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Session des 15, 16 et 17 décembre 2010 _____________________________________________________________________________________
Intervention de Monsieur Jean Mallot, Président du groupe socialiste et républicain du Conseil régional d'Auvergne
Monsieur le Président, mes Chers
Collègues, Voici
maintenant deux ans qu’explosait la bulle spéculative mondiale. Les dégâts sur
l’économie sont plus que jamais
visibles. Malgré
toutes les promesses de régulation, de remise en ordre, de chasse à
l’économie virtuelle, de poursuite des responsables, on peut dire aujourd’hui
que rien ne semble avoir véritablement changé. Des bonus
indécents, des millions de dollars, des millions d’euros, viennent en cette fin
d’année enrichir les traders. Il faut
dire qu’ils auront, en 2010, poursuivi leur besogne, réussi des
« coups », embarqué matières premières, céréales et monnaies dans les
spirales infernales de leur activité
débridée. On nous
avait pourtant promis que tout ceci serait terminé, que la régulation y
mettrait un terme après que les milliards de fonds publics auraient sauvé le
système bancaire, ce qu’ils ont fait d’ailleurs. Eh oui, il
n’y a pas si longtemps, traders et banquiers étaient la cible de tous les Chefs
d’États, à commencer par Monsieur Sarkozy, actuel Président du G20, qui,
rappelez-vous, voulait « moraliser le capitalisme ». Haro sur
la spéculation était le discours en vogue. Où en
est-on aujourd’hui de toutes ces condamnations et de toutes ces
promesses ? Après la
bataille vient le temps de mesurer les dégâts. Malheureusement la leçon n’a pas
été retenue : en clair, on attend le prochain coup de semonce.
Pourtant,
tous les signes avant coureurs d’une nouvelle accumulation et d’une nouvelle
catastrophe sont là : la régulation n’a pas été mise en œuvre, les
« hedge funds» passent de
mains en mains, couverts par des États qui optent pour les déficits publics et
la fuite en avant. Les monnaies tremblent, à l’instar de l’euro. Le chômage
explose tandis que l’on demande aux gouvernements de mettre en coupe réglée des
systèmes de protection sociale bâtis pourtant au fil des décennies. Et pendant
ce temps là, les délocalisations se poursuivent à un rythme effréné. Les dettes
colossales des États occidentaux s’accumulent, à commencer par celles des États
européens à qui l’on prédit une faillite en chaîne. Ces mêmes
États sont soumis au sacro-saint verdict des agences de notation, dont le seul
diagnostic peut provoquer des hausses vertigineuses du taux de leurs emprunts,
condamnant dans le même temps leurs travailleurs à la triple peine : perte
des acquis sociaux, augmentation de l’impôt, baisse des salaires. Voilà mes
chers collègues dans quel climat, dans quel environnement social et économique,
national et international, intervient l’examen du budget 2011 de la Région
Auvergne. Si j’ai
tenu à faire ce rappel, c’est que notre budget régional subira cette année
encore, et fortement, les effets de cette machine infernale, de cette toute
puissance des marchés sans régulation, de cette spéculation outrancière qui
lamine États, Collectivités locales et individus. L’Auvergne
en subira directement les conséquences par le simple effet du gel des dotations
de l’État, par le retrait de notre autonomie fiscale, par les désengagements
financiers de celui qui fut jadis un véritable partenaire. Le report
sans fin de projets de l’État, notamment routiers… sont le résultat de cette
cure d’austérité. Alors oui,
nous devrons cette année, et pour la première fois, réduire notre budget. Oui, nous
devrons cette année réduire la voilure de nos investissements, et avec nous
l’ensemble des collectivités départementales, communales et intercommunales. Ce sera,
n’en doutons pas, un grave préjudice causé à l’économie puisque toutes les
régions, sans exception, se trouveront placées en 2011 en situation de devoir
baisser leurs investissements. Je le dis
et je le répète, ces choix ne sont pas les nôtres. Ils nous sont imposés
par les tenants de l’ultralibéralisme aujourd’hui au pouvoir. Et nous ne
pouvons que tenter de résister à toutes ces contraintes pour confectionner un
budget recentré sur nos priorités certes, mais qui n’est pas le budget de tous
les déficits, contrairement à celui de l’État. Nous le
faisons malgré les transferts de compétences non compensés financièrement. Et nous le
faisons malgré la perte du droit à péréquation dont nous avons été privés
depuis deux ans. Nous
examinons donc un budget en recul, mais raisonnablement formaté à
645 millions d’euros. Monsieur
le Président, vous bouclez ce projet de budget avec un emprunt d’équilibre de
84,3 M€, en recul de 11 M€. Si l’on tient compte de l’emprunt affecté au
« plan rail », non reconduit cette année, vous réduisez donc l’appel
à l’emprunt de 27 M€ par rapport à 2010. Voilà des
choix clairs qui traduisent votre sens des responsabilités et votre vigilance à
ne pas obérer l’avenir de notre collectivité. Côté
dépenses maintenant, il est clair que cette nouvelle donne impose un passage en
revue de nos programmes et un recentrage sur nos principales compétences qui
sont, je le rappelle, les Lycées, la Formation Professionnelle, les Transports
Ferroviaires Régionaux de Voyageurs, l’Aménagement du Territoire et l’Action
Économique. A eux
seuls, ces contingents représentent l’essentiel du budget de la Région tant en
investissement qu’en fonctionnement. Les lycées
et l’enseignement supérieur constituent toujours le premier poste budgétaire
avec 161 M€. L’effort de notre collectivité sera soutenu en 2011 pour honorer
notre programme de rénovation entrepris en 2004, à une époque où je vous le rappelle
les lycées étaient pour la plupart laissés en déshérence par la majorité du
moment. Nous avons
le souci d’une action équitable en direction des quatre départements.
C’est pourquoi notre programmation 2011, pour les principales opérations de
rénovation lourde et pour un volume de 34,4 M€ de travaux, concernera trois
lycées dans l’Allier (Paul Constans à Montluçon, Gustave Eiffel à Gannat et
Presles à Vichy), deux lycées du Cantal (Émile Duclaux à Aurillac et la Cité
Scolaire de Saint-Flour), deux établissements de Haute-Loire (lycée agricole
d’Yssingeaux et lycée Lafayette de Brioude) et deux établissements du Puy de
Dôme (Roger Claustres et Sidoine Apollinaire à Clermont-Ferrand). Je
rappelle aussi que sept autres opérations seront engagées en 2011, équitablement
réparties entre les départements tandis que quatre projets feront l’objet
d’études préalables au lancement de la phase opérationnelle, notamment la Cité
scolaire Blaise Pascal à Clermont-Ferrand, pour ne citer que la plus
importante. Côté équipements,
je note dans les rapports le souci d’accélérer et de rendre plus performant le
dispositif d’Environnement Numérique de Travail, comme la reconduite de l’aide
à l’acquisition du premier équipement en lycée professionnel, au même titre que
celle pour l’acquisition des manuels scolaires Une
nouvelle fois, et le cru 2011 ne fera pas exception, la Région Auvergne sera
donc au rendez-vous pour honorer ses obligations en faveur de la Formation
Initiale.
Le secteur
des transports demeure quant à lui le second poste budgétaire avec 123
millions d’euros, dont 92,5 M€ sont consacrés à l’exploitation des Trains
Express Régionaux. L’achat de
la prestation servie par la SNCF coûte donc de plus en plus cher. C’est
pourquoi nous devons relever encore et encore nos exigences d’amélioration du
service aux usagers, en insistant sur la qualité de la prestation. Concernant
les matériels roulants payés par la Région, ceux-ci ont été intégralement
renouvelés ou rénovés. Notre effort financier n’a jamais été démenti, confirmé
d’ailleurs par notre engagement dans le Plan Rail ou encore dans le Contrat de
Projet État - Région.
Je
rappellerai aussi que notre volontarisme en matière d’action tarifaire, comme
l’abonnement de travail à plus de 75 km, la carte loisirs ou le billet de
solidarité, contribue largement à l’accroissement régulier de l’usage du train
dans notre région. Ces
prestations nous coûtent chers, je l’admets, mais elles s’avèrent très
appréciées par le public. Elles
complètent notre dispositif d’aide au transport des étudiants, le billet U,
dont le succès se confirme puisque 3 837 cartes auront été délivrées au cours
de l’année universitaire 2009/2010. Elles
complètent aussi la formule du « Billet Emploi » qui accorde la
gratuité sur les TER pour les démarches des demandeurs d’emploi. Concernant
la rénovation des gares, 21 opérations sont achevées tandis que se poursuivent
ou sont déjà opérationnels les travaux de connexion des pôles d’échange
intermodaux. Vichy, Saint Germain des Fossés, Riom sont achevés.
Clermont-Ferrand, Moulins, Le Puy en Velay et Aurillac sont en cours. Voilà, mes
chers collègues, un court arrêt sur image qui atteste de notre grande activité
dans le domaine ferroviaire. Et cette activité, nous entendons bien la
poursuivre en 2011. La
formation professionnelle et l’apprentissage viennent en troisième
position avec 115 millions d’euros de crédits qui leur seront consacrés en
2011. C’est dire
l’effort que nous maintenons dans cette compétence, là aussi. Il faut
rappeler cependant la progression massive du chômage, + 22,8 % en dix huit
mois, qui nous oblige à renforcer nos dispositifs. Le bilan
du passage de Monsieur Wauquiez au Secrétariat d’État en charge de l’Emploi
n’est pas fameux, vous en conviendrez. J’ajouterai même que son bilan n’est pas
à la hauteur, et c’est une évidence, de ses abondantes communications ou
apparitions médiatiques autosatisfaites, teintées de méthode Coué et encombrées
de bavardage superflu. Monsieur
Wauquiez s’en est d’ailleurs certainement rendu compte lui-même, puisqu’il n’a
pas l’air mécontent de lâcher la patate chaude du chômage pour s’intéresser
désormais aux affaires européennes.
En matière
de Formation Professionnelle Continue donc, notre action de mise en place d’un
Service Public Régional de Formation sera poursuivie, pour assurer à toute
personne sans emploi l’accès au niveau V. Je note
aussi dans les rapports, la prise en compte, dans le cadre du dispositif de
« Contrat de Continuité Professionnelle », des personnes en risque de
perte d’emploi ou dénuées de perspectives d’évolution.
Tout cela
va dans le bon sens et renforce notre action. D’autant
que l’élargissement de notre champ de compétences aux Formations Sanitaires et
Sociales nous a placés au cœur d’un segment où la demande est forte, et dont il
convient d’envisager l’inéluctable progression dans les années à venir. Nous nous
efforçons évidemment de répondre à cette perspective, bien que ce transfert de
compétences par l’État se soit effectué dans des conditions de compensation
financière désastreuses, comme le démontre d’ailleurs le Conseil Économique, Social et
Environnemental Régional en s’appuyant sur la lecture du rapport 40 du
Président. Mais, même
dans l’adversité, malgré toutes ces contraintes budgétaires que le Gouvernement
nous inflige, nous ferons face pour délivrer une offre de formation adaptée aux
besoins et aux enjeux pour notre région.
Action
économique et Aménagement du territoire constitueront, pour 2011, deux
blocs très importants de notre action. Nous
savons que nous sommes attendus sur ce front là. Nous savons aussi combien est
apprécié le dispositif de lutte contre les effets de la crise et de soutien aux
entreprises que notre exécutif a mis en place en 2008. Permettez-moi
cependant de vous mettre en garde, mes chers collègues, contre le discours
ambiant, particulièrement du côté de la droite, qui voudrait nous faire croire
que la crise serait désormais derrière nous. En fait,
la réalité de cette « sortie de crise » ne peut être décrétée à
partir de signes trop timides de reprise économique. Et ce
n’est pas le corset dans lequel le gouvernement enserre les collectivités
locales, les privant de leur capacité d’investissement, qui arrangera les
choses.
L’investissement
public n’est pas tout, je le sais, mais il s’avère déterminant, dans les
périodes comme celle que nous traversons. J’exprime,
pour ma part, une grande prudence sur cette prétendue « sortie de
crise », qui provient davantage de l’incapacité des États à réguler une
spéculation qui continue d’enflammer les transactions qu’à la capacité réelle
des entrepreneurs à investir sur leur outil de production. Malgré
tout, il nous faut bien aller de l’avant et encourager l’initiative. C’est
notre rôle et c’est ce qu’attendent de la Région, à la fois les salariés et les
entrepreneurs.
Vous
continuerez donc, Monsieur le Président, à actionner notre cellule de veille
économique pour agir sans tarder là où les besoins se font sentir : - par des
mesures de sauvegarde immédiate comme le permettent désormais nos dispositifs, - par nos programmes de formations, - par notre
action auprès des banques pour faciliter l’accès au crédit et la gestion de la
trésorerie des entreprises. Mais notre
action ne saurait se limiter au seul court terme. C’est pourquoi le développement
de nos programmes en faveur de l’innovation, la détection et l’accompagnement
des projets, la recherche d’investisseurs, l’apport de fonds propres aux
entreprises… seront autant d’efforts
que nous voulons intensifier. Nous
sommes en cela cohérents avec les axes de notre Schéma Régional de
Développement Économique adopté le 15 mai 2006 et de notre Schéma Régional d’Aménagement et de
Développement Durable du Territoire du 7 novembre 2009. Notre
objectif tient, vous le savez, en six points : -
Investir dans les infrastructures essentielles pour notre
territoire. -
Consolider et diversifier notre socle industriel par
l’innovation. -
Miser sur l’économie résidentielle et le tourisme. -
Créer un environnement d’exception pour les entreprises. -
Former les hommes pour demain. -
Promouvoir un modèle de développement original conjuguant
esprit d’entreprise, qualité de vie et solidarité.
Investir
dans les infrastructures essentielles pour notre territoire, nous le ferons
encore cette année pour nos lycées, nos laboratoires de recherche, nos
universités, nos infrastructures de transport ferroviaire et aérien, notre
réseau numérique. Nous le
ferons aussi pour les Pays : la montée en charge de nos crédits en faveur
des Contrats Auvergne + montre le soutien que nous apportons à l’initiative
territoriale. Miser sur
l’économie résidentielle et le tourisme, nous le ferons à nouveau en 2011. Par
un maintien de nos crédits, bien sûr, mais aussi par une impulsion nouvelle que
donnera l’adhésion collective de tout ce que l’Auvergne compte de forces vives,
à la marque « Auvergne Nouveau Monde ». Agriculture,
économie sociale, culture ou encore les sports complètent ce panorama ambitieux
de filières que nous voulons maintenir ou
conduire ou à l’excellence. Vous
l’avez compris, ce que nous voulons, c’est promouvoir un modèle de
développement original conjuguant esprit d’entreprise, qualité de vie et
solidarité.
Nous
voulons rendre l’Auvergne de plus en plus attractive. Pour cela il faut qu’elle
innove et que notre collectivité accompagne ce dynamisme en donnant les
impulsions nécessaires, en ouvrant le champ de la prospective. En ce
sens, 2011 sera une année décisive tant nous fondons d’espoirs sur de nouvelles
actions au premier rang desquelles figureront bien entendu les programmes
« Nouveaux emplois, nouveaux services », « Auvergne Nouveau
Monde » ou encore le « Pack Jeune Adulte ».
Je
m’arrêterai un instant pour développer le contenu de ces trois ambitions.
« Nouveaux
emplois, nouveaux services ». Comme son intitulé nous l'indique, le forum
que nous organiserons en 2011 aura pour finalité l’identification des activités
économiques et des métiers d’avenir. Trois cibles seront privilégiées
par notre collectivité : -
les nouvelles filières d’innovation à fort potentiel d’abord
(les secteurs de l’économie verte, du numérique, de l’alimentation et de la
santé), -
les filières classiques connaissant des transformations de
l’emploi ensuite (la mécanique, la métallurgie, la plasturgie, la construction,
le bâtiment, le tourisme, l’agriculture et la filière bois), -
enfin les filières du service à la personne et de l’économie
sociale (la culture, le sport, les loisirs, la santé, l’insertion). Ces
travaux concerneront toutes les forces vives de la Région Auvergne et
conditionneront notre action dans les années à venir, notamment pour orienter
les dispositifs de formation en direction des nouveaux besoins. « Auvergne
Nouveau Monde », au-delà du concept, est une marque qui devient désormais
une réalité. Elle porte la griffe de notre ambition que nous voulons voir
partagée par tous les acteurs économiques, touristiques, universitaires et
culturels. Les
premiers contacts, fructueux, nous permettent de faire travailler ensemble de
multiples partenaires au sein d’une association qui sera à la fois propriétaire
de la marque et chargée d’en assurer la promotion.
A
l’évidence, la fédération de tous les acteurs autour de cette marque renforcera
l’attractivité globale, comme l’image de l’Auvergne, d’ailleurs. Tout cela en
parfaite concordance avec nos ambitions d’accueil de populations nouvelles. Le « Pack
Jeune Adulte ». Il s’agit là, vous le savez, d’un engagement fort pris
devant les électeurs en mars 2004.
Nous avons
décrété la jeunesse auvergnate « grande cause régionale », et nous
mesurons bien la portée de cette décision. C’est
pourquoi nous ne limiterons pas notre action à l’énoncé d’un simple slogan. La
phase de consultation institutionnelle comme la phase de concertation directe de
la jeunesse sont pratiquement achevées. La réalisation d’un livre blanc sur la
jeunesse sera finalisée au cours du 1er trimestre 2011 et présentée
à notre Assemblée en avril, pour décider de premières mesures permettant aux
jeunes auvergnats d’accéder progressivement à l’autonomie. Voilà mes
chers collègues, quelques-unes unes de nos ambitions pour 2011. Tout cela est
palpable, concret. Et ce ne
sont pas les conférences de presse intempestives et polémiques de Monsieur
Dugléry, encore moins les insultes qu’il profère dans la presse, qui nous
empêcheront d’aller de l’avant. Je vous le
dis Monsieur Dugléry, le budget 2011 sera un bon budget pour l’Auvergne. Il allie à
la fois le réalisme qui sied à la difficile période que nous vivons, l’audace
et le sens de la prospective qui conviennent à une région qui veut désormais
s’épanouir dans la cour des grands. Alors,
Monsieur le Président du groupe UMP, plutôt que de faire de la polémique
inutile, allez demander à vos amis du gouvernement de nous restituer les
crédits de la péréquation qui nous reviennent. Vous ne vous gênez pas à la
Communauté d’Agglomération de Montluçon pour récupérer directement sur l’impôt
des ménages le manque à gagner dû à la suppression, par vos amis politiques, de
la taxe professionnelle. Allez leur
demander aussi de nous verser les fonds liés aux transferts de charge non
compensés. Allez leur
demander de respecter la signature de l’État sur les projets routiers, la RCEA
par exemple, ou encore sur les projets universitaires. Allez leur
dire que l’Auvergne mérite un TVG qui relie effectivement Paris,
Orléans, Clermont et Lyon. Alors là,
et là seulement, vous rendrez service à l’Auvergne, plutôt que de demeurer dans
une posture de critique systématique et sans fondement, qui ne sert en rien les
intérêts de notre région. D’ailleurs,
Mesdames et Messieurs de l’opposition régionale, nous attendons toujours vos
propositions, une réelle contribution pour faire avancer l’Auvergne. Si ce
budget ne vous convient pas, que proposez-vous ? Nous brûlons d’impatience
d’examiner vos amendements, notamment pour améliorer les ressources de la
Région, par le recours à l’emprunt peut-être ? Voilà, mes
chers collègues, ce que je souhaitais dire au nom de mon groupe, en
introduction de nos débats qui, je n’en doute pas, seront fructueux.
L’abondance et la qualité des rapports préparés par les Services de notre
Conseil régional, serviront avantageusement nos discussions. Je suis
sûr également que nos débats permettront de mettre en évidence, au long des votes
qui émailleront notre session, le double langage de nos détracteurs. Nous
attendons donc de l’ensemble des élus de notre Assemblée régionale une haute
tenue des discussions qui permette d’avancer si possible tous ensemble,
vers l’avenir ambitieux que notre région mérite. Je vous
remercie.
Session des 15, 16 et 17 décembre 2010 _____________________________________________________________________________________
Intervention de Monsieur René Souchon, Président du Conseil régional d'Auvergne,
En
propos liminaires, je vous annonce que nous avons le plaisir d’accueillir des
jeunes de la mission locale de Cournon,
présents dans nos murs pour deux jours de présentation de notre collectivité. Soyez les bienvenus ! La
session que nous ouvrons aujourd’hui est singulière à double titre : elle
va déterminer, comme chaque année, le budget de notre collectivité et donc
l’ensemble de nos orientations pour l’année qui vient. Mais,
ce faisant, elle consacrera l’adoption des fondements
de notre action telle qu’elle a été présentée aux citoyens Auvergnats en
mars dernier, lors des élections régionales. Elle
marquera ainsi de son sceau le début de nouvelles avancées pour aller vers une
Auvergne plus juste, plus solidaire, plus citoyenne et plus écologique. Le
budget 2011 est le reflet des
ambitions que la majorité a porté devant les électeurs. Il est en ce sens totalement conforme à notre programme
électoral : priorité est donnée à l’emploi,
à l’avenir de la jeunesse, à
l’Auvergne du bien être et du mieux
vivre. En
confirmant nos engagements, nous démontrerons notre volonté d’œuvrer en faveur
de l’Auvergne du futur. Cet
acte fort qu’est le vote du budget prend une ampleur nouvelle cette année car
il s’inscrit dans un contexte de crise,
une crise profonde et durable parce que systémique. Nous
assistons aujourd’hui à la fin d’un
système. Reste
que les voies nouvelles tardent à être tracées
par nos gouvernants à l’échelle du monde
et de la France. Ce
gouvernement prend d’ailleurs des chemins ignorant
les aspirations du peuple. L’exemple
des retraites est à ce titre très révélateur du déni de démocratie qui nous est imposé. Car, au moment où des millions de personnes étaient dans la rue, le parlement entérinait le texte du gouvernement, démontrant
ainsi l’incapacité de la représentation nationale à être en phase avec les
attentes des Français. Quand
la démocratie représentative ne
fonctionne plus ou qu’elle fonctionne mal, ce qui est aujourd’hui le cas, il ne
reste que la manifestation de rue pour essayer de se faire entendre. Notre
démocratie se trouve en pleine errance et
cela confère aux collectivités locales une place
et un rôle majeur pour essayer de
contrebalancer les effets subis par la population. C’est
sans doute pour cette raison que la réforme
territoriale – dont le conseil constitutionnel a déclaré inconstitutionnel
l’article 6 qui définit le nombre de conseillers territoriaux par région- programme la fin des Régions en 2014 en les
livrant aux conseils généraux ! Seuls
les espoirs que nous mettons dans les résultats de la présidentielle de 2012
seront susceptibles de la remettre en cause, au profit d’une autre réforme, plus
conforme à l’esprit des lois de décentralisation des années 1982 et 1983. Pour
l’heure, le gouvernement a enlevé aux Régions toute possibilité de voter
l’impôt direct, ôtant ainsi tout levier d’action sur ses recettes directes. Le
seul qui nous reste (impôt indirect) est la taxe sur les cartes grises. Je vous rappelle qu’elle est à 40€/ cv et que nous
ne la modifierons pas en 2011. C’est
donc dans ce contexte très contraint que nous avons construit ce budget 2011. Autant
dire que les arbitrages ont été difficiles et je voudrais saluer une nouvelle fois la responsabilité
dont les Vice présidents ont fait preuve. Il
y a peu, les dotations de l’Etat faisaient l’objet d’un « pacte de stabilité financière » incluant les variables
de l’inflation et de la croissance. Ce
pacte s’est réduit comme une peau de chagrin et s’est finalement transformé en gel pur et simple des dotations de l’Etat ; ce qui, compte
tenu d’un taux d’inflation prévisionnel de +1,5%, représentera pour notre
collectivité une perte de recette de
3,15 M€ par an pour les trois
années à venir. Je
constate également que la différence entre les
charges et les ressources issues des transferts opérés par l’Etat depuis
2004 s’établit en notre défaveur à 9,5 M€, l’essentiel portant sur
l’enveloppe consacrée aux agents des
lycées. Ainsi,
comme le souligne le rapport remis par les
sénateurs DOLIGE (UMP) et JEANNEROT (PS) dans le cadre de la délégation
sénatoriale aux collectivités territoriale et à la décentralisation, le
transfert des agents de lycées fait l’objet d’ « une compensation très en dessous des charges réelles »
et nous risquons d’assister à un dérapage des coûts dans les années à venir, du
fait du seul glissement vieillesse
technicité. A
cela s’ajoute la non éligibilité de
l’Auvergne à la dotation de péréquation depuis 2008, ce qui représente une
perte sèche de 12 M€. Dans
ce contexte et conformément aux propos que j’ai tenus lors du débat
d’orientations budgétaires, nous présentons
un budget qui connaît une baisse de 2%
en fonctionnement et qui passe de 220 à 200 M € en investissements. Nous
avons opté pour ces choix en nous projetant
jusqu’en 2014, c'est-à-dire jusqu’à la fin
du mandat qui nous a été confié par les Auvergnats. L’esprit de responsabilité nous conduit ici à ne pas laisser une situation financière détériorée derrière nous. Il
n’est donc pas question de se lancer dans une fuite en avant par un recours
massif à l’emprunt Notre capacité d’autofinancement sera maintenue
jusqu’à la fin du mandat en
fonction de deux règles que nous nous imposons : ð La première consiste à maintenir un taux d’épargne brute de l’ordre de 25% alors qu’il est de 27% actuellement, ð la seconde à ne pas dépasser une durée de désendettement de 4 ans. Cela
nous permettra de maintenir un niveau d’investissement de l’ordre de 190 à 200M€/an jusqu’en 2014 et de
contenir un budget de fonctionnement même si cela est particulièrement délicat au vu de la masse salariale qui atteint,
avec le transfert des agents des lycées, 69M€. Celle-ci
devrait d’ailleurs croître en 2011 de 3%
pour les agents du siège et de 5%
pour les agents des lycées. A
cela s’ajoute la convention TER avec
la SNCF qui induit une augmentation
de 3,93%, soit une enveloppe de 92,5
M€ en progression (elle était de 89 M€ au BP 2009). Pour
votre information, nous avons reçu avant-hier les résultats de l’évaluation de nos finances menée par
l’agence de notation Standard and Poor’s. Les notes attribuées à l’Auvergne sont AA- à long terme et A-1+ à court
terme. Cela équivaut à 16/20 et nous
place au même niveau d’appréciation que les Régions Champagne Ardennes et
Nord-Pas-de-Calais. Il
s’agit donc d’un résultat plutôt satisfaisant. L’agence
révèle une « aptitude forte » à « très forte » à
faire face aux paiements de la dette
et fait apparaître que, nonobstant un « endettement assez important »
et la « perte du levier fiscal direct », la région présente une « stratégie financière pluriannuelle
claire, visant à ajuster dès le budget 2011 ses dépenses de gestion et son
effort d’investissement ». Elle corrobore
ainsi les choix que nous vous
présenterons au cours de cette session. Compte
tenu de ces éléments, le budget s’établira à 645 M€ en 2011 et permettra d’avancer dans la réalisation des nos engagements, car un budget n’est qu’un outil de gestion au service d’une politique. Nous
avons un fil rouge : construire
ensemble une région dynamique autour des valeurs
de la solidarité et du développement durable. Les
récentes projections de l’INSEEnous
apportent un éclairage tout à fait intéressant par rapport aux priorités que
nous affichons depuis 2004 : rendre la région de plus en plus attractive
et attirer des nouvelles populations. Vous
avez pu le lire dans la presse de la semaine dernière, l’Auvergne
gagnerait 108 400 habitants d’ici 2040, soit une hausse de 8% de la
population. Ce
chiffre est encourageant. Il n’est
en aucun cas complètement satisfaisant. Pour
trois raisons principales : ð tout d’abord, il est nettement inférieur à la moyenne nationale (+15%) et aux régions
voisines : Rhône-Alpes (+23%), Languedoc Roussillon (+28%) et Midi
Pyrénées (+28%) ; ð ensuite, il comporte des tendances très inégales en fonction des départements considérés.
Certes le Puy de Dôme et la Haute-Loire s’en sortent plutôt bien avec
respectivement 12 et 18% de hausse, mais l’Allier et le Cantal continuent à perdre de la population (-2 et -1%) ; ð enfin, ces projections confirment que notre population vieillit, que son évolution naturelle reste négative,
avec un nombre de décès toujours supérieur
au nombre des naissances. Ces
chiffres démontrent ainsi que le dynamisme
démographique de notre région repose
pour l’essentiel sur son attractivité
et notre capacité à accueillir de
nouvelles populations. Ils
nous invitent également à poursuivre nos
efforts et ne pas nous arrêter en chemin. Il
nous incombe d’accélérer le mouvement, de mettre le paquet sur la mutation vers
une éco région qui favorise l’emploi, qui valorise son environnement, qui innove
en permanence, qui fait de la
jeunesse sa grande cause, qui mise
sur le numérique, qui se bat pour obtenir un tracé auvergnat pour le TGV,
qui se préoccupe de l’avenir du monde
rural. Tous
ces chantiers participent de notre
vision pour l’Auvergne : l’Auvergne nouveau monde, symbolisant un autre modèle de développement, celui
qui sera –j’en suis convaincu- au cœur
du système mondial de demain. Un modèle qui fait de la recherche du bonheur des hommes, sa priorité. Nos
ambitionsne peuvent se résumer à l’échelle d’un mandat de 4 ans. Notre
vision politique-au sens le plus
noble qui soit- porte donc sur l’avenir
de nos enfants et de nos petits enfants. L’institution
régionale agit au jour le jour mais
se projette sans cesse sur le long terme,
parfois à plusieurs décennies. La
réflexion prospective doit être
notre quotidien. Ce sont les choix d’aujourd’hui qui feront l’Auvergne de 2030. Je
pense profondément que cette approche
est politiquement la seule responsable. C’est
en tout cas le sens que nous donnons à notre engagement politique. Pour
l’heure, le budget 2011 est entièrement bâti sur nos priorités et nos premiers
engagements concrets pour réaliser notre programme. Permettez-moi
d’insister sur quelques aspects. Sur
la jeunesse tout d’abord, notre grande cause régionale. Ces
dernières semaines se sont tenus les conseils
territoriaux de la jeunesse sur l’ensemble du territoire, avec un succès
croissant qui laisse augurer pour le mois de février un livre blanc riche des attentes de nos jeunes. Les
échanges qui ont eu lieu lors des 17
réunions, la diffusion de la web
radio, le retour des questionnaires adressés à toute la jeunesse auvergnate,
toutes ces contributions sont actuellement traitées
et analysées sous l’autorité d’Anna Aubois, vice présidente chargée de la
jeunesse, des sports et de la vie collective. Pour
2011, nous poursuivons donc nos actions en direction
des lycées (en investissements et
en fonctionnement), en direction de l’enseignement
supérieur ; la formation reste au cœur de nos préoccupations et suite à la publication du livre blanc sur la jeunesse, nous serons en capacité de prendre les
premières mesures au printemps, en
prenant soin d’associer tous les partenaires qui oeuvrent en faveur de la jeunesse auvergnate. En
prenant soin également de ne pas
cloisonner nos interventions qui sont bien évidemment complémentaires et cohérentes. Je pense au travail prospectif que nous avons lancé en
matière d’emplois ou à l’élaboration du contrat
de plan régional de développement des formations (le CPRDF). Pour
être précis, l’opération « Graines
d’emplois » - c’est comme cela que nous l’appelons- consiste à déceler
les nouveaux emplois de l’Auvergne,
c'est-à-dire les emplois dont le contenu (qu’il s’agisse des fonctions ou des
tâches à accomplir) est totalement ou
partiellement nouveau en Auvergne. Ces
emplois, nous les identifierons dans les filières
d’innovation à fort potentiel (dans
les TIC par exemple), dans les filières
classiques en évolution (je pense au secteur
de la construction) mais également dans l’économie résidentielle (économie non délocalisable parce que
intrinsèquement liée à la proximité). Un
premier travail d’analyse a été conduit par le comité de pilotage et le
consultant qui nous accompagne. Les deux premiers mois de l’année 2011 seront
consacrés à la tenue d’ateliers
sectoriels (13 grands secteurs
d’activités seront ainsi analysés au cours de 35 réunions au total).Les Vice présidents sont déjà sur le pont,
ils seront présents à toutes ces réunions et je ne peux que m’en réjouir. Cette
première démarche sera complétée dans les six mois qui viennent par une démarche participative permettant
l’expression de chacun. Les
contributions pourront être recueillies sur
le web ; la cellule de veille
économique et sociale, le CESER,
les COTEF seront également associés
à ce travail collaboratif. Enfin, un forum
ouvert à tous sera organisé le 6 juin prochain, ce qui nous amènera à
prendre les premières décisions dans
la foulée. « Graines d’emplois » a pour vocation de nous aider à formuler les stratégies de nos politiques de
développement économique et de formation pour les années à venir. Il
s’agit donc d’un chantier très ambitieux,
d’un chantier majeur pour le
développement de l’Auvergne. Cette
recherche des nouveaux emplois et des moyens adaptés pour accompagner leur
essor, tout comme la politique que nous entendons mener à l’égard la jeunesse ne peuvent être conduites si
l’Auvergne n’est pas attractive. L’attractivité dépend beaucoup de l’image
que nous véhiculons. Les différentes initiatives prises ces dernières années
notamment par le biais des agences (agence des territoires, agence de développement économique, le comité régional de développement
touristique, le transfo) et de
la région portent leurs fruits. La
perceptionqu’on a de l’Auvergne
change, la perception qu’en ont les Auvergnats évolue également dans le bon
sens. Il
suffit pour s’en convaincre d’observer les bons
chiffres du tourisme, la réputation
de notre scène artistique, l’image
véhiculée par nos entreprises. Le quotidien régional mentionnait il y a
quelques jours la présence de deux
entreprises auvergnates parmi les 11 premières PME françaises leaders à l’international ; il y a bien sûr l’effervescence sportive
autour de l’ASM. Et
au delà des symboles, l’Auvergne prend une place très positive dans le paysage
français : 3ème région
où il fait bon vivre (selon l’indicateur de santé sociale), 4ème région au taux de chômage
le plus bas, 1èrerégion française à
offrir l’accès internet haut débit à 100% de sa population. Notre
région connaît par ailleurs un taux de
survie des entreprises à trois
ans supérieur à la moyenne nationale.
Nous sommes au 6ème rang
des régions les mieux dotées pour
l’emploi dans la recherche et le développement. Il
est donc important de nous ouvrir
davantage sur l’extérieur et cette ouverture passe par deux types de vecteurs, le TGV et le très haut débit. En
ce qui concerne le premier, la
question qui se pose aujourd’hui est très simple. Voulons-nous
une ligne à grande vitesse qui passe en
Auvergne ? Si
tel est le cas, et je pense que cette position est partagée par nous tous dans
cette assemblée, nous devons agir vite et avec force si nous nourrissons l’espoir d’être entendu. C’est
pour cette raison que j’ai pris l’initiative d’organiser un forum le 25 février prochain auquel
vous serez toutes et tous invités au côté des autres Régions, des élus des
communautés d’agglomération, des départements, des différents protagonistes du monde économique,
des forces vives de la Région, de la
SNCF, de RFF et de l’Etat,
représentés, je le souhaite, au plus
haut niveau. Permettez-moi
d’ailleurs, Monsieur le Ministre, de profiter de cette occasion pour vous
inviter très solennellement à y
participer. Notre
volonté est de fédérer, de défendre les intérêts de l’Auvergne et
de faire entendre sa voix. Si
nous n’y prenons garde, le risque est grand du choix d’un tracé qui passe à
côté de chez nous! Nous avons donc tout intérêt à nous mobiliser pour
un tracé qui irrigue l’Auvergne. C’est
dans l’intérêt de notre région, dans l’intérêt de l’agglomération clermontoise,
dans l’intérêt de l’Allier, dans l’intérêt de ses trois agglomérations que sont
Vichy, Moulins et Montluçon. Le débat public devrait débuter
au mois de septembre prochain. Dès
lors, il ne nous restera que peu de temps pour faire valoir notre position avant
la décision finale. Il est donc urgent d’organiser
la mobilisation de tous les Auvergnats pour qu’ils saisissent les enjeux de ce débat public en terme de
tracé et qu’ils se manifestent. Mais
si le rail représente l’une de nos priorités en matière de mobilité cela ne peut se circonscrire à ce seul aspect. Nous
sommes en effet entrés dans l’ère
numérique qui constitue à condition d’être audacieux une chance unique pour notre région. En
1928, Paul Valéry écrivait un texte court intitulé « La conquête de l’ubiquité ». On peut y lire la phrase
suivante : « Comme l’eau, comme le gaz, comme le courant électrique
viennent de loin dans nos demeures répondre à nos besoins moyennant un effort
quasi nul, ainsi serons-nous alimentés d’images visuelles ou auditives,
naissant et s’évanouissant au moindre geste, presque à un signe ». Cette
vision clairvoyante qu’exprimait l’écrivain il y a presque un siècle a désormais envahi le réel. Et ce n’est
qu’un début ! Or
ce bouleversement représente une opportunité
pour notre région qu’il convient de
saisir à bras le corps. Je n’aurai de cesse de le répéter. Le
numériquepeut nous permettre de
faire le lien entre nos meilleurs atouts que sont l’environnement d’une part et le développement d’activités économiques,
culturelles et personnelles d’autre part.
Le
numériquedoit nous permettre de créer
cette alchimie très porteuse : profiter
des conditions de vie exceptionnelles
dans un environnement préservé et être en relation
instantanée avec le monde entier. Seulement,
il est entendu que cela ne se fera pas
tout seul. J’ai eu maintes fois l’occasion de l’exprimer devant vous mes
chers collègues : sans intervention
publique, sans volonté politique forte, nos territoires passeront à côté. De
ce point de vue, la problématique est
très similaire à celle du TGV. Ou
bien nous restons les bras croisés et les raisonnements purement économiques
prévaudront; dans ce cas, l’Auvergne
restera sur la touche ; ou bien nous retroussons les manches, nous faisons entendre notre voix pour
défendre une vision d’aménagement du territoire, nous proposons des alternatives
et l’Auvergne en sortira gagnante. En
ce qui concerne le très haut débit, 2011
connaîtra de nouvelles étapes. Le premier ministre a
dévoilé le 6 décembre dernier les sept lauréats des projets pilotes visant
à mettre en oeuvre le déploiement du très haut débit (THD) sur le territoire
français et ce, dans le cadre du volet numérique du programme d’investissements
d’avenir. Comme nous nous y
attendions, l’Auvergne a été sélectionnée – c’est même la seule Région-. Cela va nous permettre d’amener la fibre optique
sur un quartier d’Issoire (Est) dans les
mois qui viennent. Le chantier doit être livré en juin prochain. Cette expérimentation
grandeur nature menée par la Région représentera un apport financier de notre
collectivité de 700 000€, avec un financement de l’Etat
(500 000€) et la collaboration des différents opérateurs privés. Et
permettra de promouvoir un modèle économique pertinent pour les zones à faible
densité de population. Pourquoi Issoire
et pourquoi ce quartier ? Aujourd'hui,
la couverture haut débit du quartier est inférieure à la couverture du
département, c'est donc une opportunité d'apporter une réponse rapide à 700
habitants. Par
ailleurs, cette zone est proche d'infrastructures de communication existantes.
Enfin, elle est constituée de 44 % d'habitats collectifs mais
également de pavillons, ce qui représente un échantillon pertinent. Ce
projet se veut donc expérimental et
à ce titre, il a vocation à être
reproduit. Derrière
cette expérimentation, il y a notre capacité
à co-construire un modèle économique
qui permette aux zones à faible densité
de population de ne pas rester à l’écart. Nous
voulons éviter à travers la fracture
numérique que se creuse la fracture territoriale. Voilà
des années que l’aménagement du
territoire est présenté comme un concept obsolète, voilà des années que la ruralité est mise au ban des priorités du gouvernement. On
en trouve d’ailleurs un symbole dans le remaniement ministériel et la
dénomination du portefeuille de Monsieur Lemaire, Ministre de l’agriculture, de
la pêche, de la ruralité et de l’aménagement du territoire. Cela
en dit long sur la place qu’accorde le
gouvernement à l’aménagement du territoire ! J’ai
également relevé dans la presse que
la France a annoncé très discrètement, lors d’une rencontre informelle en Belgique, une baisse programmée des crédits de la politique de cohésion, revenant
ainsi sur une position plutôt favorable à cette politique de l’Union européenne. La
vérité est qu’il n’y a pas aujourd’hui de vision et d’ambition pour l’avenir de
nos territoires. Ils
sont pourtant des laboratoires porteurs
de ce nouveau modèle de développement que j’ai largement évoqué. « L’Auvergne
Nouveau Monde » ne peut se concrétiser sans des territoires ruraux vivants et dynamiques, d’où l’attention que nous leurs portons notamment à
travers nos contrats de territoires
Auvergne+, notre politique en faveur de l’agriculture, de la filière
bois et du tourisme. J’ai
d’ailleurs proposé au Comité des régions d’Europe -qui a accepté- de réunir sa commission des ressources naturelles à Clermont-Ferrand les 10 et 11 mars
prochains. L’occasion sera ainsi donnée, pendant deux jours, de faire entendre nos positions au niveau
européen sur le renouvellement de la
Politique agricole commune et nos attentes en terme d’emplois, de qualité de la
production et d’environnement. Nous
ne pouvons passer outre une approche
européenne de ces problématiques et à ce titre, nous devons utiliser tous
les moyens d’influence dont nous disposons. Pour conclure mon propos, je souhaite
ajouter que l’élaboration de ce budget, outre le contexte déjà décrit, s’est faite en pleine réorganisation de
l’administration avec de nombreux déménagements. La charge de travail a été considérable. Nous devons tous en avoir conscience et dire aux Auvergnats
que nous avons de la chance d’avoir une administration
de cette qualité. Une administration que je tiens à remercier pour sa compétence et son implication. Mes cher(e)s
collègues, je formule le vœu que nos
travaux soient fructueux et qu’à leur issue, vous passiez une bonne fin d’année. Je vous en remercie
par avance.
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