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Interventions
des élus du groupe
socialiste

du  Conseil  régional  d'Auvergne

 

Session des 15 et 16 novembre 2010
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Intervention de Monsieur Jean Mallot,  
Président du groupe socialiste et républicain du Conseil régional d'Auvergne

Monsieur le Président, mes Chers Collègues,
Ouvrir un Débat d’Orientations Budgétaires dans la nouvelle organisation institutionnelle imposée par les Gouvernements Sarkozy - Fillon relèvera désormais, chaque année, de la prouesse. Jugeons-en !

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La Région n’a désormais plus d’autonomie financière, bien que ce principe soit inscrit dans la Constitution depuis mars 2003,
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La Région ne peut plus lever le moindre impôt direct, conséquence de la décision du Gouvernement de supprimer la Taxe Professionnelle,
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La Région perd la reconnaissance de ses handicaps en se voyant confisquer toute dotation de péréquation,
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La Région se voit condamnée par ce Gouvernement à augmenter chaque année les dépenses contraintes liées aux transferts massifs de compétences non compensés par l’État, à l’instar des 1 500 agents des lycées, des formations sanitaires et sociales, de l’AFPA, des plateformes aéroportuaires…,
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La Région se voit condamnée par ce gouvernement à ne dépendre que des seules dotations de l’État, dont les montants sont rationnés et le plus souvent si incertains qu’il faut les ajuster en fin d’exercice. Ce sera le cas aujourd’hui lorsque nous examinerons la Décision Modificative n°2 du budget de cette année 2010,
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La Région se voit condamnée par ce gouvernement à subir, au moins pendant trois ans, un gel des dotations de l’État dans un contexte de hausse des dépenses contraintes,
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La Région se voit condamnée par ce gouvernement à n’utiliser comme seul variable d’ajustement de son budget que le recours à l’emprunt dont on sait combien celui-ci doit rester maîtrisé pour ne pas hypothéquer l’avenir,
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La Région se voit donc condamnée par ce gouvernement à réduire ses investissements, alors qu’elle est la collectivité la plus dynamique en la matière et qu’elle génère une activité considérable pour les entreprises régionales.
Mes chers collègues, je le dis clairement : cette mise sous tutelle des collectivités, à commencer par les Régions, est intolérable.
Elle est intolérable car elle est contraire à l’intérêt général.
Elle est intolérable car elle tourne le dos à la Décentralisation.
Elle veut nous ramener quarante ans en arrière, au bon vieux temps de l’Établissement Public Régional, avec une Assemblée muselée, sans pouvoirs, soumise au contrôle a priori du Préfet, composée d’élus départementaux réunis pour l’occasion.
Voilà où veut nous conduire ce gouvernement dont la stratégie politique consiste à supprimer tout ce qui s’apparente à un pouvoir distinct du sien.

Voilà aussi qui annonce les dégâts à venir de la future réforme territoriale annoncée pourtant « très économe de deniers publics ». Celle-ci  s’avèrera en fait un gouffre pour les futures assemblées régionales.
Pour l’Auvergne, le nombre d’élus régionaux passera de 47 à 146 : 35 dans l’Allier, 21 dans le Cantal, 27 dans la Haute-Loire et 63 dans le Puy de Dôme. De quoi évaluer d’ores et déjà le surcoût : 13 200 € par conseiller pour le seul agrandissement de l’hémicycle, 750 000 €/an de plus pour le fonctionnement des groupes politiques, 2,5 M€/an d’indemnités supplémentaires …
On voit bien que cette prétendue réforme poursuit un tout autre but : faire de la Région la simple addition de quatre départements ou chacun viendra défendre les intérêts de son clocher, sans projet régional. Le mille-feuilles que l’on prétendait simplifier sera donc complexifié. On ajoute une strate, la métropole, et le grand perdant, au bout du compte, contrairement aux affirmations de Monsieur Michel Mercier, ce sera le monde rural !!!
Mais le but réel du gouvernement sera atteint : exercer un contrôle total sur les collectivités.

Car nous vivons bien dans la société du contrôle : celui des collectivités, celui des individus, celui des élus, celui des représentants syndicaux, celui de la Justice, celui des journalistes…
Mais où s’arrêtera donc cette frénésie de main mise du gouvernement et de l’UMP sur tout ce que notre pays contient de forces vives, de sources d’initiatives, de relais d’informations objectives qui garantissent le bon fonctionnement de la Démocratie ?
Alors, malgré les coups durs qui s’abattent pour nous empêcher d’agir, devons-nous pour autant renoncer à préparer l’avenir de la nouvelle Auvergne ?
Le groupe socialiste et républicain que je préside ne renonce pas.
Nous approuvons le contenu du rapport du Président qui, malgré l’épreuve, décrète l’urgence.
L’urgence pour notre jeunesse proclamée « grande cause régionale ». Jeunesse pour laquelle nous honorerons notre engagement de la placer sur les chemins de l’autonomie en matière de logement, d’études, de mobilité et de santé. Les rencontres que nous organisons dans tous les départements, dans le cadre des Assises de la Jeunesse fédèrent, on le voit bien, un grand nombre d’acteurs jusque là dispersés. Et ces rencontres s’avèrent extrêmement riches, comme le sont d’ailleurs les rendez-vous web radio au cours desquels d’expriment directement les jeunes.
L’urgence aussi pour l’emploi, en faveur duquel nous ne faillirons pas dans notre quête d’identification des emplois nouveaux, particulièrement dans le domaine environnemental, mais aussi dans l’aide à domicile pour laquelle nous connaissons l’immensité des besoins, même si nous sommes conscients cependant de la difficulté à solvabiliser la demande.
Au moment où la courbe du chômage repart à la hausse, en France comme en Auvergne (près de 1 % d’augmentation en septembre), affectant plus particulièrement les jeunes, les femmes et les seniors. Le passage de Monsieur Wauquiez à ce ministère où il succédait à Monsieur Hortefeux, je le rappelle, s’achèvera sur un bilan des plus calamiteux.
L’urgence encore dans l’accueil d’une population nouvelle, active et porteuse de projets, d’initiatives, d’une énergie susceptible de redynamiser les territoires les plus reculés de l’Auvergne. Nos résultats, bien qu’encore insuffisants, sont là. L’évaluation de l’impact économique des nouvelles populations arrivées entre 2001 et 2006 vient de nous être transmis par l’A.R.D.T.A. Il en ressort que ceux-ci ont contribué à créer ou maintenir en 2006 environ 2,3 % de l’emploi total des territoires où ils s’installent. C’est un début encourageant.
L’urgence pour la recherche tant il est vrai que l’innovation est bien le vecteur par lequel se concrétisent la création de richesse puis la création d’emplois. Notre arsenal d’intervention a désormais un spectre large dont l’efficacité sera améliorée par l’ouverture aux clusters du Fonds Régional pour l’Innovation.
L’urgence pour la construction d’un nouveau modèle agricole  en phase avec les attentes de la société et porteur d’une juste rémunération des agriculteurs.
L’urgence enfin pour faire de l’Auvergne ce que l’on présente aujourd’hui sous le vocable d’éco-région, vocable qui résume à la fois une ambition, une solidarité, un état d’esprit tournés vers la qualité de vie des hommes et des territoires.
Les meilleurs experts du marketing territorial suggèrent l’organisation de notre politique régionale autour d’une ambition, d’un slogan, d’une marque partagée par tous les acteurs économiques, touristiques, universitaires et culturels : « Auvergne Nouveau Monde ».
Cette aventure nous semble particulièrement audacieuse et exaltante. Elle rappelle l’ambitieux slogan du maire de Montpellier, il y a plus de trente ans : « Montpellier la surdouée », lorsqu’il voulut donner à sa ville l’essor d’une grande métropole régionale.
Tout ceci a plutôt bien réussi à cette ville comme à la région Languedoc-Roussillon tout  entière.
Nous avons justement affirmé lors de notre dernier rendez-vous avec les électeurs en mars 2010 que l’Auvergne serait grande et qu’elle serait juste.
Notre ambition est aujourd’hui intacte. Et, bien que l’Auvergne ne soit pas une priorité des gouvernements actuels, nous maintiendrons le cap.
Nous remplirons nos engagements, même si nous savons bien qu’il ne faudra compter que sur nous-mêmes.
Les documents qui nous sont remis aujourd’hui attestent de cette volonté.
Volonté pour innover dans le domaine de l’emploi et de la formation, volonté d’aider à la conquête, par les jeunes, de leur autonomie, volonté de réussir les programmes du Très Haut Débit Numérique, volonté de constituer une véritable éco-région, volonté d’achever la rénovation de tous nos lycées…
Nous voulons réussir dans tous les domaines qui relèvent de notre responsabilité directe selon la loi.
Nous serions en droit d’attendre en retour que les autres institutions fassent de même, ce qui malheureusement est loin d’être le cas.
Prenons un exemple : celui des routes nationales dont la responsabilité relève, comme vous le savez, de l’État.
Que dire de ses atermoiements, de ses volte-face, de ses annonces contradictoires, de ses décisions sans cesse repoussées, pour la RN 88 en Haute-Loire par exemple, pour la RN 122 dans le Cantal ?
Pis encore, exemples que je connais encore mieux pour être un élu de ce département, que dire de la RN7 ou de la Route Centre Europe Atlantique qui traversent le département de l’Allier ?
Nous en sommes toujours aux vagues annonces, au  « saucissonnage  lent » sur la RN7, aux réponses imprécises de l’État dans le débat public sur la mise à deux fois deux voies de la RCEA, à l’arrêt du contournement Nord de Vichy dans le prolongement de la liaison de cette agglomération à l’autoroute A 71.
Cette indécision, ces annonces contradictoires, ces tentatives pour faire porter par d’autres la responsabilité des retards ont quelque chose d’indécent car, pendant que le gouvernement n’assume pas ses propres responsabilités, on meurt toujours sur ces routes qui, comme vous le savez, sont particulièrement accidentogènes.
Sur un autre sujet, mais qui relève toujours du domaine du transport, que dire des glissements du discours de ce gouvernement vers une option TGV Paris – Nevers – Mâcon qui condamnerait l’Auvergne, sa métropole régionale et Montluçon à tirer un trait définitif sur l’espoir d’une liaison grande vitesse avec Paris ?
Voilà pourtant un sujet sur lequel nous devrions tous nous accorder, sur tous les bancs politiques, que ce soit à la Région, dans nos villes, dans nos départements.
Convenons-en, nous ne pouvons aller à la bataille du tracé, essentiel pour l’Auvergne, en étant timorés, résignés, affaiblis par des divisions que ne comprendraient pas nos concitoyens.
L’heure est au contraire au rassemblement de toutes les forces, de toutes les énergies pour faire entendre la voix de l’Auvergne, afin de peser sur un choix qui risque bien, sans cette cohésion d’ensemble, de se faire en catimini dans d’obscures bureaux parisiens.
Le tracé Paris – Orléans – Clermont – Lyon a non seulement la faveur de notre Assemblée, il a l’assentiment de toute la population de l’Auvergne, de tous ses acteurs économiques, touristiques, universitaires, culturels… qui agissent malheureusement aujourd’hui en ordre dispersé ou attendent que soient lancées de nouvelles initiatives pour faire entendre la détermination de l’Auvergne et des auvergnats.
Je le dis clairement. La Région a pour vocation de fédérer cet ensemble, de booster toutes ces énergies, de prendre le drapeau de cette cause juste qu’est le désenclavement ferroviaire  grande vitesse de l’Auvergne, et au-delà du Massif Central.
C’est pourquoi je vous invite, Monsieur le Président, à poursuivre avec toute l’énergie qui vous caractérise, à trouver les soutiens de cette bataille décisive pour l’Auvergne que nous menons, je le sais, depuis longtemps, mais qui entre désormais dans une phase cruciale.
Je sais que vous mettez déjà de l’ardeur à la tâche, que vous avez convaincu des Régions comme Rhône Alpes, Centre et Île-de-France qui accréditent désormais cette option, que les départements concernés, nombreux, attendent d’emboîter notre pas, et avec eux les populations de leurs territoires.
Jamais depuis la bataille de la croisée autoroutière en Auvergne, le combat pour l’aménagement du territoire n’a suscité autant d’attentes, autant d’espoir, autant de détermination.
L ‘impatience est grande. La motivation aussi.
Le TGV pour l’Auvergne doit enfin devenir réalité !
Tout tracé alternatif serait considéré comme une trahison, un abandon définitif de l’Auvergne par le gouvernement, par Réseau Ferré de France et par la SNCF !
Autre sujet  d’importance qui mérite attention et mobilisation de notre Assemblée, toujours dans le domaine des transports : le repositionnement de l’aéroport de Clermont-Ferrand.
Le rapport qui nous est présenté, résultat de la mission d’étude du Cabinet BIPE éclairera sans nul doute les décisions du Comité Syndical.
Le développement et l’assise de la compétitivité du pôle de maintenance passent nous le savons tous par notre capacité à former les hommes, les jeunes plus particulièrement, sur des métiers pointus sur lesquels existent des tensions susceptibles de freiner le développement des entreprises.
Nous nous sommes déjà largement attelés à cette tâche que l’évidence nous amènera à confirmer dans les années à venir, tant l’Éducation et la Formation Professionnelle Continue constituent pour nous des responsabilités prioritaires.
Reste que le problème majeur posé à cette infrastructure aérienne régionale réside toujours dans la baisse continue de la fréquentation depuis 2002. Nous dépassions alors, je le rappelle, le million de passagers transportés, dont la moitié en transit via le hub, et nous avons constaté moins de 400 000 voyageurs pour l’année 2009.
Cette érosion a de multiples causes, évoquées dans le rapport, principalement liées aux recherches de rentabilité par les opérateurs. C’est une situation désastreuse que nous a léguée l’État par ce transfert de la plateforme aéroportuaire, dans l’acte II de la Décentralisation. Une de plus me direz-vous !
Mais plusieurs pistes permettent cependant d’espérer d’un avenir pour cet aéroport. Par exemple son repositionnement sur l’accueil d’un flux touristique, dès lors qu’une véritable stratégie territoriale, touristique notamment – mais ce n’est pas la seule - différenciera l’Auvergne d’autres destinations.
Et c’est en ce point que ce repositionnement rejoint l’ambition portée par la marque « Auvergne Nouveau Monde » que j’évoquais au début de mon intervention. A l’évidence, l’aéroport de Clermont-Ferrand s’inscrit dans cette perspective d’une Auvergne ouverte, accueillante, dynamique, active… où les valeurs liées à la qualité de vie prédominent.
J’en viens à présent à une appréciation d’ensemble des rapports de la Décision Modificative et du Débat d’Orientations Budgétaires.
Je constate, comme d’ailleurs le Conseil Économique, Social et Environnemental Régional, puisque c’est désormais son appellation, - le CESER – que notre budget 2010 voté à 663,71 millions d’euros se conclura à 665,15 millions d’euros.
0,2 % d’ajustement sur deux Décisions Modificatives, soit une somme inférieure à 1,5 M€.
Avouez que l’étroitesse de ce réajustement traduit combien, malgré les difficultés et les incertitudes, nous avions vu juste dans nos prévisions de début d’exercice.
J’y reconnais la clairvoyance de notre majorité, la rigueur de la gestion et de la programmation de notre Exécutif. Mais j’y distingue aussi l’application mise par nos services à garantir la consommation de nos lignes budgétaires et le sérieux de la préparation de nos budgets, en recettes comme en dépenses.
Je souhaite que puisse perdurer cette manière de faire et j’engage les services de l’État à produire suffisamment en amont, et dans la clarté, les bases de ses dotations annuelles alors que nous entendons çà et là diverses collectivités qui repousseront au mois d’avril 2011 l’examen de leur budget, tant celui-ci comporte d’incertitudes en matière de recettes provenant de l’État.
Je pense notamment au Conseil Général du Puy de Dôme dont le Président vient d’annoncer ce report.
Quant au rapport du Débat d’Orientations Budgétaires, il vient nous rappeler combien il est important de maîtriser les grands équilibres du budget, en cadrant son volume entre 640 et 645 millions d’euros.
A propos des équilibres budgétaires je me souviens des échanges que nous avions avec le Président Giscard d’Estaing qui, à la fin des années 1990, finançait à crédit ses grands investissements et ne se donnait pas les moyens de rembourser les emprunts correspondants, parce qu’il ne voulait pas augmenter les impôts. Eh bien nous avons hérité de ses emprunts, donc de ses dettes, en 2004.
Désormais la seule véritable variable d’ajustement, c’est l’emprunt. Et nous ne voulons pas faire comme l’État qui laisse filer le déficit de son budget et qui, contrairement à ses affirmations, prépare de nouveaux déficits pour la protection sociale, non sans avoir transféré la dette sociale passée et à venir – c’est une innovation – aux générations futures jusqu’en 2025 !

Nous
avons une politique budgétaire responsable et rigoureuse.
Alors, certes ce budget 2011 sera en baisse par rapport à 2010, mais nous vous demandons, Monsieur le Président de faire en sorte qu’il présente toutes les garanties du respect des engagements que nous avons pris devant les électeurs.
A commencer par les lycées et la Formation Professionnelle Continue pour laquelle je tiens à rappeler en quoi notre action s’avère positive. Pour ne prendre que l’exemple des formations sanitaires et sociales, je rappellerai que nous avons rendu concrète la gratuité des formations de niveau V comme la revalorisation des bourses des Aides Soignantes et autres étudiantes des carrières sanitaires et sociales.
L’aménagement du territoire, avec nos contrats Auvergne +, devra se trouver lui aussi conforté en 2011, comme d’ailleurs l’ensemble des programmes relevant de nos actions touristiques, culturelles ou encore sportives.
La Région tient bon la barre. Elle tient ses engagements. Elle confirme son respect de la parole donnée.
Permettez-moi, avant de conclure, d’évoquer l’inquiétude que nous partageons tous quant au devenir de la profession agricole en général, et des éleveurs en particulier.
Coincés entre l’hyperconcentration du marché de l’abattage et du conditionnement d’une part et les exigences financières des grands distributeurs d’autre part, nos éleveurs se trouvent acculés et privés d’une juste rémunération de leur travail.
Leur désespérance est telle qu’elle les oblige à se mobiliser, par exemple en bloquant l’accès aux grandes centrales d’abattage.
Malheureusement les éleveurs ne sont pas, ni compris ni même véritablement entendus par le gouvernement. Le Ministre, reconduit pourtant dans ses fonctions, se perd en déclarations de bonnes intentions alors qu’il faudrait agir effectivement.
Agir sur le marché. Agir auprès de nos partenaires de l’Union Européenne. Agir sur les distributeurs. Agir sur les intermédiaires…
Rien de cela n’est fait par le gouvernement. Les mesures que le ministre a annoncées sont insuffisantes. Cela démontre en réalité sa totale adhésion au jeu du seul marché.
Alors que les éleveurs unanimes estiment nécessaire une augmentation de 60 centimes d’euros le kilo sur pied, le dernier accord s’est conclu à seulement 5 centimes.
Il est donc évident que le problème demeure entier et qu’il ressurgira dans les prochaines semaines, tant les effets désastreux produits par la spéculation sur les céréales et matières premières ont un impact sur le prix de revient.
Devant cette situation je crois qu’il faut rappeler que ce sont les libéraux, très largement majoritaires en Europe qui, avec l’appui du gouvernement français actuel, souhaitent livrer définitivement l’agriculture au marché, sans régulation ni intervention de compensations de handicaps.
La « contractualisation » prévue par la loi dite de modernisation agricole n’est d’ailleurs que la mise en musique du libéralisme.
C’est dire si l’agriculture française, singulièrement celle de montagne, risque de connaître un avenir particulièrement dramatique. Les manifestations actuelles ne sont probablement que les prémices des réactions qu’engendrera l’application libérale de la PAC 2013.
C’est pourquoi je tiens à cette occasion à rappeler une nouvelle fois notre position vis à vis de la mise en application de la Politique Agricole Commune en 2013. Celle-ci :

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doit demeurer une politique commune ;
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doit assurer l’indépendance et la sécurité alimentaire des Européens ;
- 
doit assurer une stabilité des revenus des agriculteurs ;
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doit bénéficier à l’ensemble des productions, favoriser le changement des pratiques agricoles, privilégier l’emploi et l’occupation du territoire ;
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doit privilégier les systèmes de production les plus respectueux de l’environnement et des ressources naturelles ;
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doit adapter ses dispositifs au niveau régional pour prendre en compte les disparités géographiques et les spécificités territoriales (c’est la « régionalisation de la PAC);
-  
doit être dotée d’un budget à la hauteur des enjeux et des défis à relever.
Concernant le Conseil régional, dont le budget annuel agricole se compte en millions alors que celui de l’Europe et celui de l’État se comptent en milliards d’euros, il continuera d’agir selon ses moyens et avec les priorités que je souhaite rappeler :

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Orienter notre agriculture auvergnate vers des productions de très haute qualité et à très forte valeur ajoutée,
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Renforcer notre politique de labellisation et d’encouragement des productions AOC (Saint-Pourçain, Saint Nectaire, Cantal, Charolais, Salers, par exemple),
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Diversifier les sources de revenus des agriculteurs (tourisme, circuits courts, vente directe, implication dans la marque « Auvergne Nouveau Monde »),
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Mettre le paquet sur l’agriculture biologique et créer des nouveaux modes d’échanges entre le monde agricole, la société et les consommateurs que nous sommes.
Monsieur le Président, mes chers collègues, permettez-moi de commenter en conclusion, la composition présentée hier soir, après plusieurs mois d’un feuilleton frisant parfois le grotesque, de l’équipe de campagne électorale du futur candidat Nicolas Sarkozy, autrement dit du « nouveau » gouvernement.
Ce pourrait être l’occasion de faire le bilan des quatre ministres auvergnats dont on faisait grand cas il y a trois ans. Monsieur Hortefeux, grand expulseur de Roms et concentré, comme son mentor, depuis plus de huit ans sur la lutte contre la délinquance, c’est dire son efficacité ! Monsieur Wauquiez, ministre de l’emploi et recordman du chômage. Madame Amara, que ses collègues n’ont jamais vraiment acceptée et qui part en les maudissant tous. Et Monsieur Marleix dont aucun commentateur n’a prononcé le nom au cours de la semaine écoulée.
Nous voici donc revenus au bon vieux temps du RPR : fin de l’ouverture, fin de l’espace réservé au Centre, fin de la représentation de la diversité. Nous voilà face à une machine censée produire de l’électeur positif, à dix huit mois de la seule échéance qui intéresse l’actuel locataire de l’Élysée.
Nous l’avons compris, la France et les problèmes des Français importent peu. Seul compte ce gouvernement qui poursuivra la même politique et constituera le bras armé d’une stratégie de maintien au pouvoir de Monsieur Sarkozy.
Je doute que la France et l’Auvergne aient beaucoup à y gagner.

Je vous remercie.



Session des 15 et 16 novembre 2010
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Intervention de Monsieur René Souchon,
 

Président du Conseil régional d'Auvergne,

Mesdames, Messieurs,
Mes chers collègues,

Conformément à la loi, notre assemblée se réunit aujourd’hui pour débattre des orientations budgétaires qui configureront le budget 2011, un budget que nous voterons lors de la session des 16 et 17 décembre prochains.
Avant d’évoquer les questions budgétaires et nos choix stratégiques pour l’année qui arrive, je souhaiterais faire un arrêt sur l’avenir de l’institution régionale.
La réforme territoriale a été votée par une voix de majorité au Sénat et fait l’objet d’un ultime vote à l’Assemblée nationale ce jour même, marquant ainsi la fin des Régions à l’horizon 2014, la fin d’une certaine vision de la décentralisation, celle qui fut portée en 1982 et 1983 et qui apporta un grand bol d’air dans la gestion de notre pays, une modernité dans la gestion des affaires publiques, avec plus de proximité, plus de responsabilité vis à vis des citoyens.
Avec cette réforme que va-t-il se passer ? Nous allons assister en 2014 à la mise en place d’un syndicat interdépartemental reposant sur un scrutin uninominal cantonal. La région Auvergne sera alors gouvernée par 146 super conseillers généraux (la Commission mixte paritaire en a rajouté deux !) qui raisonneront fort logiquement  à l’échelle de leur canton.
Ce sera la fin de la vision à l’échelle régionale et de tous les efforts de prospective. Nous aurons une Région croupion, une région « low-cost ».
Cette réforme n’est que le point d’orgue d’une volonté délibérée de réduire le champ d’action des collectivités locales. Celle-ci s’est déjà traduite ces derniers mois par la suppression de l’autonomie fiscale avec l’abandon de la taxe professionnelle ainsi que par le gel des dotations de l’Etat pour les trois ans qui viennent.
Autrement dit,  l’Etat utilise la double lame : dans un premier temps, il dit : désormais vos recettes dépendront exclusivement de moi et dans un deuxième temps, la deuxième lame fait son effet : nous allons geler vos dotations pendant trois ans.
Cette réforme constitue une duperie car elle va même à l’encontre des objectifs qu’elle était censée poursuivre :
Celui de simplifier tout d’abord.  Non seulement on ne supprime aucune strate de collectivités ;  les communes, les communautés de communes, les conseils généraux, les conseils régionaux demeurent, mais on crée deux nouvelles entités,  la métropole et le pôle métropolitain.
On passe donc du mille feuilles au mille et une feuilles !
Quant aux économies recherchées, permettez-moi de vous rappeler les  surcoûts qu’engendre la réforme pour notre seule collectivité :
 
+750 000€ pour les groupes politiques dont les dotations sont fonction du nombre d’élus et des indemnités.
 
+250 000€ pour les déplacements des élus,
 
à quoi il faut ajouter celui de la construction de l’hémicycle qu’il conviendra de redimensionner.
Enfin, on nous a présenté le projet de réforme comme un moyen de clarifier les compétences de chacune des collectivités territoriales. Or le sujet est reporté à 2015 ! Aucune réponse dans la loi !
En réalité, la réforme territoriale du gouvernement consiste à lotir les Régions en super cantons pour en tirer plus de bénéfices électoraux.
Conformément au dogme libéral, le gouvernement réinvente la spéculation électorale.
Cette évolution tourne le dos à toutes les évolutions européennes. La France ne peut pas avoir raison contre tous les grands pays qui renforcent la régionalisation quand la France en sonne le glas.
Pour autant, il n’est pas question de se résigner. Bien au contraire.
La nouvelle loi fera l’objet d’un recours devant le Conseil Constitutionnel, notamment parce qu’elle condamne la parité et qu’elle consacre la disparition de fait des Régions, alors que la Constitution reconnaît leur existence depuis 2003.
Pas question de se résigner en Auvergne. Comme dans les autres Régions, nous entendons bien mener la politique pour laquelle nous avons été élus, malgré ce contexte contraignant et déprimant.
Nous avons mené depuis plusieurs mois avec l’ensemble de la majorité un travail de fond important pour faire face, au mieux, à cette nouvelle situation.  A travers l’organisation de séminaires, une concertation permanente, nous avons mis en place une gouvernance qui nous permet d’avancer avec détermination et volontarisme, en maintenant le cap sur les ambitions que nous avons fixées pour l’Auvergne.

                                                                                                           *    *   *

Dans un esprit de responsabilité et suivant une approche rigoureuse, nos orientations budgétaires s’articulent autour de 5 grandes priorités : la jeunesse, l’économie et l’emploi, le transport ferroviaire, la couverture très haut débit du territoire, l’avenir de l’espace rural.
Les fils rouges de la solidarité et du développement durable sous-tendent ces priorités.
Celles-ci doivent être poursuivies sans jamais sacrifier l’avenir au présent.
C’est la raison pour laquelle nous nous sommes fixés comme objectif  le maintien d’une capacité de désendettement qui devra rester aux alentours de 4 ans.
Cela devrait nous permettre de rembourser la dette sans difficulté tout en gardant une capacité d’investissement significative.
A l’inverse, si nous choisissions la fuite en avant de l’emprunt, que se passerait-il ? L’encours de dette augmenterait, on assisterait alors à une hausse des frais financiers, ce qui obèrerait d’autant notre capacité d’autofinancement de l’année suivante, avec au final, le risque de sombrer en 3 ou 4 ans dans une situation où toutes nos ressources seraient affectées au remboursement de la dette, ôtant à la région toute capacité d’investissement.
Ne disposant plus d’un levier direct sur nos ressources, le seul moyen qui nous permette de couvrir le financement des investissements sans augmenter l’encours de la dette est un taux d’épargne brute suffisant.
Nous maintiendrons donc une capacité d’autofinancement élevée en gardant un taux d’épargne brute de 24 à 25 % sur la durée du mandat alors qu’il est de 27 % actuellement.
Avec ces choix, nous pourrons ainsi assurer les investissements de demain et poursuivre nos efforts, notamment en direction des lycées et des voies ferroviaires.
J’ajoute que, conformément à la loi grenelle II, nous avons la possibilité d’affecter la modulation supplémentaire de TIPP à la régénération et à la modernisation des voies ferrées sur laquelle nous intervenons pour le compte de l’Etat dans le cadre du plan rail. Ce produit pouvant être estimé à 15 ou 16 millions d’euros, cela limiterait d’autant le recours à l’emprunt.
Avec des recettes estimées en baisse par rapport à 2010 entre 640 et 645 millions d’euros, nous serons contraints de réduire les dépenses, à la fois sur le fonctionnement, mais également sur les investissements.
Sur le fonctionnement, il faut savoir que la marge de manoeuvre est extrêmement réduite.
Impossible en effet de supprimer des postes dans les lycées comme le fait l’Etat dans l’ensemble de la fonction publique.
Il n’est pas question pour nous de négliger l’entretien des lycées, ni de renoncer au bon fonctionnement de la restauration des élèves.
Pour autant, nous nous sommes attachés, avec méthode, à réduire nos dépenses de fonctionnement 2011 de 2%.
En ce qui concerne l’investissement, nous proposons de passer de 220 M€ -rythme de croisière des dernières années- à 200M€ pour l’année 2011 ; soit une réduction de l’ordre de 17 millions d’euros.
Evidemment, cela nous obligera à des choix difficiles et à des recentrages sur nos compétences.
Nous l’avons déjà fait pour les routes nationales qui relèvent de l’Etat, nous étudierons le moment venu de quelle manière nous pouvons amender le Contrat de Projet Etat Région.
Cette réduction des dépenses d’investissement aura également des répercussions sur nos propres programmes, qui doivent -sans être remis en cause- , être davantage étalés dans le temps.
Mais nous n’avons pas l’intention pour autant de revenir sur nos engagements.
Les Auvergnats nous ont élus sur un programme. Nous commençons à l’exécuter.
C’est pourquoi nous entendons mobiliser, rassembler et porter nos efforts sur 5 axes majeurs.    
La jeunesse- grande cause régionale-, l’emploi, le numérique, le monde rural et le transport ferroviaire.
Pour la jeunesse, le mouvement est engagé. Nous avons multiplié les lieux et les temps de concertation (17 réunions ont été prévues aux quatre coins de la région, nous avons lancé une web radio, sollicité une présence très forte sur Internet) et je puis vous dire que la dynamique participative prend de l’essor.
D’ores et déjà nous avons suscité chez tous nos interlocuteurs des interrogations et des réflexions.

10 réunions sur les territoires ont déjà eu lieu,  dont 2 thématiques consacrées au logement et à la citoyenneté.
L’objectif d’échange et de partage d’expérience est réussi puisque toutes celles et tous ceux qui oeuvrent en faveur de la jeunesse : les collectivités territoriales, le monde associatif participent à ces rencontres et enrichissent l’élaboration de ce qui sera au printemps le pack jeune adulte.
D’ores et déjà une quarantaine de propositions apparaissent dans les domaines des transports, du logement, de la santé.
Les émissions de la web radio suscitent chez les jeunes un intérêt marqué et ils ont été nombreux à s’exprimer au cours des 6 émissions déjà réalisées.
Enfin le site Internet du « 16-30 » - nom choisi pour l’occasion- connaît une fréquentation croissante :  
A ce jour, près de 300 questionnaires ont été remplis en ligne et le site a accueilli plus de 5000 visiteurs depuis son lancement dont près de 2000 via facebook.

Toutes ces suggestions vont alimenter le livre blanc que nous vous présenterons pour la session de mars, ce qui nous permettra de proposer un premier train de mesures concrètes lors de la session d’avril 2011.
A quoi il conviendra d’ajouter ce que feront les nombreux partenaires, institutionnels ou associatifs, car la Région n’a pas vocation à s’emparer seule de la question de l’autonomie de la jeunesse.
Notre rôle est d’impulser, d’animer et de fédérer.
Autre démarche participative que nous venons de lancer sur un sujet tout aussi crucial et fortement lié à la question de la jeunesse, celui de l’emploi et plus particulièrement celui des nouveaux emplois et des nouveaux services.
Là encore, nous nous apprêtons à mobiliser fortement dès le début de l’année 2011 les acteurs institutionnels et économiques, mais également tous les Auvergnates et les Auvergnats qui le souhaitent pour investiguer les secteurs économiques, leur évolution en fonction des spécificités des territoires et participer ainsi à l’émergence de nouveaux emplois et nouveaux services.
L’objectif est d’aboutir à une vision très précise de ces nouveaux emplois et ainsi définir, par bassin d’emplois, les actions concrètes que nous engagerons tout au long de la mandature pour favoriser leur émergence et une nouvelle dynamique pour l’Auvergne.
La cellule de veille économique qui s’est réunie mercredi dernier a d’ailleurs fait écho très favorablement à cette vision à la fois très prospective et très opérationnelle ; ce qui laisse augurer, je le crois,  d’un travail très fructueux. Il le faudra car nos ambitions sont fortes.
Nous avons fait le choix d’un calendrier très serré puisque nous comptons faire des propositions dès la session de juin 2011 en même temps que nous soumettrons à l’Assemblée le Contrat de Plan Régional de Développement des Formations – le CPRDF-.
Autre grand chantier qui nous mobilisera fortement toutes et tous en 2011 et dans les années à venir, un chantier dont les liens avec les nouveaux emplois sont évidents, celui du très haut débit.
Sur ce sujet, je n’aurai de cesse de marteler le message suivant : le très haut débit est aujourd’hui le levier de développement le plus important pour notre région. Le seul véritable outil pour redonner à tous les territoires, urbains et ruraux des chances de développement.
Or malgré les plans européens, les plans nationaux, nos réussites sur l’accès au haut débit, l’opinion publique n’est pas suffisamment sensibilisée aux changements majeurs que nous pouvons espérer, tout comme elle ne mesure pas le risque de fracture territoriale terrifiante dont nous pourrions être victimes en Auvergne si nous n’y prêtons garde.
Le chantier est colossal. Il est colossal parce qu’il nécessitera des moyens financiers très importants, mais il est colossal car il exigera une véritable révolution des mentalités. Le temps n’est plus pour nos collectivités à la construction de « cathédrales » quelque soit la forme qu’elles puissent recouvrir. Nous devons tisser les liens avec le monde entier. N’importe quel lieu de notre territoire doit pouvoir être demain en relation avec n’importe quel endroit du monde !
Cela passe par la construction à la place du réseau téléphonique fil de cuivre d’un réseau fibre optique.
C’est un bouleversement technologique et les montants financiers en jeu sont considérables.
Le raccordement de l’ensemble des foyers français en très haut débit, c'est-à-dire le remplacement du réseau de fil téléphonique en cuivre par de la fibre optique s’élèverait à 35 Milliards d’euros. Pour l’Auvergne, c’est 1,5 milliard d’euros qui seraient nécessaires pour équiper tout de suite tous les foyers. Or, les intentions de déploiement exprimées par les opérateurs privés pour les 15 années à venir concernent au mieux 30 % de la population auvergnate, celle qui est située dans les zones les plus denses. Pour les autres, point de salut en dehors des interventions des collectivités. Nous touchons là une nouvelle fois aux limites du marché.
Alors dans ce contexte, l’action publique doit s’organiser, jouer la carte du collectif pour peser car l’Auvergne a un très beau coup à jouer. D’abord parce que nous avons réussi le pari du haut débit, ensuite parce que nous avons déjà entamé notre action collective avec les départements, les agglomérations, et l’Etat. Reste maintenant à trouver les moyens financiers ainsi que le bon modèle économique.
Notre Région a pris de l’avance avec le haut débit. Elle doit transformer l’essai et accentuer cette avance avec le Très haut débit en évitant à la fracture numérique donc à la fracture territoriale de se creuser.

Et nous avançons ! Lors de la dernière session, je vous avais informés de notre participation à l’appel à projet de l’Etat concernant des expérimentations, menées conjointement par les opérateurs et les collectivités locales.
Notre dossier a été retenu et nous allons donc procéder au test grandeur nature de notre modèle sur le bassin d’Issoire, une zone de moyenne densité de population qui n’intéresse pas le marché mais où l’alliance de notre collectivité et des partenaires privés doit nous permettre de démontrer ce qu’il convient de faire pour l’ensemble des zones à faible densité de population.
Autrement dit, nous sommes choisis pour être un laboratoire de l’avenir.

4ème pilier sur lequel reposera l’action régionale en 2011, celui du monde rural. Un monde rural très menacé et pourtant si vital pour notre région. Dans le contexte difficile bien connu de tous, d’aucuns s’interrogent sur la définition du modèle agricole que nous souhaitons voir se développer dans notre Région.
L’agriculture est à la base de l’économie du monde rural. Non seulement l’agriculture produit des biens alimentaires de qualité mais son rôle en matière de préservation de l’environnement est fondamental. Sans agriculture il n’est pas possible de tirer le meilleur parti du potentiel de l’Auvergne en matière touristique par exemple. Or, l’agriculture est à nouveau à un tournant de son histoire avec la réforme de la PAC à partir de 2013.
Aujourd’hui les productions animales qui caractérisent une grande partie de l’agriculture auvergnate sont menacées. Nous avons vécu la crise du lait, la crise ovine, la crise porcine. Nous sommes en pleine crise du troupeau spécialisé viande.
Les solutions doivent venir de l’Europe pour l’essentiel et de l’Organisation Mondiale du Commerce.
Dans l’immédiat, nos agriculteurs producteurs de lait ou de viande sont en difficultés. Pourquoi ? C’est surtout la conséquence d’une concurrence exacerbée entre producteurs et pays.
La guerre entre grandes surfaces et producteurs n’est que l’arbre qui cache la forêt. Plus globalement, l’agriculture hyper productiviste, le modèle de ces 30 dernières années, conduit les agriculteurs des zones défavorisées de montagne à la faillite. On ne peut pas produire le litre de lait au même prix en Haute-Loire que dans les grandes exploitations de l’Allemagne. Ce modèle d’agriculture, pour les productions animales, ne convient pas à nos zones défavorisées auvergnates. Il faut donc orienter nos agriculteurs vers un autre modèle.
On me demande au Conseil économique social et environnemental régional en particulier : quel est ce modèle ?
Je l’ai expliqué souvent mais parce que je constate aujourd’hui un plus grand intérêt, une plus grande écoute, parce que l’on nous questionne, je vais rappeler quelques principes.
La politique agricole se définit à Bruxelles et c’est la PAC qui la porte. C’est demain, 17 novembre que le Commissaire CIOLOS va faire ses propositions pour l’après 2013. A leurs lectures, ceux qui me critiquent régulièrement constateront que sur de nombreux points, les propositions que j’ai formulées à l’Association des Régions de France et au Comité des Régions européennes sont en accord avec les propositions du Commissaire. Il n’y a pas une agriculture mais une multitude d’agricultures avec des besoins différents et des intérêts parfois opposés. Il faut en finir avec cette illusion d’une agriculture et d’agriculteurs dont les intérêts sont identiques du Nord au Sud, de l’Est à l’Ouest.
La PAC d’après 2013 devra tenir compte de ces réalités et relever les défis de l’alimentation, des ressources naturelles et des territoires.
On s’achemine vers des aides à l’hectare, modulées suivant les productions, suivant les bonnes politiques environnementales, suivant les territoires : et cette PAC, plus juste et plus équitable, devra prendre en compte l’emploi, si essentiel en zone rurale.
Que restera-t-il des bonnes idées du Commissaire fin 2011 ? Après les débats au Parlement, on peut nourrir des craintes tant l’Europe est dominée par les libéraux qui ne jurent que par le marché et la concurrence. A lire le rapport remis récemment par Philippe ROUAULT -ex député UMP- à Monsieur le Ministre de l’Agriculture, il y a de quoi frémir.
Je cite : « l’effet de taille reste déterminant »,  « le rendement laitier en France est le plus faible des grands pays producteurs européens », «  restaurer un prix compétitif du lait implique d’agir tant sur la taille des entreprises laitières que sur la taille et les performances techniques  des exploitations ». Fin de citation.
Avec de tels principes basés d’abord sur l’agrandissement des exploitations, il ne restera pas beaucoup de producteurs de lait en Auvergne !
Le rôle de la Région de façon simple et synthétique est d’aider le plus grand nombre de nos agriculteurs à se mettre hors du marché concurrentiel européen et mondial. Nous devons favoriser tous les signes de qualité : le bio bien entendu, qui est un symbole de ces productions de qualité pour lequel le consommateur a de fortes demandes. Nous devons soutenir également :

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l’utilisation du label montagne,
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favoriser les circuits courts,
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accélérer la relocalisation  des productions par la commande publique,
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favoriser l’autonomie énergétique,
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soutenir l’installation des jeunes,
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favoriser la diversification et notamment l’agrotourisme.
Le modèle d’agriculture que nous souhaitons pour l’Auvergne est celui qui produit de la qualité, qui respecte l’environnement et en tire le meilleur parti, qui prend une place majeure dans la vie des territoires, un modèle qui soit un marqueur fort de l’Auvergne nouveau monde que nous sommes en train de construire.  

Enfin, je souhaiterais prendre quelques minutes pour évoquer un sujet qui mérite également quelques mises au point : celui de la ligne grande vitesse Paris Orléans Clermont-Ferrand Lyon.

L’Etat s’est encore une fois illustré à travers la voix du Préfet de Région dans un exercice de mauvaise foi caractérisée en portant l’anathème sur le Conseil régional d’Auvergne, au prétexte que nous
ne participerons pas au financement du débat public.
Permettez-moi de rétablir quelques points de vérité à ce propos. Ce n’est pas l’Auvergne mais les 5 régions concernées qui ont refusé ; car ce type de débat, rendu obligatoire par la loi, est du seul ressort de l’Etat.
Laisser croire que le refus des régions est le fruit d’une volonté de freiner le projet en dit long sur le degré de démagogie et de mauvaise foi du représentant du gouvernement en Région.
Permettez-moi de vous rappeler mes chers collègues que le Conseil régional a participé au financement des pré-études opérationnelles et que nous sommes prêts à financer les études qui suivront dans la mesure de nos moyens.
Seulement voilà, l’Etat tente de faire porter le chapeau de ses carences aux collectivités locales ; et comble de la perversité, le Préfet décide unilatéralement d’utiliser 1,5 M€ de FEDER relevant de la convention Massif central  et de la politique de la montagne alors que les cocontractants que sont les Régions Midi Pyrénées, Languedoc Roussillon et Limousin ne sont pas concernées directement par le projet de ligne à grande vitesse et que ce dernier risque de passer à côté de la zone de montagne du Massif central.
Cela a d’ailleurs valu une réaction très vive de leurs Présidents respectifs. Nous avons cependant choisi une attitude responsable et confié l’instruction de ce dossier à la Région Limousin -pilote en matière de transport dans le cadre de notre gouvernance collective-, tout en saisissant le Premier Ministre et la Commission européenne.
Car nous sommes en droit de nous poser aujourd’hui un certain nombre de questions. Quand l’on sait que la ligne Paris Orléans Clermont Lyon est chiffrée à 14 milliards d’euros environ et que l’Etat a du mal à trouver 1,5 million pour boucler le financement du débat public…  nous avons en effet de quoi nous interroger pour la suite !
Dans cette affaire, l’Etat cherche un bouc émissaire pour annoncer un retard du débat public, donc de l’arrivée du TGV à Clermont-Ferrand.
Un bouc émissaire à travers les Régions car il se trouve dans l’incapacité de financer le projet dans les délais qu’il s’est fixé, soit 2020.
Autre point qui doit nous alerter en Auvergne : ce sont les déclarations du directeur -Grands projets et prospective de la SNCF- du 23 octobre dernier à Nevers en présence du Secrétaire général aux affaires régionales d’Auvergne qui ne l’a pas démenti. Il a en effet annoncé d’une part, qu’il n’existait qu’un seul tracé possible : Paris – Orléans – Nevers - Macon - Lyon et d’autre part, que la ligne permettrait une vitesse de 360 km/h, ce qui exclut les lignes avec ballast.
Nous courons donc le risque de nous voir imposer une ligne qui passerait à 135 km au nord de Clermont, et qui au mieux, effleurerait les frontières de notre région, condamnant ainsi toute amélioration du temps de parcours entre Clermont-Ferrand et Lyon.
Il est donc urgent, mes chers collègues, de se mobiliser en faveur d’un tracé le plus au sud et la plus à l’ouest possible, d’un tracé qui permettrait d’irriguer à la fois Clermont, Montluçon, Moulins et Vichy.
J’ai donc l’intention de prendre une initiative très forte dès le début de l’année, ce sera le 25 février, afin d’organiser un lobbying rassemblant les élus, les représentants du monde économique et plus largement l’opinion publique.
Au jour d’aujourd’hui, l’association TGV grand centre Auvergne n’est plus en capacité de porter seule ce message, prisonnière qu’elle est de ses adhérents, notamment Bourges et Nevers, dont les intérêts sont opposés à ceux de l’Auvergne.
Les Auvergnats doivent se prendre en charge et défendre bec et ongles un tracé favorable à l’Auvergne, un vrai tracé de dynamisation du territoire.
Voilà mes chers collègues quelques grandes lignes de notre action pour 2011 et les moyens que nous entendons mettre en œuvre compte tenu du poids des contraintes dont nous faisons l’objet.
Nous avons besoin d’agir pour notre jeunesse, de faire émerger des nouveaux emplois, de gagner le pari du très haut débit, d’obtenir un tracé TGV en Auvergne et de donner toutes ses chances au monde rural.
Nous poursuivons donc le mouvement en faveur d’une Auvergne plus juste plus solidaire avec force et détermination.