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Session du 13 février 2006 (Election du Président du Conseil régional) Intervention de M. Jean-Paul Bacquet, Président du groupe socialiste
Monsieur
le Président, je voudrais tout d’abord vous remercier de l’hommage que vous
avez rendu à Pierre-Joël Bonté, hommage à notre Président, comme vous l’avez
dit. Je voudrais vous dire combien j’ai été sensible à ce vous avez dit de
Pierre-Joël, qui savait, au-delà des clivages, rassembler les uns et les
autres, pour le destin de l’Auvergne. Il était socialiste, vous
l’avez répété, il exerçait une profession libérale, je tiens à le préciser. Je vous remercie, Monsieur le
Président, vous êtes ici en tant que Doyen. Nous ne pensions pas que vous
auriez à présider une deuxième élection de Président du Conseil régional. Je
tiens à souligner que vous êtes aussi Doyen de cette Assemblée, pas seulement
par l’âge, mais aussi parce qu’il y a 32 ans que vous siégez au Conseil
régional. Le groupe Socialiste
présentera la candidature de René Souchon, après une procédure démocratique de
désignation par l’ensemble des militants de la région Auvergne. Pierre-Joël
Bonté disait toujours son attachement à la démocratie. Il disait que nous
étions des enfants gâtés de la démocratie, n’ayant pas toujours conscience de
la chance que nous avions. Il disait que la démocratie, c’était la vie des
partis politiques, malheureusement trop souvent brocardée, car lorsqu’il n’y a
plus de pluralité, il n’y a plus de démocratie. Nous avons souhaité désigner
notre candidat par un processus démocratique et René Souchon sera donc notre
représentant pour cette élection.
Session du 13 février 2006 (Election du Président du Conseil régional) Intervention de M. René Souchon, Président du Conseil régional d'Auvergne
Monsieur
le Préfet, Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux, chers collègues,
vous venez de m’élire Président de la Région Auvergne et je vous remercie de
votre confiance. Cependant, je ne vous mentirai pas : en d’autres
circonstances, cette élection m’aurait comblé, tant j’aime l’Auvergne, tant
j’ai d’ambitions pour elle. Mais, aujourd’hui, à l’heure de prononcer ce
discours d’investiture, ma première pensée va bien sûr vers Pierre-Joël Bonté
qui nous a quittés si brutalement, il y a quelques semaines, laissant une plaie
profonde, très profonde dans nos coeurs. Aujourd’hui, à l’heure où une page de l’histoire de l’Auvergne se tourne, à
l’heure où nous pensons à lui, c’est pour nous tous, le chagrin qui ressurgit, c’est le vide et
l’absence qui se font sentir, c’est la réalité d’une disparition qui nous
revient en pleine face. Lors de la cérémonie des obsèques, Jean-Claude Zicola,
Maire de Riom et ami de toujours, nous a tous émus en interpellant Pierre-Joël.
Je crois pouvoir dire qu’il nous a secoués en rappelant ses
qualités – exercice convenu – mais aussi en soulignant ses
défauts et ses travers.
Je n’aurai pas la prétention, ni encore moins le talent de me livrer,
devant vous, au même exercice. Je voudrais simplement, je voudrais modestement,
évoquer Pierre-Joël tel que nous l’avons tous connu, tel que l’ont connu les
Auvergnates et les Auvergnats.
Ce qui marquait d’abord chez notre ami, c’était son côté humain. Toujours le sourire aux lèvres, même quand ça n’allait pas
et ce sourire n’était pas réservé à ses amis, à ses collègues, à ses proches.
Pierre-Joël respectait tous ses interlocuteurs. Dans ses rapports quotidiens,
il n’y avait pas de droite, de gauche, de classes sociales, de niveau de
culture. Tout au long de sa journée, Pierre-Joël croisait des femmes et des
hommes et il avait les mêmes attentions pour tous. Il était même souvent plus
disert avec les humbles, avec ceux qui étaient intimidés par son statut. J’ai
encore en mémoire le souvenir de la femme de ménage du quatrième étage de
l’Hôtel de Région, s’effondrant littéralement lorsqu’elle a appris le décès de
Pierre-Joël. Pas un jour où il ne lui « faisait la bise », pas un
jour où il ne lui demandait des nouvelles de ses enfants.
Un magazine a décerné à Pierre-Joël le titre de « Président de Région le
plus accessible ». Accessible, il l’était assurément. Pierre-Joël
avait le contact facile, inné. Ce
n’était pas une contrainte qu’il s’imposait. Il ne trichait pas et cela se
voyait. L’émotion suscitée par sa disparition, y compris chez ceux qui ne
l’avaient jamais rencontré, montre bien que, pour les Auvergnates et les
Auvergnats, on était d’accord ou pas avec Pierre-Joël Bonté, mais on ne doutait
pas un instant de sa gentillesse, de sa simplicité, de sa sincérité, de sa
volonté de changer l’Auvergne.
Pierre-Joël aimait le genre humain. Il n’avait pas d’ennemi. Il ne
connaissait pas le sectarisme. Ses qualités de cœur, il les a mises au service
de l’action publique. Pourtant, rien ne l’y prédisposait. Pierre-Joël gardait
de son enfance des cicatrices qui ne se sont jamais refermées. Il aurait pu
sombrer, s’échouer. Il a eu, au contraire, la force mentale de se construire. À
23 ans, il devenait le plus jeune expert-comptable de France. Parti de rien et
devenu quelqu’un à force de travail, il aurait pu s’enfermer dans
l’individualisme. Il aurait pu se concentrer sur sa société d’expertise
comptable et jouir des atouts de la vie d’un jeune cadre dynamique à qui tout
réussit. Mais Pierre-Joël avait des convictions. Sa réussite ne comptait pas,
si elle ne servait pas aux autres. L’Humanité, voilà le combat.
« L’Humanité », c’est aussi le journal, qu’à 18 ans, il vendait sur
les marchés. L’Humanité, ce sont ses frères humains qui se débattent dans un
monde où règne l’injustice dont il a horreur.
Changer la vie,
voilà son objectif. Il sera de l’aventure d’Epinay, aux côtés de François
Mitterrand et de Jean-Pierre Chevènement et de beaucoup d’autres. À 27 ans, il
se présente pour la première fois devant les électeurs à Riom, sur un canton
difficile. Il est battu. Ce n’est que partie remise, puisqu’il sera Conseiller
général à 30 ans. D’autres mandats et fonctions suivront, mais la marque de
fabrique « Bonté » demeurera : il fut et restera un élu qui
mettait, au-dessus de tout, l’exigence
morale dans la pratique politique, car Pierre-Joël, c’était d’abord la droiture
et le sens de l’intérêt général. Il n’y avait qu’un moyen de le mettre en
colère, c’était de mettre en cause son intégrité et son honnêteté.
Pierre-Joël, c’était aussi un démocrate extrême. Conscient du fossé qui ne
cesse de s’élargir entre les élus et la population, il appelait à la rénovation politique. Il faisait confiance
aux jeunes et aux femmes. Il était contre le cumul des mandats – ce
qui n’est vraiment pas original – mais ce qui l’est beaucoup plus,
c’est qu’il se l’appliquait à lui-même.
Il était
un chaud partisan de la démocratie que l’on dit participative. Plutôt que
donner des solutions, il pensait que l’on gagnait à écouter. Au Conseil général
du Puy-de-Dôme, il avait organisé les États généraux de la ruralité, les
Assises du monde associatif, les Rencontres de l’insertion. Au Conseil
régional, il a initié les Assises territoriales et impulsé la concertation
autour du plan régional de développement des formations et du schéma régional
de développement économique. Ceux qui ont participé à ces manifestations savent
qu’il ne s’agissait pas de coups médiatiques ou de grand-messes destinées à la
célébration des élus.
Bien au contraire, il s’agissait de
temps d’écoute. Des temps d’écoute qui répondaient à sa soif d’entendre et qui
ont tous débouché sur des réformes, sur un redéploiement des programmes
d’intervention du Conseil régional d’Auvergne. Au sein de notre exécutif, il gérait les états d’âme
et les coups de blues. Il aimait réguler, arrondir les angles. Mais surtout, il
nous faisait confiance. Nos délégations étaient totales et les décisions
étaient prises de manière collégiale, en réunion de Vice-Présidents, les lundis matin.
Pierre-Joël, c’était enfin le choix de l’efficacité
et du travail. C’était le rejet du paraître. Il avait une devise :
« du sérieux sans se prendre au sérieux ». Il aimait provoquer. Il
heurtait volontiers les convenances. Pour lui, on ne jugeait pas un homme au nombre
de médailles affichées ou au port d’une cravate.
Ultime pirouette, lors de son dernier déplacement officiel, à l’occasion de
l’inauguration de l’A89, il refusa de monter sur l’estrade pour se faire
photographier avec les autres élus. Le lendemain matin, tout ce que
l’Auvergne compte d’élus était en Une de « La Montagne », tous les
élus, sauf le Président de Région. À l’un de ses collaborateurs qui lui
dit un jour, qu’il y avait deux catégories de politiques, les ambitieux et les
orgueilleux, il répondit sans hésitation « je suis un orgueilleux ». Il rejetait tout simplement les
choses vaines et la vanité de beaucoup de ses concitoyens était un poids sur
ses épaules. Pierre-Joël, c’était une exigence morale.
C’était aussi un élu local. Il n’a jamais souhaité être
un élu national. François Hollande le disait récemment : Pierre-Joël aurait pu
devenir député ou sénateur, voire ministre. Il ne l’a jamais souhaité. Pour
lui, la vraie capacité d’action, de transformation, résidait dans le quotidien
et l’action locale. Cette action, il l’a portée à Riom, cette ville qu’il
aimait tant. Il l’a portée au Conseil général du Puy-de-Dôme. Sous sa
Présidence, a été initiée une véritable politique départementale qui ne se
résumait pas à l’addition des intérêts particuliers des 61 cantons que compte
le Puy-de-Dôme. Et cette action a été reconnue, puisque, après 6 ans de
Présidence Bonté, la gauche dispose aujourd’hui de 46 sièges sur 61, du jamais
vu dans le Puy-de-Dôme !
L’action de
Pierre-Joël, c’est aussi la coprésidence, à vos côtés, Monsieur le Préfet, du
Comité de Massif – Massif Central. Là encore, Pierre-Joël a pu faire ce
qu’il aimait faire : fédérer autour de projets. Son élection à la
présidence du Comité de Massif démontrait qu’il rassemblait au-delà, bien au-delà,
de son propre camp.
Dernière collectivité où Pierre-Joël a pu mettre en œuvre son énergie
réformatrice : le Conseil
régional. Il restera le premier homme de gauche à avoir conquis la Région, au
suffrage universel direct. Peu nombreux étaient ceux qui croyaient la victoire
possible. Il a fait une campagne de terrain, de proximité et c’est son discours
de vérité qui a fait la décision. En moins de deux ans, il a stimulé
l’Auvergne, notamment grâce aux Assises territoriales. Il a fait prendre
conscience aux Auvergnats que quelque chose était possible, que ça valait le
coup de se battre. Mes chers collègues, Pierre-Joël avait une exigence :
une gestion rigoureuse et transparente des finances régionales.
Pierre-Joël avait aussi une passion : l’aménagement du territoire. Du
Conseil général au Conseil régional, en passant par le Comité de Massif,
c’était le fil rouge de son action. La solidarité des territoires, c’était son
alpha et son oméga, et c’est cette passion commune pour le développement des
territoires qui nous a rapprochés avant les élections de 2004. Pierre-Joël
avait des moments d’émotion. Lorsqu’il touchait du doigt ce que son action
pouvait porter de fraternité et de solidarité : en tant que Président du
Conseil général, lorsqu’il a célébré les 50 ans de la Déclaration universelle
des droits de l’homme ou lors du rassemblement des Messagers de l’eau, devant
des jeunes du monde entier, rassemblés à La Bourboule. Cette émotion, ce
sentiment du devoir accompli, il les ressentait aussi lorsqu’il évoquait la
gratuité du premier équipement professionnel pour les lycéens. Le technicien était passionné
par l’aménagement du territoire, la péréquation, la taxe professionnelle unique
et les Contrats régionaux de développement des territoires. Mais le militant, l’homme, avait pour objectif de rendre la vie
moins dure aux plus faibles et d’œuvrer modestement, à son échelle pour la
fraternité universelle. L’hommage unanime qu’il a reçu de ses collègues élus,
de droite comme de gauche, des médias et de très nombreux Auvergnats, montre
que les valeurs qu’il portait, étaient clairement perçues par tous.
Mes chers
collègues, il nous faut maintenant poursuivre le chemin tracé par Pierre-Joël
et il nous faut le poursuivre sans lui. Il ne sera pas, pour nous, une Statue
du Commandeur. Pierre-Joël n’imposait rien. Mais je pense qu’aucun d’entre
nous, dans sa pratique quotidienne, n’oubliera le sens de son action et les
exigences morales qui étaient les siennes. Je vous remercie de bien vouloir
respecter un temps de silence à la mémoire de Pierre-Joël, notre Président.
Les Conseillers régionaux se lèvent et observent une minute de silence.
Monsieur le Préfet, mes chers collègues, la Région Auvergne vient de se
doter d’un nouveau Président. Pour autant, notre institution ne va changer, ni de programme, ni de priorités. En
avril 2004, nous étions forts de notre programme. Aux
lendemains des Assises territoriales, nous sommes devenus forts des milliers de
propositions formulées par les Auvergnats. Par ailleurs, nous avons une
méthode : la concertation, la démocratie participative, l’écoute. Nous
avons trois priorités clairement affichées : § l’accueil de nouvelles populations, §
le développement économique et l’emploi, §
l’éducation et la formation.
La méthode, tout d’abord. Elle est en rupture avec ce qui se faisait sous
l’ancienne majorité. Nous pensons que pour réussir il faut impliquer. La
solution ne vient jamais d’en haut. Le symbole de cette méthode, ce sont les
Assises territoriales, treize réunions dans toute l’Auvergne, 7.700
participants, plus de 2.000 contributions qui ont débouché sur une Charte pour
l’Auvergne et 82 engagements. Avec ces Assises, nous avons créé un espoir, une
dynamique. Dans une société où les hommes politiques sont de moins en moins
crédibles, nous avons tissé un lien entre élus et citoyens. Nous avons montré
que nous étions capables de quitter notre tour d’ivoire, nos certitudes et de
nous enrichir de la confrontation avec nos concitoyens. Alors oui, nous
continuerons la concertation tous azimuts.
Parce que le développement économique ne se décrète pas, nous élaborons, avec
tous les acteurs concernés, le schéma régional de développement économique.
Parce que la formation est essentielle pour lutter contre le chômage, nous
bâtissons, dans la concertation, le plan régional de développement des
formations. Parce que nous pensons que ce n’est pas de Chamalières que l’on
construit le développement de l’Yssingelais ou de la Châtaigneraie, nous
demandons aux élus locaux et aux acteurs économiques et sociaux de définir
leurs projets de développement, au niveau des Pays et des Intercommunalités,
projets que la Région soutient ensuite. Parce que nous n’acceptons pas que les
citoyens soient privés d’informations, nous organiserons, avant l’été, durant
ce printemps, une grande concertation sur la difficile question des OGM afin
d’essayer de dépasser les passions.
Il y aura bien continuité dans la méthode. Il y aura aussi continuité quant aux
priorités qui sont issues de notre programme et des Assises. §
La première priorité, vous disais-je, c’est de
relever le défi démographique qui est devant nous. En 20 ans, l’Auvergne a
perdu l’équivalent d’une ville comme Moulins. L’Auvergne et le Massif Central
sont à un tournant : soit l’hémorragie continue et nous laissons la région
devenir un désert, soit nous nous battons pour garder nos jeunes, en attirer
d’autres, pour attirer de nouvelles populations et nous inversons la tendance.
Nous avons choisi la deuxième solution. Nos territoires, tous les territoires
auvergnats doivent, aujourd’hui, devenir des terres de conquête, des terres
d’accueil et pour aider les collectivités à se développer, nous avons mis en
place les Contrats régionaux de développement durable, les Contrats
« Auvergne + ». Il fallait mettre en place une réelle politique
d’aménagement du territoire, il fallait en finir avec la dispersion, le
saupoudrage, l’inéquité. Aujourd’hui, les Contrats régionaux de développement
durable, les Contrats « Auvergne + », sont l’outil de la solidarité
et de l’essor de nos territoires. Ceux qui sont les plus en difficulté sont
davantage aidés et les projets enfin soutenus, pour un développement pensé à 10
ou 15 ans. 36 contrats ont été signés en 2005, au moins 30 vont l’être en 2006.
Notre fer de lance pour la réussite de
cette politique d’accueil, c’est l’Agence régionale de développement des
territoires. Véritable chef d’orchestre de l’accueil de nouvelles populations,
l’Agence a déjà mis en place une méthodologie commune à tous les acteurs de
l’accueil, en Auvergne. Elle a inventé le concept des offres labellisées,
permettant au nouvel arrivant de bénéficier d’un pack
« emploi/services/logement ». Elle a, d’ores et déjà, mis en ligne un
site internet rassemblant tous les partenaires et lancé une campagne de promotion
nationale. En juin, une Université européenne consacrée à ces problématiques,
s’ouvrira en Auvergne. Le défi est passionnant. Les idées bouillonnent et nous
allons bientôt nous orienter vers les créateurs d’entreprises, et pas
simplement vers les repreneurs, comme nous le faisons aujourd’hui, même si nous
devons poursuivre cette tâche. Nous savons que les résultats ne peuvent être
immédiats, nous devrons être patients. Nous réussirons dans la durée et dans la
constance.
Notre politique de l’habitat, notre implication dans la politique de la ville
et nos opérations de renouvellement urbain, vont également contribuer à rendre
cette région plus attractive et plus solidaire. La qualité de vie, argument de
séduction majeur auprès des nouveaux actifs, sera entretenue par nos efforts
pour l’environnement, le développement durable, mais aussi par notre volonté de
faire du sport et de la culture, des outils au service du développement
économique, touristique et de l’épanouissement individuel. § Deuxième priorité : l’emploi et le
développement économique. Comme l’indiquait le géographe Jean-Paul Diry, dans son rapport pour
les Assises territoriales, « l’Auvergne est dans le peloton de queue des
régions françaises et les écarts, démographiques et économiques, non seulement
avec les plus performantes, mais avec les moyennes françaises, tendent à
s’accroître. L’idée d’un rattrapage relève donc de l’illusion ou du slogan sans
fondement. Deux attitudes possibles – disait-il – :
« se contenter d’observer et de gérer en bon père de famille ou tenter
d’inverser les glissades récessives par une politique volontariste ». Et bien,
chers collègues, notre choix est fait : c’est celui du volontarisme. Face
aux crises structurelles qui affectent, plus qu’ailleurs, notre économie, nous
proposons des politiques de filière, où structuration, formation, recherche,
innovation sont les maîtres mots. Face au déficit
d’investissement dans nos entreprises, nous proposons de mettre fin à la
dispersion de nos aides, avec le fonds régional pour l’emploi qui facilitera
l’accès aux crédits bancaires. Notre responsabilité est
de renforcer l’économie régionale, de permettre la création d’emplois et de
convaincre tous nos partenaires que le « miracle » auvergnat est
possible à condition de le vouloir avec force et de retrousser ses manches tous
les matins.
La concertation autour du schéma régional de développement économique aura été
l’occasion pour tous de se projeter sur le long terme, de sortir des petites
échéances auxquelles sont contraints tant les élus que les chefs d’entreprises.
La Région n’agira plus seule, mais dans un partenariat public/privé renforcé.
C’est là, la vraie révolution de ce schéma régional de développement
économique.
L’agriculture, la forêt et le tourisme représentent également des vecteurs
d’emplois importants mais sous-exploités. Vous le savez, nos efforts portent
sur le « bio », la diversification, l’installation. La filière bois
se structure, mais beaucoup reste à faire, tandis que le tourisme, via le
schéma régional, « Tour Massif » et « Green France », est
enfin conçu comme un moteur, pour conquérir les marchés internationaux, gagner
de nouveaux investisseurs et hisser la Région au rang qu’elle mérite.
Cette politique de développement ne peut réussir, sans celle du transport et
des communications. Notre désenclavement n’est pas achevé, la tâche qui reste à
accomplir est immense, tant pour la route que pour le chemin de fer. Notre plan
quinquennal de désenclavement est conçu pour permettre des avancées
significatives afin de relier, plus efficacement, les différents bassins
d’emplois de l’Auvergne aux autoroutes et aux axes deux fois deux voies. Pour
aller plus loin, nous sommes dans l’attente des propositions de l’État,
concernant le Contrat de plan État-Région pour l’après 2006. Cela ne devrait
pas tarder. La bataille du rail – avec bien sûr
Clermont-Ferrand/Paris, Clermont-Ferrand/Lyon et surtout avec
« Altro », le TGV européen est-ouest – et de l’aérien, avec
le soutien à l’aéroport de Clermont, est engagée, et j’entends m’y consacrer
pleinement, tout comme à l’aboutissement du plan stratégique de développement
du Massif Central, élaboré et validé en Comité de Massif pour lequel nous
devrons obtenir les financements européens et de l’État français. §
Troisième priorité : favoriser l’éducation et
la formation. L’ouverture de la région, la mobilité des Auvergnats et le
développement de la matière grise passent par de bonnes conditions d’études et
un appareil de formation de qualité. 60 % des lycées publics n’avaient pas
connu de travaux majeurs depuis 1986 ! Certains étaient en très mauvais
état. Dès notre premier budget, de gros efforts ont été engagés. Ils seront
poursuivis, pour autant que les contraintes budgétaires nous le permettront.
Notre action a également permis de venir en aide aux familles, grâce à la
gratuité des manuels scolaires et, plus important mais moins médiatique, la
gratuité du premier équipement professionnel. La formation et l’apprentissage,
eux aussi, font actuellement l’objet d’une révision totale. Le plan régional de
développement des formations s’achemine vers trois
objectifs essentiels :
- D’abord, placer l’individu au cœur des dispositifs. Il y aura moins de
différences de statut et de rémunération entre les publics, moins de ruptures
dans les parcours de formation, plus de chances d’accès à la formation et à
l’emploi.
- Il faudra aussi que le système de formation soit mieux adapté aux
besoins des entreprises et des territoires.
- Il faudra enfin veiller, grâce à la concertation, à ce que l’ensemble des
dispositifs et des aides gagne en ambition, en souplesse et en cohérence.
Là encore, nous avons un symbole de notre démarche de solidarité, c’est l’École
de la deuxième chance, dont le lancement est prévu la semaine prochaine.
L’École de la deuxième chance, c’est la rencontre entre deux fractures, la
fracture sociale et la fracture économique. C’est un sas pour que des jeunes,
enfermés dans la spirale de l’échec scolaire, social, professionnel, puissent
nourrir l’espoir de s’intégrer dans la société et dans le monde du travail.
L’École de la deuxième chance, c’est un point lumineux dans l’obscurité. Après
plus d’un an de concertation, nous y voilà. Dans quelques semaines, quatre
plates-formes, à Moulins, Clermont-Ferrand, Le Puy-en-Velay et Aurillac, accueilleront
des jeunes entre 18 et 30 ans, pour un nouveau départ dans la vie. Nous pouvons
collectivement en être fiers.
Mes chers collègues, nous avons de grandes ambitions. Mais vous le savez, nous
avons aussi des contraintes budgétaires qui vont aller crescendo. Non
seulement, nous sommes endettés, très endettés, mais nous devons faire face au
désengagement de l’État dans de nombreux domaines et nous allons également
pâtir des effets de la décentralisation. L’État nous transfère des compétences
supplémentaires, mais avec des compensations, à ce jour, insuffisantes. Il nous
manquera, par exemple, plusieurs millions d’euros, au titre des formations
sanitaires et sociales. Sans correctif, ce dossier constitue, aujourd’hui, en
son état, une véritable bombe à retardement, tant l’écart entre les ressources
transférées et les besoins est considérable. Pour pouvoir satisfaire les
demandes des écoles sanitaires et sociales, nous devrions rajouter sur
l’exercice 2006, 5,6 millions d’euros, non compensés, à ce jour, par l’État.
Cette remarque vaut également pour le transfert du service régional de
l’inventaire ou encore pour celui des agents TOS des lycées – dont
l’harmonisation des régimes indemnitaires constitue, à mes yeux, une deuxième
bombe à retardement – et bien sûr, pour l’aéroport de
Clermont-Ferrand/Aulnat. Le compte n’y est pas. Le transfert à l’euro près,
inscrit dans la Constitution, n’est pas au rendez-vous aujourd’hui. Les
collectivités locales vont voir, dans les années à venir, leurs marges de manœuvre
se réduire régulièrement. Mais, par delà l’accroissement de nos charges, nous
avons affaire aussi à une diminution ou une amputation de nos recettes. La
réforme de la taxe professionnelle devrait entraîner, pour la collectivité
régionale, une perte de l’ordre de 5,2 millions d’euros en 2007. Renoncer à
certains programmes, augmenter les impôts, recourir encore davantage à
l’emprunt ? Comment pourrons-nous bâtir les budgets à venir ? Telles
sont les questions que nous nous posons aujourd’hui, au moment de commencer
notre réflexion – puisque nous allons l’engager dès ce
printemps – sur le budget 2007.
Pourtant, malgré cela, nous avons la volonté de tenir les engagements pris
devant les Auvergnats, au lendemain des Assises territoriales, 65 sur 82 sont
déjà tenus ou en voie de l’être.
Mes chers collègues, j’ai retracé devant vous, nos priorités, pour les quatre
ans à venir, sans vous cacher les difficultés financières qui seront les
nôtres. Chacun y trouvera la trace de la continuité à laquelle nous nous sommes
engagés.
En conclusion,
je voudrais insister sur la nécessité de placer la période qui s’ouvre sous le
signe de la modernité de l’Auvergne et la recherche de cet objectif sera pour
moi et tout l’exécutif, un investissement de tous les instants. La clé du
développement réside aujourd’hui dans l’innovation, dans la recherche, dans les
technologies de l’information et de la communication qui nous ouvrent des
perspectives encore très mal cernées et dont nous savons qu’elles sont
importantes. Nous avons l’ambition de faire de l’Auvergne une
région en pointe dans tous ces domaines. C’est bien la modernité de l’Auvergne
qui contribuera à faire d’elle une région attractive et dynamique. Le
développement économique de demain viendra de notre capacité à rechercher
l’excellence dans tous les secteurs de pointe.
D’ailleurs, cette modernité de l’Auvergne est déjà en marche. Notre Région
s’est engagée dans la mise en place de services publics par les visio-guichets.
20 à 30 seront en service avant la fin de l’année. À échéance de trois ans au
moins, l’Auvergne pourrait en compter une cinquantaine pour une bonne
couverture du territoire, se plaçant ainsi, sur ce point, en tête de toutes les
Régions françaises. Grâce à ces visio-guichets, nos concitoyens, résidant en milieu
rural en particulier, peuvent entrer en contact avec différents organismes, la
Caisse d’allocations familiales, l’ANPE, la Mutualité sociale agricole,
l’URSSAF, etc. Tout est possible sans avoir à se rendre dans une Préfecture ou
une Sous-Préfecture. Nous nous sommes engagés dans un moyen novateur de limiter
la fracture territoriale. L’Auvergne expérimentera également, cette année, un
nouveau système de télé-assistance pour les personnes âgées à partir d’un
simple téléphone portable. Ce sera une première en France.
Les jeunes ne seront pas oubliés, puisqu’en partenariat avec le Rectorat et les
Conseils généraux, nous allons développer les espaces numériques de travail
dans les lycées de l’Académie. Plutôt que de privilégier les équipements
individuels, nous allons équiper les établissements de manière à généraliser
progressivement l’utilisation des nouvelles technologies : cahiers de
texte en ligne, accès à des ressources pédagogiques en ligne, tableaux
électroniques dans les salles de classe... Les jeunes Auvergnats bénéficieront
ainsi progressivement d’un environnement qui va bouleverser leurs pratiques et
celles de leurs enseignants, un environnement en pointe au niveau national.
Par ailleurs, nous sommes en train de finaliser un projet d’accès aux
communications à haut débit pour les zones jusque-là non
couvertes – ce qu’on appelle les « zones blanches ». Ces
communications se feront via les ondes radio – technologie Wimax. La
Région financera les relais et ainsi, aucun territoire ne sera privé d’accès à
l’internet moyen/haut débit dès la mi-2007.
Nous travaillons également au développement des grilles de calcul, qui sont, en
fait, une mise en réseau d’ordinateurs, capables de réaliser des millions
d’opérations en des temps très courts. L’Auvergne dispose d’un équipement d’une
très forte capacité et qui compte aujourd’hui au niveau européen et mondial.
Des grilles de calcul basées à Aurillac, au Puy et à Montluçon viendront
compléter le dispositif principal basé aux Cézeaux, dans l’agglomération clermontoise.
Ces grilles de calcul doivent nous permettre de doper la recherche et
l’innovation en Auvergne, notamment dans le domaine des sciences de la vie et
elles seront un atout considérable pour les entreprises et les laboratoires
locaux. Alors, certes, tout cela est très technique, très compliqué. Mais c’est
avec ces efforts dans le domaine des nouvelles technologies que l’Auvergne va
prendre de l’avance et devenir plus attractive. L’objectif est bien là :
ne pas essayer de recoller au peloton, mais prendre la tête, en s’appuyant sur
les technologies de demain, en allant dans ce domaine plus vite que d’autres,
sans oublier la préservation de notre environnement qui sera un facteur
déterminant également de l’attractivité de l’Auvergne.
Nous avons les moyens de notre ambition. On ne le dit pas suffisamment :
l’Auvergne est la quatrième région de France en matière de recherche publique
et privée. Nous avons un potentiel, à nous de le doper, à nous de favoriser
l’innovation, à nous d’accompagner les expérimentations, à nous d’accueillir
les porteurs de projets innovants. Si nous arrivons à construire cette Auvergne
de la modernité où, en ville comme à la campagne, les dernières technologies
seront disponibles, alors, mes chers collègues, l’Auvergne attirera et en aura
terminé avec son problème d’image. Si nous réussissons ce pari, l’Auvergne ne
renverra plus simplement à ces images traditionnelles du plateau de fromage, de
l’accordéon.
Non, l’Auvergne renverra l’image du territoire le plus imprégné par les nouvelles
technologies, le territoire où l’on peut innover et entreprendre dans un cadre
de vie tout à fait exceptionnel, qui aura su réaliser le mariage de la
tradition et de la modernité, le mariage du Saint-Nectaire et des grilles de
calculs – c’est difficile, mais c’est possible –, en
passant par cette préservation fondamentale de notre environnement
exceptionnel.
L’Auvergne a des atouts. Il faut qu’elle prenne confiance en elle, il faut que
l’Auvergne brise ses chaînes, qu’elle soit fière de ce qu’elle est. Alors, mes
chers collègues, oui, c’est un nouveau défi, mais nous avons le devoir de le
relever. Je sais que je peux compter sur l’engagement des uns et des autres,
sur la fidélité de la majorité et cet objectif, que j’évoque ici ce matin,
c’est l’ambition de notre majorité régionale. Je vous remercie.
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