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Session du 23 octobre 2006 Intervention de M. Jean-Paul Bacquet, Président du groupe socialiste
Monsieur le Président, mes Chers
Collègues, Cette session d’octobre comporte à
mon sens trois grands chapitres qui méritent discussion, d’abord et bien sûr le
mandat de négociation donné au président pour le contrat de projet État Région
qui couvrira la période 2007-2013 et dans lequel nous notons hélas, une baisse
des crédits affectés par l’État de -20% mais également à l’inverse de ce que
souhaitait Monsieur Raffarin lorsqu’il était Premier Ministre une démarche qui
ne laisse pas aux régions leur fonction de chef de file en matière
d’aménagement du territoire. « L’Auvergne n’a pas son
compte, la participation, pour nous, n’est pas acceptable et nous partageons
votre réaction, Monsieur le Président ». Tels étaient les propos que Monsieur
Proriol tenait le 29 mai 2000, pour apprécier les participations de l’État au
Contrat de Plan précédent, paroles que je peux volontiers lui emprunter
aujourd’hui.Monsieur Proriol rajoutait même,
concernant sa règle de conduite dans les négociations : « les Régions
ne sont pas les sous-traitants obligés des politiques de l’État. Dans le cas
contraire, elles seraient devenues de simples prestataires de services de
l’État qui enverrait choir aux oubliettes la règle constitutionnelle
d’autonomie des collectivités territoriales. L’État ne peut pas prendre les
Régions pour des tiroirs caisses, auquel cas nous deviendrions des quasi
sous-préfets gérant les circulaires de Paris ». Nous aurons ensuite à aborder
l’Étude préalable à l’Agenda 21 du Conseil régional d’Auvergne, qui doit
permettre un « développement qui répond aux besoins du présent sans
compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs »
comme l’écrivait Madame Brundt Land présidente de la commission mondiale sur
l’environnement et le développement en 1987. Enfin, une décision de la Région
concernant le renouvellement de la concession du barrage de Poutès ; thème
de débat ancien et récurrent entre les tenants de l’environnement, de la défense
du saumon, de l’énergie hydraulique, des ressources attribuées aux communes
voisines ; débat sur lequel nous devons prendre position puisque la
concession attribuée à EDF se termine fin 2007. Divers autres dossiers émailleront
nos travaux, tels le bilan 2005 de l’exploitation des Transports Collectifs
d’Intérêt Régional, ou encore la mise en place d’une généralisation de visites
médicales préventives pour les TOS, personnels transférés par l’État à notre
Région et qui jusque là n’en bénéficiaient pas.Permettez moi tout d’abord,
d’évoquer avec le contexte national dans lequel débute notre session. Le chômage tout d’abord. Celui-ci
est aujourd’hui à son niveau de 2002. Pourquoi ne pas s’en réjouir ?
Encore faut-il se rappeler qu’en 2002, le chômage était passé de 12,6% de la
population active au taux actuel avec la création de 2 millions d’emplois pour
obtenir cette baisse de 900 000 chômeurs. Aujourd’hui, le chômage a
surtout baissé en raison des départs massifs en retraite de la génération du
baby-boom et un faible nombre de nouveaux entrants dans le monde du travail. En effet, le nombre d’emplois créés
cette année n’est que de 130 000, alors que ce chiffre s’élevait à plus de 400
000 par an entre 97 et 2002. Ce résultat fait de la France la lanterne rouge de
la zone euros en terme de création d’emplois… Le
basculement de certaines catégories de demandeurs d’emplois vers le RMI,
le nombre élevé de radiations administratives,
les contrats aidés (+ 60 000 au cours des douze derniers mois), participent
à la baisse du chômage. Pourquoi avoir perdu cinq
ans, pourquoi avoir supprimé des emplois aidés pour les réintroduire sous une
autre forme ? Pourquoi ne pas dire que 75% des emplois créés actuellement
sont des emplois précaires, instables et que le seul élément qui progresse
c’est la précarité, précarité qui touche les sans-emploi, les exclus, précarité
qui atteint désormais les petits retraités et les salariés au faible revenu. Pour ce qui concerne les
déficits publics, la situation est encore plus critique. La dette supérieure à 1100
milliards d’euros représentant 66,2% du PIB, dette passée de 2002 à 2005 de
58,2 à 66,2%, dette qui s’était accrue de 93 à 97 lorsque Monsieur Sarkozy
était Ministre du Budget de 45,7% à 58,5% du PIB. La droite oui, c’est la
dette, toujours la dette. C’est sur l’espace d’un septennat un accroissement de
la dette de 50% soit 345 milliards d’euros, c'est-à-dire 5700 euros
supplémentaire par français. C’est surtout un impôt naissance que l’on inflige
aux générations à venir. 42,7 milliards d’euros de
déficit prévus pour 2007, et ce bien que le patrimoine de l’État continue
d’être bradé (sociétés d’autoroutes ou patrimoine immobilier de l’État pour 17
milliards d’euros) ; bien que la privatisation des plus beaux fleurons de
notre industrie (EDF, GDF…) soit réalisée ou engagée ; bien que l’État
transfère massivement ses déficits vers les collectivités locales et nous
savons bien ce que cela veut dire au niveau de la Région avec le transfert des
TOS, du médico-social, de l’aéroport etc.… Quant à la réforme de l’impôt
sur le revenu, elle profite aux plus riches : 75 euros de baisse d’impôt
pour un revenu annuel de 14 400 euros, 9 262 euros de baisse pour un revenu
annuel de 240 000 euros. Un célibataire qui gagne 1000
euros par mois bénéficiera de 24 euros de baisse d’impôt, s’il gagne
16 000 euros par mois, il bénéficiera de 5376 euros, c'est-à-dire une
baisse 224 fois supérieure à celle du premier alors qu’il gagne 7 fois plus. Quant au bouclier fiscal, il
ne s’adresse qu’à 93 000 contribuables, les plus aisés et permettra aux
10 000 contribuables les plus fortunés de récupérer 440 fois plus par mois
que ce dont bénéficient les salariés les plus modestes par l’augmentation de la
prime pour l’emploi. Pour ce qui concerne le
commerce extérieur, tous les records sont battus : record de la
progression de nos exportations à 4,1% par rapport à 2004 mais progression
beaucoup plus faible que celle de nos partenaires européens et surtout beaucoup
plus faible que l’évolution du commerce mondial, + 7,5%. Record de nos importations,
ce qui creuse le déficit commercial de notre pays et le déficit de la balance
commerciale qui établit un nouveau record à plus de 26 milliards d’euros. Le Président de la République en visite au Salon de
l’Élevage il y a quelques jours, a annoncé son choix de ne pas augmenter la
part contributive des États au budget de l’Europe, alors que celle-ci
s’est considérablement élargie avec pour conséquence une
agriculture devenant la variable d’ajustement du budget européen, au risque
d’entraîner à terme l’écroulement de tout un édifice pourtant patiemment
construit. Mieux, lorsque l’annonce est faite de revaloriser les retraites agricoles de 160 millions d’euros,
encore faudrait t-il préciser que chaque année 90 000 agriculteurs
décèdent alors que 40 000 prennent leur retraite. Le différentiel étant de 300
millions, la revalorisation promise laissera 140 millions d’excédent au
gouvernement. Encore faut t il rappeler que de 98 à 2002, le gouvernement de
Lionel Jospin a revalorisé année après année les retraites agricoles d’un
montant 5 fois supérieur. Enfin, l’annonce de l’utilisation
massive des bio-carburants serait plus sérieuse si elle avait été précédée
d’une évaluation de son impact environnemental, de sa pertinence économique et
de la capacité du parc automobile à s’adapter. Espérons qu’il ne s’agira pas
d’un simple effet d’annonce comme celui de Monsieur Thierry Breton inaugurant
avec moult télévisions la première pompe à délivrer du bio carburant, pompe qui
n’en a jamais fourni un seul litre. J’en viens à présent aux dossiers
régionaux inscrits à l’ordre du jour et que j’évoquais au début de mon
intervention. Le premier d’entre eux est le projet
de mandat de négociation donné à notre Président pour engager les discussions
avec l’État sur ce qui jadis dénommé Contrat de Plan, représentait le socle du
développement des régions. Voulu
par le Général de Gaulle pour remettre la France sur la voie du redressement et
du progrès, cette planification a porté ses fruits. Il lui fallut ensuite être au plus
près des problématiques des régions dans toute la diversité de leurs
territoires. C’est François Mitterrand qui ouvrit
cette voie. De Gaulle, Mitterrand. Deux
personnalités certes bien différentes, Deux conceptions, certes bien distinctes
aussi, mais dont l’action politique se refusait au court terme mais au
contraire dans la définition de l’intérêt du pays à moyen ou à long terme. Malheureusement, nous constatons
aujourd’hui que les lettres de mandat données au préfet par le gouvernement
sont en net recul et ne permettent pas aux régions, les moyens de leurs
ambitions. Malheureusement oui l’Auvergne en fera les frais. Ce sont des crédits d’engagement de
l’Etat en large baisse par rapport au contrat de plan précédent. J’emprunterai une nouvelle fois à
Monsieur Proriol, ses propos du 29 mai 2000 : »Nous avions des
attentes fortes et nous ne pouvons pas, par conséquent, nous satisfaire,
actuellement, du contrat rédigé par le Préfet de Région, au nom du
gouvernement » en se plaignant d’être la « vox clamantis in Arvernia
deserto ». Malheureusement, ses paroles
demeurent d’actualité lorsque l’on constate la volonté de l’État d’exclure
d’emblée le volet territorial dont nous savons qu’il est un des éléments
fondamentaux de réductions des inégalités sociales et territoriales dans notre
région. C’est la volonté de l’Etat en
appliquant les objectifs européens de Lisbonne de privilégier les zones et
secteurs les plus compétitifs par l’injection massive de crédits sur les
régions les plus riches ce qui ne peut que creuser l’écart vis-à-vis des plus
faibles et éloigner toute notion de péréquation des ressources entre les
régions. Et comment ne pas s’inquiéter d’un
contrat de projet construit sur la base d’un rapport 60 euros Etat pour 40
euros Région quant à un an de l’échéance du dernier contrat de plan, la région
Auvergne affiche un taux de réalisation de 116% alors que l’Etat n’en est qu’à
64%. Quant
aux axes prioritaires figurant au projet de mandat de négociation, notre groupe
les approuve globalement, ce d’autant que les préalables que vous exigez nous
semblent indispensables et je les rappelle: - augmentation
des engagements financiers de l’État, - pas
de signature du Contrat avant l’établissement d’un volet territorial, - pas
de financement régional pour toute contractualisation directe entre l’État et
une autre collectivité, - pas
de signature régionale avant d’avoir l’assurance du respect par l’État de
l’exécution pleine et entière de ses engagements dans le CPER qui s’achève. Les cinq axes du mandat de
négociation que vous nous proposez, Monsieur le Président, me semblent par
ailleurs conformes aux besoins de l’Auvergne, particulièrement en ce qui
concerne le désenclavement et l’objectif de développement durable dans lequel
s’inscriront nos politiques. Cependant, notre rôle de
collectivité territoriale chef de file de l’Aménagement du Territoire, comme le
disait Monsieur Raffarin, nous oblige à quelques recommandations et
obligations. Notamment sur les grands projets qui fleuriraient çà et là et pour
lesquels, je crois, nous devons assortir notre engagement d’une très grande
prudence issue de l’expérience. En effet nous savons combien les
grands équipements existants génèrent, malheureusement, des déficits
d’exploitation systématiques que le contribuable doit ensuite combler. J’ai attiré votre attention ici même
sur ces équipements surdimensionnés, à la fréquentation bien inférieure aux
prévisions et dont les bilans d’exploitation sont catastrophiques. Vulcania,
bien sûr, et nous espérons que les investissements de Vulcania II s’ils ne
permettent pas l’équilibre permettront une meilleure identification de
l’Auvergne, Le Manoir de Veygoux où l’on attendait 50 000 visiteurs en
2005 et qui n’en a eu que 10 000, la Tour de l’Horloge à Issoire qui
présentait quant à elle un déficit voisin de 90%, le Scénoparc Io dont les
premiers résultats d’exploitation ne sont pas des plus encourageants. Et
n’oublions pas que tous ces équipements ont bénéficié d’aides régionales
importantes. Vous avez rappelé, Monsieur le
président, dans un entretien au journal La Montagne le 19 août que « ce
n’est pas des structures de ce type dont l’Auvergne à besoin mais avant tout
d’un hébergement de qualité ». Vous avez même dit que tous ces
équipements que l’on a multipliés sur le territoire régional sont déficitaires,
précisant et je vous cite : « que les attentes de la clientèle ont
changé, que l’évolution du pouvoir d’achat ne permet plus raisonnablement à une
famille d’engager une dépense importante pour visiter ce type d’équipement et
que, au final, les contribuables ne peuvent systématiquement compenser
indéfiniment les déficits de fonctionnement de ces structures ». Oui Monsieur le Président, vous avez
raison de dire votre prudence sur les projets qui nous seront soumis, projets
de prestiges quelquefois, projets imaginés comme indispensables au rayonnement
de notre région. Ce type de projets, il en existe à
foison. Ils nous sont proposés alors que nous savons qu’au lieu de participer à
l’essor touristique de la région, ils ne seront qu’une charge supplémentaire
pour le contribuable auvergnat, qui n’a pas vocation à payer les loisirs et les
vacances des autres. Fort
de nos expériences, sachons assumer nos responsabilités dans la gestion de ce
qui existe. Et nous assumons les investissements nécessaires pour Vulcania même
si l’équilibre ne doit pas être au rendez-vous, mais sachons tenir compte de l’expérience et
désormais refuser de nous
engager dans des projets incompatibles avec les exigences de rigueur financière
que nous impose la gestion régionale. A l’évidence, le mandat de
négociation du futur Contrat de Projet doit prendre en compte la pertinence de votre analyse en la
matière. C’est pourquoi, vous comprendrez,
Monsieur le Président, mes réticences sur le projet Grand Site du Puy de Dôme
et son petit train. Une estimation de coût à 80 millions
d’euros, avec des recettes hypothétiques de 2 millions 500 000 euros, en
particulier avec 380 000 entrées programmées et 1,50 euros de recettes de
boutiques par visiteur, me laissent perplexe et quelque peu inquiet. Pour ce qui me concerne, j’en
resterai, Monsieur le Président, à votre interview du 19 août 2006 au journal
La Montagne et à la très grande prudence à laquelle vous nous invitiez. C’est tout au moins la proposition
que je formule. Pour le reste, le projet de mandat
de négociation que vous nous soumettez répond aux besoins de l’Auvergne et en
grande partie aux aspirations des auvergnats exprimées lors des assises
territoriales. Et
comment ne pas s’associer à votre démarche d’inscrire un volet territorial fort
et équilibré avec la pleine application des lois Pasqua et Voynet pour des
territoires de projet basé sur les Pays que vous définissez comme « bon
échelon de réflexion sur les bassins de vie pour la population ». Et comment ne pas souligner votre
volonté de soutenir l’ingénierie territoriale. Il serait en effet souhaitable
en la matière que tous les partenaires en fassent autant. Je souhaite, Monsieur le Président,
que tout en restant ferme sur les préalables à la négociation que vous avez
définis, nous sachions ensemble poursuivre le désenclavement de l’Auvergne,
construire une nouvelle image de notre région avec l’Effet Volcan, accroître la
compétitivité de nos territoires dans la solidarité et bien sûr nous battre
pour qu’un volet territorial fort et équilibré soit pris en compte et soit
accompagné par l’État. C’est ainsi que nous saurons
répondre aux aspirations de nos concitoyens, c’est ainsi que nous saurons
donner à l’Auvergne les ambitions qu’elle mérite et c’est en raison de cette
volonté d’agir ensemble et de la crédibilité que nous donnerons à notre projet
que l’Etat saura répondre par un financement adapté ; à la nécessité de ne
pas appauvrir encore plus les régions les plus faibles et à pratiquer une
véritable péréquation régionale. Je vous remercie de votre attention.
Session du 23 octobre 2006 Intervention de M. René Souchon, Président du Conseil régional d'Auvergne
Mesdames et Messieurs, Mes cher(e)s collègues, Cette séance, je
souhaiterais la placer sous le signe de notre action en faveur du développement
durable des territoires auvergnats. Cela fait en effet
bientôt trois ans que nous définissons et que nous déclinons notre nouvelle
politique régionale. Cela fait aussi bientôt trois ans que nous analysons les
facteurs spatiaux discriminants dont souffrent nos territoires pour introduire
des principes de justice socio spatiale dans nos programmes d’action. Cette politique de
rupture, nous la concevons et nous la mettons en œuvre toujours avec le double
souci de répondre à la fois aux exigences fixées par le développement
économique et à celles liées au progrès social et environnemental. Cette
politique de rupture, nous la construisons au quotidien, avec le double
objectif de lutter contre la fracture sociale et de remédier à la fracture
territoriale. Alors bien sûr, le
risque, lorsque l’on parle de développement durable, est de proférer un certain
nombre de lieux communs, un certain nombre d’évidences, mais je pense qu’il est
parfois nécessaire, de le faire. En un
siècle, l’impact de l’homme sur la nature a bouleversé son environnement. Nous
sommes la première génération à se poser cette question : quelle planète
allons nous léguer à nos enfants ? C’est
une question à laquelle la réponse ne peut plus tarder car le temps presse, les
évènements se bousculent et demain, il sera trop tard. Nous
sommes 6 milliards d’individus sur la planète. Nous
serons 9 milliards dans 20 ans. Des « Pays-Continents » accèdent
enfin au développement mais aussi à la
consommation de masse. Les
réserves naturelles sont surexploitées et nous sommes déjà dans l’ère de l’après pétrole. Certes, la prise de conscience en
faveur du développement durable progresse mais elle est incontestablement
insuffisante car l’urgence de la situation fait que l’on ne peut plus se
satisfaire d’une prise de conscience déclarée. On ne peut plus se
satisfaire d’assister aux débats organisés sur ce thème, confortablement assis
dans son fauteuil devant son écran de télévision : Il faut agir,
s’engager, se responsabiliser. Alors, on peut se poser
la question : comment agir, nous ici, nous Conseil Régional d’Auvergne,
face à des enjeux qui sont par nature internationaux ? Je crois
fondamentalement que chacun peut agir à son niveau : le citoyen à son domicile,
au sein de son entreprise ou de sa commune, l’entreprise, et nous bien
évidemment en tant que collectivité locale. Rappelez-vous ces chiffres : en
2002, les collectivités locales de France ont investi 21 milliards d’euros dans
des politiques de proximité qui s’inscrivent dans le champ du développement
durable. C’était presque autant que les 29 milliards d’euros consacrés par
l’État à ces mêmes politiques. Je rappelle aussi qu’au sommet de la
terre de Rio en 1992, les collectivités locales ont été identifiées essentielles au développement durable
ce qui ne doit pas exonérer pour autant les autres acteurs et notamment les
États parfois irresponsables. Cela, le Conseil Régional d’Auvergne l’a compris
et l'a parfaitement intégré en plaçant l'équité sociale et l'équilibre
territorial au cœur de sa politique du développement durable. Les Auvergnates et les
Auvergnats, quel que soit leur lieu de résidence, demandent à avoir accès, non
pas précisément aux mêmes services, mais au même avenir. C’est un des messages
les plus forts qu’ils ont émis lors des assises territoriales. Le premier engagement à prendre à cet égard est donc de veiller à ce que
l’avenir soit ouvert partout et pour tous. Pour nous l’équité
sociale et l’équilibre territorial sont deux notions que nous avons voulu
ériger en valeurs fondamentales. Elles constituent le socle de notre politique
de développement durable en faveur des territoires auvergnats. Nous sommes aussi
persuadés que l’équité territoriale, elle, n’existera que si, d’abord, nous
avons réussi à construire de manière durable le cadre de cette équité sociale. Nous savons enfin que
l’alliance des sphères de l’économie, de l’environnement et du social préconisé
par le rapport BRUNTLAND, ne peut se faire par le marché, mais qu’il y faut
l’intervention du politique. Et c’est parce que nous avons mis
tout cela en œuvre, que la politique des Contrats Auvergne + est un formidable
succès, que 90 Contrats Régionaux de Développement Durable des Territoires
seront signés à la fin de l’année (12 avec les pays, 78 avec les EPCI). Et c’est parce que nous savons
tout cela que nous serons les premiers à signer un Partenariat Public Privé en
faveur du désenclavement numérique de tous nos territoires et de la promotion de
l’Internet citoyen, c'est-à-dire abordé sous l’angle des problèmes d’égalité
que posent les modalités de sa diffusion dans le monde social et dans l’espace.
Et c’est parce que nous savons
tout cela qu'il vous sera proposé que la prise en compte des critères de
développement durable dans le domaine de l’habitat, du sport ou encore du
tourisme soit désormais un principe incontournable dans l’attribution des
aides. Alors bien sûr, le
gouvernement s’est aussi saisi de cette question, notamment depuis les interventions
de Jacques CHIRAC à JOHANNESBURG en août 2002. Il affiche un Secrétaire
d’État, un Conseil National, une Stratégie Nationale de Développement Durable
mais peu de choses changent en profondeur. Les Ministres en charge de ces
dossiers ne disposent que de moyens sectoriels et sont totalement dépourvus
d’autorité transversale. Les mesures sont ponctuelles et ne sont jamais
inspirées par une vision globale des problèmes. Le gouvernement, en cherchant à
s’approprier le développement durable n’a en fait préempté que le
« développementdurable.com ». Nous vous proposons au
contraire de faire du Développement Durable un axe majeur de rénovation de la
politique régionale. Cette volonté apparaît
très nettement dans les deux dossiers majeurs qui sont aujourd’hui à l’ordre du
jour de notre session : Je veux bien sûr parler
du lancement de notre Agenda 21 et de l’adoption du contenu de mandat de
négociation pour le futur Contrat de Projet Etat-Région 2007-2013. La discussion d'aujourd'hui sur l'agenda
21 répond ainsi aux engagements que nous avons pris devant les auvergnats lors
des assises territoriales. Cela permet d’honorer le
troisième point de la Charte pour l’Auvergne : « les nouveaux
modèles de développement économique, durables et solidaires, créateurs
d’emplois, respectueux des hommes et des femmes, se construisent ici ». C’est aussi le moyen de
répondre concrètement à notre souci fondamental d’équilibre des territoires en
plaçant l’équité sociale et l’équité territoriale (équilibre urbain/rural,
équilibre fonctionnel entre l’économique, le social et l’environnemental) au
cœur de ce processus. Nous
serons l’une des premières Régions à mener à bien cette démarche ambitieuse. Un Agenda 21 est un plan d’action qui vise à l’application au niveau
local des principes fixés au plan mondial par le sommet de la Terre de Rio en
1992. Il doit être établi avec pragmatisme et
lisibilité pour une bonne appropriation par tous. L’Agenda
21 a pour objectif d’être à la fois : Ø un cadre de référence pour
l’élaboration des politiques régionales et l’orientation des relations
contractuelles avec les partenaires ; Ø
un document opérationnel listant
un certain nombre d’opérations concrètes ; Ø
un document de mise en cohérence
des actions de développement durable de la Région. L’étude préalable à la
rédaction de l’Agenda 21 s’est déroulée de décembre 2005 à juillet 2006 :
elle a permis d’identifier 15 enjeux de développement durable propres à
l’Auvergne, d’analyser les politiques régionales et le fonctionnement interne
du Conseil Régional au regard de ces enjeux et de proposer des axes directeurs
pour la rédaction du futur agenda 21. Nous
nous prononcerons donc aujourd’hui sur la méthode et pas sur le contenu. Une
méthode basée sur la démocratie participative, la transversalité et la culture
de l’évaluation : 8 ateliers thématiques
et transversaux, placés sous la responsabilité de Nicole ROUAIRE, Présidente de
la Commission Développement Durable, se réuniront d’octobre 2006 à février
2007. Ils associeront les élus régionaux de référence, les services de la
Région, les représentants du CESR, de la DIREN, des Conseils Généraux, des
Conseils de Développement des Pays, des agglomérations engagées dans une
démarche d’Agenda 21, des Chambres consulaires, des associations….. . En avril 2007, nous
établirons un projet d’Agenda 21 et en septembre 2007, l’Agenda 21 définitif
sera proposé au vote de l’Assemblée régionale. Ce que nous souhaitons avant
tout, c’est un développement économiquement efficace, socialement équitable et
écologiquement tolérable. L’Auvergne que nous
voulons, c’est une Auvergne « en mouvement », une Auvergne
« partenaire », une Auvergne « responsable » ! Pour la
construire, 3 axes directeurs guideront l’élaboration de notre Agenda 21 :
Ø inscrire le développement durable
dans l’ensemble des politiques régionales. Ø impliquer dans cette démarche
l’ensemble des acteurs du territoire (citoyens, touristes, partenaires
institutionnels…) Ø intégrer le développement durable
dans le fonctionnement interne du Conseil Régional. Sur ce dernier point, je crois
pouvoir dire que nous avons déjà très concrètement avancé : nous avons demandé
des efforts de gestion en terme d’utilisation des ressources dégradables
(économies de papiers, d’électricité, tri sélectif…..). Une culture commune
autour du concept de développement durable au quotidien est en train de se
développer au sein des services du Conseil Régional d’Auvergne et je ne peux
que m’en réjouir ! Depuis plusieurs mois,
nous affichons très clairement notre inquiétude par rapport à une évolution qui
vise à ne plus faire des Régions le pivot de l'aménagement du territoire. Adrien
ZELLER lui- même, dans un article du monde du 7 octobre dernier, intitulé
« Notre avenir passe par les Régions », condamne le manque de moyens
donnés par l’État aux Régions et explique je cite : « qu’il est grand temps de prendre conscience qu’une France forte a
besoin plus que jamais de régions fortes qui soient de véritables autorités
politiques et démocratiques, composantes et actrices de la République et de ses
territoires, et non pas de simples strates d’un « mille-feuille »
politico-administratif de plus en plus illisible, ingouvernable et coûteux ». Les CPER sont très
clairement fléchés sur les priorités de la stratégie de Lisbonne, donc sur la
compétitivité et les politiques de l’Etat. Les récents propos du 1er
Ministre ouvrent cependant une porte que l’on croyait définitivement fermée en
élargissant les mandats de négociations des Préfets. La position de l'exécutif régional
est claire : nous serons fermes mais en aucun cas fermés et nous sommes
disposés à dialoguer avec le gouvernement. Cette volonté de
dialogue ne doit pas pour autant faire oublier les préalables qui sont les
nôtres : les compléments de mandats doivent préciser l’augmentation des
enveloppes dédiées aux futurs CPER ; je rappelle que pour l’instant, le
montant des crédits affectés à la Région Auvergne est de 233,5 millions
d’Euros, soit une réduction de 20%, hors volet routier, par rapport à la
génération 2000-2006. Ø ils doivent prendre en compte les
nouvelles thématiques que nous proposons et qui répondent aux priorités régionales établies avec l’ensemble des partenaires lors de la conférence
des territoires du 30 septembre dernier. Ø L’Etat doit approuver le fait que
seul un desserrement du calendrier des négociations pourrait le rendre réaliste ; Ø le couple Etat-Régions doit
demeurer le pivot des CPER ; Ø l’Etat doit confirmer sa volonté
d’achever les projets inscrits dans le précédent contrat de plan 2000-2006. Ø L’Etat doit abandonner l’idée de
négocier, par-dessus la tête des Régions, des contrats avec les collectivités de niveau infra-régional, car cela conduirait à pervertir le système en
opposant les collectivités les unes par rapport aux autres. En outre, il nous
semblerait plus équitable de conserver le rapport de participation « 60% Etat, 40% Région » qui
prévalait jusqu’alors, car la proposition de le ramener à 50/50 appauvrit en
réalité les régions les moins fortunées et enrichit les plus riches, ce qui est
contraire aux valeurs de notre politique d’aménagement du territoire. Le succès de la conférence des
exécutifs territoriaux du 22 mai 2006 et de la conférence des territoires que
nous avons organisée le 30 septembre dernier à Clermont-Ferrand avec les
Départements, Agglomérations, Villes Préfectures, Parcs Naturels Régionaux,
Pays et GAL LEADER+, nous a permis de construire le projet de mandat de
négociation que nous soumettons aujourd’hui à votre vote. Je
vous signale d’ailleurs à ce propos, que jamais Monsieur Valery GISCARD
D’ESTAING n’avait daigné soumettre un mandat de négociation à l’approbation de
l’assemblée plénière du Conseil Régional d’Auvergne, bien que, porte-parole du
groupe socialiste, je l'ai, en son nom, toujours réclamé avec force. L’enjeu majeur pour l’Auvergne est
simple : il s’agit de lutter contre le déclin démographique par l’accueil
de nouvelles populations jeunes et actives. Pour
répondre à cet enjeu, 5 axes prioritaires constituent l’ossature de ce mandat
de négociation : Ø poursuivre le désenclavement
ferroviaire, aérien et numérique de l’Auvergne ; Ø construire une nouvelle image de
l’Auvergne et de ses territoires en valorisant l’effet « Volcan », en
renforçant l’enseignement supérieur et la recherche ; Ø accroître la compétitivité de
l’Auvergne et de ses territoires ; Ø inscrire un volet territorial fort
et équilibré autour d’un axe économique, urbain, sportif, culturel et
touristique, d’un soutien à l’ingénierie territoriale et aux services aux
publics. Ø faire du développement durable un
objectif transversal dans les politiques mises en œuvre avec le lancement d’un
plan régional de l'énergie, de développement d’éco-industries, d’amélioration de la qualité des eaux, la mise en œuvre d’une politique ambitieuse pour une
agriculture durable, pour le développement de la filière bois, pour le
développement durable des rivières Allier et Dordogne. A
travers ces objectifs sur lesquels je reviendrai tout à l’heure lors de la
présentation de ce rapport, deux valeurs transparaissent encore très
clairement : l’équité sociale et l’équilibre territorial. Mes
cher(e)s collègues, vous l’avez compris, le développement durable n’est pas
pour nous un affichage, mais un état d’esprit qui doit guider l’ensemble de nos
politiques dans le souci de l’équité sociale et de l’équilibre de nos
territoires aux bénéfices des Auvergnats d’aujourd’hui et des générations
futures. Notre
principal défi réside donc désormais dans notre capacité à réarticuler les
trois sphères de l’économique, du social et de l’environnemental et à rendre
compatible nos politiques régionales de cohésion sociale et de cohésion
territoriale. C’est
toute l’ambition que nous avons voulu donner au mandat de négociation que nous
vous proposons aujourd’hui. C’est tout le sens que nous souhaitons donner à
notre futur Agenda 21.Il
est quand même difficile de dire : « je
suis né sur une planète qui était propre, préservée, avec des réserves et le
jour où je partirai, il ne restera plus rien ou pas grand-chose pour mes
successeurs. » ! Et
c’est pour combattre cela que nous continuerons à avoir recours autant qu’il le
faudra à toutes les formes de discrimination positive susceptibles de réduire
la fracture sociale et territoriale de notre espace régional. Je vous remercie.
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