistes le sont depuis plus de cinq ans, lorsque la consommation des ménages baisse, lorsque l’immobilier et les loyers flambent, lorsque l’augmentation du prix du pétrole n’est plus atténuée par le mécanisme régulateur de la TIPP flottante, mise en place par la gauche – et que le Gouvernement actuel refuse de rétablir, alors que l’on sait que nombre de Français ne pourront se chauffer cette année, pas même avec une aide symbolique « à la cuve » qui paraît dérisoire.

Cette urgence sociale, le Gouvernement en prend conscience bien tardivement et pour y répondre préconise l’inverse de ce qu’il a fait depuis trois ans. D’abord, il a procédé à des coupes sombres dans les emplois aidés : emplois-jeunes, CES, CEC... et aujourd’hui il tente de réintroduire ceux-ci sous diverses formes. Ensuite, ce Gouvernement a taillé dans les crédits de la politique de la ville, dans les aides aux associations, pourtant oh combien utiles, puis, aujourd’hui, il réintroduit une partie de ces aides financières à ces mêmes associations avec application, dès janvier 2006.

Dans la même ligne : suppression hier de la police de proximité et réintroduction aujourd’hui d’une police de terrain !

Hier encore, refus de soutenir la proposition de loi déposée par le groupe Socialiste pour la création d’un service civil et aujourd’hui, annonce de la création de 50.000 postes de service civil volontaire !

Toujours ces mêmes contradictions lorsque la droite vote contre la loi SRU et contre les pénalités aux communes n’ayant pas 20 % de logements sociaux et aujourd’hui, incitation par le Président de la République à l’application stricte de cette loi par le biais de l’autorité des Préfets. Il est vrai que je n’avais pas eu connaissance jusqu’à ce jour, d’un rappel à l’ordre adressé au Maire de Neuilly, pour ses 2,6 % de logements sociaux, ni d’un rappel à l’ordre au Maire de Chamalières pour ses 5,7 %, et je serais heureux de connaître si cette démarche est désormais mise en route par le Préfet puisque le Ministre l’a demandée.

Il y a, Messieurs, une certaine contradiction dans les propos qui ont été tenus par le représentant de la droite. Contradictions sur les OGM, en oubliant que, dans cet hémicycle, Monsieur le Président, vous nous avez proposé un véritable débat contradictoire sur les OGM. Pour qu’il soit de qualité, il vaut peut-être mieux attendre. De la même façon, vous avez demandé la transparence et cette transparence, oui nous voulons la connaître ! Lorsque le journal « Le Figaro », qui est un journal de gauche comme chacun le sait, dans son édition du 6 septembre, reprise par « Le Monde », le jeudi 8 septembre, déclarait – ce qui n’a jamais été infirmé – qu’il y avait près de 1.000 hectares de maïs transgéniques qui ont été exploités sans aucune autorisation et qu'aucun responsable dans notre région, dans le domaine agricole, ne peut nous affirmer que ce problème ne s’est pas posé.
Et Christian Ménard, Député UMP du Finistère, rapporteur de la mission parlementaire dont faisait partie notre collègue Proriol, déclarait dans le même journal et recommandait, en avril, une pause dans les essais OGM, indiquant qu’il n’avait aucune connaissance de ces 1.000 hectares de cultures non autorisées. Il faut la plus grande transparence sinon on n’arrivera à rien.
Contradictions sur le secteur autoroutier : pourquoi ne pas rappeler que nous avons demandé la construction, l’édification du barreau de Balbigny dans un vœu du 20 décembre 2004, adressé à Monsieur Barrot et que vos amis libéraux européens ont considéré qu’il n’avait aucun intérêt ? Rappelons que si nous nous sommes réjouis de la mise en service du viaduc de Millau, c’est parce que le Ministre Gayssot a choisi un mode de financement qui n’était pourtant pas dans sa culture, mais il l’a choisi pour une plus grande efficacité et ceux qui y étaient opposés, étaient au premier rang de ceux qui l’ont inauguré.

Ne nous y trompons pas, ces volte-face, cette incapacité à la cohérence, ces contradictions permanentes, ne masqueront pas la volonté délibérée de ce Gouvernement de poursuivre la politique de casse sociale qu’il mène depuis trois ans :

- avec le refus de prendre en considération le problème du chômage et celui de son traitement social, ou par des mesurettes ;

-  avec la remise en cause de la retraite par répartition, avec la fin de l’accès aux soins pour tous, puisque désormais la médecine à deux vitesses est instaurée ;

-  avec la remise en cause du Code du travail et l’institutionnalisation du contrat à durée déterminée pour tous.

Et la Loi de finances 2006 que le Parlement vient de voter, confirme ces orientations et notre inquiétude puisque, désormais, les plus riches se partageront 885 millions d’euros de cadeau fiscal. En effet, le nombre de tranches passe de 6 à 4, l’abattement de 20 % sur le revenu du travail est intégré au barème. Cela profitera bien plus aux hauts revenus qu’aux classes moyennes. Ainsi, en 2007, année où entrera en application la réforme, les 100.000 foyers les plus aisés bénéficieront d’un allégement d’impôts de 885 millions d’euros. En moyenne, chacun gagnera donc 8.850 euros, à
comparer avec l’augmentation de 500 millions d’euros de la prime pour l’emploi dont bénéficieront 8,5 millions de ménages modestes, soit 4,70 euros par mois pour chacun.
Et que dire du bouclier fiscal qui est l’étiquette collée sur une mesure qui avantage la petite minorité d’assujettis à l’impôt sur la fortune et qui consiste en un plafonnement à 60 % du revenu de l’ensemble des impôts directs ? Impact attendu : un allégement fiscal de 500 millions d’euros pour les 93.000 heureux bénéficiaires ; les 14.000 plus fortunés auront à se partager un pactole de 250 millions d’euros.

Il faut rajouter qu’un ménage ayant 10.000 euros de revenus annuels verra son impôt augmenter tandis qu’un autre ménage gagnant 18 fois plus bénéficiera d’un allégement fiscal de 4.876 euros.

Parallèlement, si la Région Auvergne souhaite augmenter sa fiscalité sur les entreprises, il faut savoir qu’un tiers de cette augmentation ne sera pas perçue en raison d’un plafonnement de la taxe professionnelle à 61,06 %. Non seulement l’autonomie financière de la Région se trouve remise en cause mais, de plus, l’illusion de la recette fiscale permettra les pires interprétations, alors que la recette encaissée réellement sera bien différente.

C’est dans ce contexte très difficile pour l’avenir de nos régions, de notre région et de notre pays que s’inscrivent nos débats sur le document d’orientations budgétaires. Monsieur le Président, notre pratique de la solidarité, notre pratique du maintien du maillage social et de contractualisation en matière d’aménagement du territoire, contraste fortement avec les pratiques gouvernementales que nous subissons au plan national, et c’est là un peu d’espoir que vous nous proposez dans ce contexte morose et dans un contexte d’inquiétude. Monsieur le Président, mes chers collègues, je vous remercie.

   Session des 24 et 25 novembre  2005 (Orientations Budétaires et DM2)
              Intervention de M. Pierre-Joël Bonté, Président du Conseil régional d'Auvergne

Nous sommes réunis pour le débat d’orientations budgétaires, le deuxième de la mandature et je souhaite qu’il soit l’occasion pour nous tous de faire le point de notre action et de nos perspectives, en particulier, en vu de l’adoption de notre budget les 9, 10 et 11 janvier prochains.
En ouverture de nos travaux, je voudrais tout d’abord vous indiquer et tenter de vous faire partager quelques éléments d’analyse du contexte politique national.

Les Régions sont, depuis 2004, dans une situation particulière, puisque majoritairement en opposition au Gouvernement. Depuis 20 mois, elles tentent, avec toute l’ambition de leurs élus et avec des moyens financiers qui sont les leurs, de mettre en place des politiques innovantes pour répondre aux attentes et aux problèmes de nos concitoyens.

Malheureusement, c’est peu dire que les Régions de France, et l’Auvergne en particulier, ne se sentent pas en phase avec le Gouvernement. Ce sont deux analyses de la société, deux projets qui s’opposent.

D’un côté, un Gouvernement qui prône la loi du plus fort au détriment du projet collectif, de la solidarité et de l’égalité. Un Gouvernement qui, en matière sociale, privilégie toujours la sanction et la répression. Un Gouvernement autiste qui déroule une politique libérale, qui génère de l’exclusion. Un Gouvernement « tout sécuritaire », qui continue d’opposer social et économique. Un Gouvernement qui, de ce fait, met en péril l’équilibre social et économique de notre pays.

D’un autre côté, des Régions qui mesurent aujourd’hui pleinement les conséquences du libéralisme sur les individus, sur les territoires, sur les quartiers, des Régions dont la logique politique est de proposer une société plus égalitaire, une société où chaque personne a les moyens de se loger, de se former, de travailler, mais aussi de se déplacer, de se soigner, en un mot : une société du « vivre ensemble ». Mais des Régions qui, par la force des choses, sont amenées à inventer seules une réponse à la crise de l’État providence, alors que ce n’est pas leur rôle, qu’elles n’en ont pas les moyens juridiques et encore moins – et j’insiste sur ce point – les capacités budgétaires.

Je vous le dis, ce n’est pas en piétinant les programmes d’insertion et de lutte contre les exclusions, puis en réaffectant finalement, sous la pression, les crédits sur la politique de la ville et du logement que le Gouvernement réussira à masquer son profond dédain pour la France qui souffre.

Les Régions, elles aussi, souffrent puisque toutes seront amenées à payer les conséquences du désengagement et de la compétition posés comme principes politiques. C’est donc dans ce cadre particulier que nous devons travailler et que nous devons remplir nos responsabilités :
-   celles de maintenir et de faire évoluer les services publics,

-   de garantir la continuité territoriale,

-   d’assurer aux citoyens un niveau de vie acceptable, alors que le processus de privatisation et de « détricotage » des services publics est lourd de conséquences pour les usagers qui doivent déjà supporter l’explosion des prix du carburant, du transport, du gaz et des complémentaires assurance-maladie.

Il nous faut apprendre à travailler avec un partenaire souvent défaillant, pas toujours loyal : l’État. Or, les Régions ne peuvent devenir les remparts de la politique fiscale du Gouvernement. Elles ne peuvent être le bouclier social de la politique de classe de ce Gouvernement.

Elles ne peuvent pas non plus continuer à travailler avec des moyens de plus en plus limités, alors que les attentes sont de plus en plus grandes.

Mais, nous aurons l’occasion de revenir, tout à l’heure, plus longuement sur cette question des moyens, lors de la présentation du débat d’orientations budgétaires.

L’Auvergne en a pris acte. La Région ne peut plus se payer le luxe de travailler seule, et c’est pourquoi elle apprend à travailler avec les partenaires naturels que sont les collectivités locales. Dans ce domaine, il y a beaucoup à faire, il y avait beaucoup à faire et il reste beaucoup à faire. Là encore, c’est un euphémisme.

Je crois en la concertation, j’ai la conviction que tout bon projet doit être partagé et porté collectivement. Désormais, la Région a la volonté de faire avancer les collectivités auvergnates toutes ensemble.

Je me réjouis des relations de travail qui ont été nouées par les élus de l’exécutif avec leurs homologues des principales collectivités régionales. Pour ma part, et à titre d’exemple, je rencontre, chaque trimestre, les Présidents des Conseils généraux pour une réunion de travail.

La Région doit avoir le souci de poursuivre le travail engagé avec les Auvergnats lors des Assises territoriales. Dans quelques semaines, nous reviendrons devant eux pour rendre compte de notre action.

Issue du débat avec les Auvergnats, la Charte pour l’Auvergne constitue, pour tout notre mandat, le socle de nos réformes. D’aucuns ont eu plaisir à railler les Assises et le processus de concertation engagé. À ceux-là, je dis : continuez ! Car jamais la Région Auvergne et ses partenaires n’ont autant travaillé et surtout travaillé ensemble. Jamais elle n’avait marqué son empreinte et créé autant de synergie autour des projets.

Renouveler l’image de l’Auvergne, l’ouvrir au monde et à l’international, accueillir de nouvelles populations, le chantier a non seulement été ouvert mais il portera bientôt, nous l’espérons, ses fruits. Au stade de France, 70.000 spectateurs ont appris que l’Auvergne était prête à les recevoir, à les installer.
En effet, un site unique d’accueil de nos actifs a été conçu pour présenter toute l’offre d’activités et les potentiels d’installation que nos territoires peuvent leur réserver.

En rupture avec la pure logique de communication qui avait prévalu jusqu’alors, nous avons rassemblé tous les acteurs régionaux de l’accueil autour d’une méthodologie commune et opérationnelle, une politique renforcée grâce au Contrat « Auvergne + », Contrat de développement durable des territoires. Les pays, les Départements disposent enfin des leviers qui leur permettent de monter des projets ambitieux et d’aménager durablement leur territoire.

Réforme également complète de l’appareil de formation et de l’apprentissage pour qu’il soit enfin pensé comme un facteur de promotion sociale et personnelle, pour qu’il devienne un vrai moteur au service des territoires et des entreprises.

En matière de développement économique, alors qu’on ne nous accordait que méfiance, nous avons réussi à refondre radicalement les dispositifs d’intervention de la Région. Le schéma régional de développement économique, grâce au niveau d’ambition que nous lui avons donné, sera un outil efficace pour dynamiser l’Auvergne.
 
Autant de secteurs où la Région est devenue le partenaire et l’incontournable interlocuteur au service de toute l'Auvergne. Nous devons, ensemble, construire pour que vive et se développe notre région qui en a assurément presque toutes les possibilités. Je vous remercie.


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