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Interventions  des  élus du groupe socialiste

du  Conseil  régional  d'Auvergne

 

   Session du 13 février 2006 (Election du Président du Conseil régional)
 
Intervention de M. Jean-Paul Bacquet
, Président du groupe socialiste

Monsieur le Président, je voudrais tout d’abord vous remercier de l’hommage que vous avez rendu à Pierre-Joël Bonté, hommage à notre Président, comme vous l’avez dit. Je voudrais vous dire combien j’ai été sensible à ce vous avez dit de Pierre-Joël, qui savait, au-delà des clivages, rassembler les uns et les autres, pour le destin de l’Auvergne.
Il était socialiste, vous l’avez répété, il exerçait une profession libérale, je tiens à le préciser.

Je vous remercie, Monsieur le Président, vous êtes ici en tant que Doyen. Nous ne pensions pas que vous auriez à présider une deuxième élection de Président du Conseil régional. Je tiens à souligner que vous êtes aussi Doyen de cette Assemblée, pas seulement par l’âge, mais aussi parce qu’il y a 32 ans que vous siégez au Conseil régional.
Le groupe Socialiste présentera la candidature de René Souchon, après une procédure démocratique de désignation par l’ensemble des militants de la région Auvergne. Pierre-Joël Bonté disait toujours son attachement à la démocratie. Il disait que nous étions des enfants gâtés de la démocratie, n’ayant pas toujours conscience de la chance que nous avions. Il disait que la démocratie, c’était la vie des partis politiques, malheureusement trop souvent brocardée, car lorsqu’il n’y a plus de pluralité, il n’y a plus de démocratie. Nous avons souhaité désigner notre candidat par un processus démocratique et René Souchon sera donc notre représentant pour cette élection.


   Session du 13 février 2006 (Election du Président du Conseil régional) 
 Intervention de M. René Souchon, Président du Conseil
régional  d'Auvergne

Monsieur le Préfet, Mesdames et Messieurs les Conseillers régionaux, chers collègues, vous venez de m’élire Président de la Région Auvergne et je vous remercie de votre confiance. Cependant, je ne vous mentirai pas : en d’autres circonstances, cette élection m’aurait comblé, tant j’aime l’Auvergne, tant j’ai d’ambitions pour elle. Mais, aujourd’hui, à l’heure de prononcer ce discours d’investiture, ma première pensée va bien sûr vers Pierre-Joël Bonté qui nous a quittés si brutalement, il y a quelques semaines, laissant une plaie profonde, très profonde dans nos coeurs. Aujourd’hui, à l’heure où une page de l’histoire de l’Auvergne se tourne, à l’heure où nous pensons à lui, c’est pour nous tous, le chagrin qui ressurgit, c’est le vide et l’absence qui se font sentir, c’est la réalité d’une disparition qui nous revient en pleine face. Lors de la cérémonie des obsèques, Jean-Claude Zicola, Maire de Riom et ami de toujours, nous a tous émus en interpellant Pierre-Joël. Je crois pouvoir dire qu’il nous a secoués en rappelant ses qualités – exercice convenu – mais aussi en soulignant ses défauts et ses travers.
Je n’aurai pas la prétention, ni encore moins le talent de me livrer, devant vous, au même exercice. Je voudrais simplement, je voudrais modestement, évoquer Pierre-Joël tel que nous l’avons tous connu, tel que l’ont connu les Auvergnates et les Auvergnats.
Ce qui marquait d’abord chez notre ami, c’était son côté humain. Toujours le sourire aux lèvres, même quand ça n’allait pas et ce sourire n’était pas réservé à ses amis, à ses collègues, à ses proches. Pierre-Joël respectait tous ses interlocuteurs. Dans ses rapports quotidiens, il n’y avait pas de droite, de gauche, de classes sociales, de niveau de culture. Tout au long de sa journée, Pierre-Joël croisait des femmes et des hommes et il avait les mêmes attentions pour tous. Il était même souvent plus disert avec les humbles, avec ceux qui étaient intimidés par son statut. J’ai encore en mémoire le souvenir de la femme de ménage du quatrième étage de l’Hôtel de Région, s’effondrant littéralement lorsqu’elle a appris le décès de Pierre-Joël. Pas un jour où il ne lui « faisait la bise », pas un jour où il ne lui demandait des nouvelles de ses enfants.
Un magazine a décerné à Pierre-Joël le titre de « Président de Région le plus accessible ». Accessible, il l’était assurément. Pierre-Joël avait le contact facile, inné. Ce n’était pas une contrainte qu’il s’imposait. Il ne trichait pas et cela se voyait. L’émotion suscitée par sa disparition, y compris chez ceux qui ne l’avaient jamais rencontré, montre bien que, pour les Auvergnates et les Auvergnats, on était d’accord ou pas avec Pierre-Joël Bonté, mais on ne doutait pas un instant de sa gentillesse, de sa simplicité, de sa sincérité, de sa volonté de changer l’Auvergne.
Pierre-Joël aimait le genre humain. Il n’avait pas d’ennemi. Il ne connaissait pas le sectarisme. Ses qualités de cœur, il les a mises au service de l’action publique. Pourtant, rien ne l’y prédisposait. Pierre-Joël gardait de son enfance des cicatrices qui ne se sont jamais refermées. Il aurait pu sombrer, s’échouer. Il a eu, au contraire, la force mentale de se construire. À 23 ans, il devenait le plus jeune expert-comptable de France. Parti de rien et devenu quelqu’un à force de travail, il aurait pu s’enfermer dans l’individualisme. Il aurait pu se concentrer sur sa société d’expertise comptable et jouir des atouts de la vie d’un jeune cadre dynamique à qui tout réussit. Mais Pierre-Joël avait des convictions. Sa réussite ne comptait pas, si elle ne servait pas aux autres. L’Humanité, voilà le combat. « L’Humanité », c’est aussi le journal, qu’à 18 ans, il vendait sur les marchés. L’Humanité, ce sont ses frères humains qui se débattent dans un monde où règne l’injustice dont il a horreur.
Changer la vie, voilà son objectif. Il sera de l’aventure d’Epinay, aux côtés de François Mitterrand et de Jean-Pierre Chevènement et de beaucoup d’autres. À 27 ans, il se présente pour la première fois devant les électeurs à Riom, sur un canton difficile. Il est battu. Ce n’est que partie remise, puisqu’il sera Conseiller général à 30 ans. D’autres mandats et fonctions suivront, mais la marque de fabrique « Bonté » demeurera : il fut et restera un élu qui mettait, au-dessus de tout, l’exigence morale dans la pratique politique, car Pierre-Joël, c’était d’abord la droiture et le sens de l’intérêt général. Il n’y avait qu’un moyen de le mettre en colère, c’était de mettre en cause son intégrité et son honnêteté.
Pierre-Joël, c’était aussi un démocrate extrême. Conscient du fossé qui ne cesse de s’élargir entre les élus et la population, il appelait à la rénovation politique. Il faisait confiance aux jeunes et aux femmes. Il était contre le cumul des mandats – ce qui n’est vraiment pas original – mais ce qui l’est beaucoup plus, c’est qu’il se l’appliquait à lui-même.
Il était un chaud partisan de la démocratie que l’on dit participative. Plutôt que donner des solutions, il pensait que l’on gagnait à écouter. Au Conseil général du Puy-de-Dôme, il avait organisé les États généraux de la ruralité, les Assises du monde associatif, les Rencontres de l’insertion. Au Conseil régional, il a initié les Assises territoriales et impulsé la concertation autour du plan régional de développement des formations et du schéma régional de développement économique. Ceux qui ont participé à ces manifestations savent qu’il ne s’agissait pas de coups médiatiques ou de grand-messes destinées à la célébration des élus.
Bien au contraire, il s’agissait de temps d’écoute. Des temps d’écoute qui répondaient à sa soif d’entendre et qui ont tous débouché sur des réformes, sur un redéploiement des programmes d’intervention du Conseil régional d’Auvergne. Au sein de notre exécutif, il gérait les états d’âme et les coups de blues. Il aimait réguler, arrondir les angles. Mais surtout, il nous faisait confiance. Nos délégations étaient totales et les décisions étaient prises de manière collégiale, en réunion de Vice-Présidents, les lundis matin. Pierre-Joël, c’était enfin le choix de l’efficacité et du travail. C’était le rejet du paraître. Il avait une devise : « du sérieux sans se prendre au sérieux ». Il aimait provoquer. Il heurtait volontiers les convenances. Pour lui, on ne jugeait pas un homme au nombre de médailles affichées ou au port d’une cravate.
Ultime pirouette, lors de son dernier déplacement officiel, à l’occasion de l’inauguration de l’A89, il refusa de monter sur l’estrade pour se faire photographier avec les autres élus. Le lendemain matin, tout ce que l’Auvergne compte d’élus était en Une de « La Montagne », tous les élus, sauf le Président de Région. À l’un de ses collaborateurs qui lui dit un jour, qu’il y avait deux catégories de politiques, les ambitieux et les orgueilleux, il répondit sans hésitation « je suis un orgueilleux ». Il rejetait tout simplement les choses vaines et la vanité de beaucoup de ses concitoyens était un poids sur ses épaules. Pierre-Joël, c’était une exigence morale.
C’était aussi un élu local. Il n’a jamais souhaité être un élu national. François Hollande le disait récemment : Pierre-Joël aurait pu devenir député ou sénateur, voire ministre. Il ne l’a jamais souhaité. Pour lui, la vraie capacité d’action, de transformation, résidait dans le quotidien et l’action locale. Cette action, il l’a portée à Riom, cette ville qu’il aimait tant. Il l’a portée au Conseil général du Puy-de-Dôme. Sous sa Présidence, a été initiée une véritable politique départementale qui ne se résumait pas à l’addition des intérêts particuliers des 61 cantons que compte le Puy-de-Dôme. Et cette action a été reconnue, puisque, après 6 ans de Présidence Bonté, la gauche dispose aujourd’hui de 46 sièges sur 61, du jamais vu dans le Puy-de-Dôme !
L’action de Pierre-Joël, c’est aussi la coprésidence, à vos côtés, Monsieur le Préfet, du Comité de Massif – Massif Central. Là encore, Pierre-Joël a pu faire ce qu’il aimait faire : fédérer autour de projets. Son élection à la présidence du Comité de Massif démontrait qu’il rassemblait au-delà, bien au-delà, de son propre camp.
Dernière collectivité où Pierre-Joël a pu mettre en œuvre son énergie réformatrice : le Conseil régional. Il restera le premier homme de gauche à avoir conquis la Région, au suffrage universel direct. Peu nombreux étaient ceux qui croyaient la victoire possible. Il a fait une campagne de terrain, de proximité et c’est son discours de vérité qui a fait la décision. En moins de deux ans, il a stimulé l’Auvergne, notamment grâce aux Assises territoriales. Il a fait prendre conscience aux Auvergnats que quelque chose était possible, que ça valait le coup de se battre. Mes chers collègues, Pierre-Joël avait une exigence : une gestion rigoureuse et transparente des finances régionales.
Pierre-Joël avait aussi une passion : l’aménagement du territoire. Du Conseil général au Conseil régional, en passant par le Comité de Massif, c’était le fil rouge de son action. La solidarité des territoires, c’était son alpha et son oméga, et c’est cette passion commune pour le développement des territoires qui nous a rapprochés avant les élections de 2004. Pierre-Joël avait des moments d’émotion. Lorsqu’il touchait du doigt ce que son action pouvait porter de fraternité et de solidarité : en tant que Président du Conseil général, lorsqu’il a célébré les 50 ans de la Déclaration universelle des droits de l’homme ou lors du rassemblement des Messagers de l’eau, devant des jeunes du monde entier, rassemblés à La Bourboule. Cette émotion, ce sentiment du devoir accompli, il les ressentait aussi lorsqu’il évoquait la gratuité du premier équipement professionnel pour les lycéens. Le technicien était passionné par l’aménagement du territoire, la péréquation, la taxe professionnelle unique et les Contrats régionaux de développement des territoires. Mais le militant, l’homme, avait pour objectif de rendre la vie moins dure aux plus faibles et d’œuvrer modestement, à son échelle pour la fraternité universelle. L’hommage unanime qu’il a reçu de ses collègues élus, de droite comme de gauche, des médias et de très nombreux Auvergnats, montre que les valeurs qu’il portait, étaient clairement perçues par tous.
Mes chers collègues, il nous faut maintenant poursuivre le chemin tracé par Pierre-Joël et il nous faut le poursuivre sans lui. Il ne sera pas, pour nous, une Statue du Commandeur. Pierre-Joël n’imposait rien. Mais je pense qu’aucun d’entre nous, dans sa pratique quotidienne, n’oubliera le sens de son action et les exigences morales qui étaient les siennes. Je vous remercie de bien vouloir respecter un temps de silence à la mémoire de Pierre-Joël, notre Président.
Les Conseillers régionaux se lèvent et observent une minute de silence.
Monsieur le Préfet, mes chers collègues, la Région Auvergne vient de se doter d’un nouveau Président. Pour autant, notre institution ne va changer, ni de programme, ni de priorités. En avril 2004, nous étions forts de notre programme. Aux lendemains des Assises territoriales, nous sommes devenus forts des milliers de propositions formulées par les Auvergnats. Par ailleurs, nous avons une méthode : la concertation, la démocratie participative, l’écoute. Nous avons trois priorités clairement affichées :

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            l’accueil de nouvelles populations,
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             le développement économique et l’emploi,
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             l’éducation et la formation.
La méthode, tout d’abord. Elle est en rupture avec ce qui se faisait sous l’ancienne majorité. Nous pensons que pour réussir il faut impliquer. La solution ne vient jamais d’en haut. Le symbole de cette méthode, ce sont les Assises territoriales, treize réunions dans toute l’Auvergne, 7.700 participants, plus de 2.000 contributions qui ont débouché sur une Charte pour l’Auvergne et 82 engagements. Avec ces Assises, nous avons créé un espoir, une dynamique. Dans une société où les hommes politiques sont de moins en moins crédibles, nous avons tissé un lien entre élus et citoyens. Nous avons montré que nous étions capables de quitter notre tour d’ivoire, nos certitudes et de nous enrichir de la confrontation avec nos concitoyens. Alors oui, nous continuerons la concertation tous azimuts.
Parce que le développement économique ne se décrète pas, nous élaborons, avec tous les acteurs concernés, le schéma régional de développement économique. Parce que la formation est essentielle pour lutter contre le chômage, nous bâtissons, dans la concertation, le plan régional de développement des formations. Parce que nous pensons que ce n’est pas de Chamalières que l’on construit le développement de l’Yssingelais ou de la Châtaigneraie, nous demandons aux élus locaux et aux acteurs économiques et sociaux de définir leurs projets de développement, au niveau des Pays et des Intercommunalités, projets que la Région soutient ensuite. Parce que nous n’acceptons pas que les citoyens soient privés d’informations, nous organiserons, avant l’été, durant ce printemps, une grande concertation sur la difficile question des OGM afin d’essayer de dépasser les passions.
Il y aura bien continuité dans la méthode. Il y aura aussi continuité quant aux priorités qui sont issues de notre programme et des Assises.

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         La première priorité, vous disais-je, c’est de relever le défi démographique qui est devant nous. En 20 ans, l’Auvergne a perdu l’équivalent d’une ville comme Moulins. L’Auvergne et le Massif Central sont à un tournant : soit l’hémorragie continue et nous laissons la région devenir un désert, soit nous nous battons pour garder nos jeunes, en attirer d’autres, pour attirer de nouvelles populations et nous inversons la tendance. Nous avons choisi la deuxième solution. Nos territoires, tous les territoires auvergnats doivent, aujourd’hui, devenir des terres de conquête, des terres d’accueil et pour aider les collectivités à se développer, nous avons mis en place les Contrats régionaux de développement durable, les Contrats « Auvergne + ». Il fallait mettre en place une réelle politique d’aménagement du territoire, il fallait en finir avec la dispersion, le saupoudrage, l’inéquité. Aujourd’hui, les Contrats régionaux de développement durable, les Contrats « Auvergne + », sont l’outil de la solidarité et de l’essor de nos territoires. Ceux qui sont les plus en difficulté sont davantage aidés et les projets enfin soutenus, pour un développement pensé à 10 ou 15 ans. 36 contrats ont été signés en 2005, au moins 30 vont l’être en 2006.
 Notre fer de lance pour la réussite de cette politique d’accueil, c’est l’Agence régionale de développement des territoires. Véritable chef d’orchestre de l’accueil de nouvelles populations, l’Agence a déjà mis en place une méthodologie commune à tous les acteurs de l’accueil, en Auvergne. Elle a inventé le concept des offres labellisées, permettant au nouvel arrivant de bénéficier d’un pack « emploi/services/logement ». Elle a, d’ores et déjà, mis en ligne un site internet rassemblant tous les partenaires et lancé une campagne de promotion nationale. En juin, une Université européenne consacrée à ces problématiques, s’ouvrira en Auvergne. Le défi est passionnant. Les idées bouillonnent et nous allons bientôt nous orienter vers les créateurs d’entreprises, et pas simplement vers les repreneurs, comme nous le faisons aujourd’hui, même si nous devons poursuivre cette tâche. Nous savons que les résultats ne peuvent être immédiats, nous devrons être patients. Nous réussirons dans la durée et dans la constance.
Notre politique de l’habitat, notre implication dans la politique de la ville et nos opérations de renouvellement urbain, vont également contribuer à rendre cette région plus attractive et plus solidaire. La qualité de vie, argument de séduction majeur auprès des nouveaux actifs, sera entretenue par nos efforts pour l’environnement, le développement durable, mais aussi par notre volonté de faire du sport et de la culture, des outils au service du développement économique, touristique et de l’épanouissement individuel.

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        Deuxième priorité : l’emploi et le développement économique. Comme l’indiquait le géographe Jean-Paul Diry, dans son rapport pour les Assises territoriales, « l’Auvergne est dans le peloton de queue des régions françaises et les écarts, démographiques et économiques, non seulement avec les plus performantes, mais avec les moyennes françaises, tendent à s’accroître. L’idée d’un rattrapage relève donc de l’illusion ou du slogan sans fondement. Deux attitudes possibles – disait-il – : « se contenter d’observer et de gérer en bon père de famille ou tenter d’inverser les glissades récessives par une politique volontariste ». Et bien, chers collègues, notre choix est fait : c’est celui du volontarisme. Face aux crises structurelles qui affectent, plus qu’ailleurs, notre économie, nous proposons des politiques de filière, où structuration, formation, recherche, innovation sont les maîtres mots.
Face au déficit d’investissement dans nos entreprises, nous proposons de mettre fin à la dispersion de nos aides, avec le fonds régional pour l’emploi qui facilitera l’accès aux crédits bancaires.
Notre responsabilité est de renforcer l’économie régionale, de permettre la création d’emplois et de convaincre tous nos partenaires que le « miracle » auvergnat est possible à condition de le vouloir avec force et de retrousser ses manches tous les matins.
La concertation autour du schéma régional de développement économique aura été l’occasion pour tous de se projeter sur le long terme, de sortir des petites échéances auxquelles sont contraints tant les élus que les chefs d’entreprises. La Région n’agira plus seule, mais dans un partenariat public/privé renforcé. C’est là, la vraie révolution de ce schéma régional de développement économique.
L’agriculture, la forêt et le tourisme représentent également des vecteurs d’emplois importants mais sous-exploités. Vous le savez, nos efforts portent sur le « bio », la diversification, l’installation. La filière bois se structure, mais beaucoup reste à faire, tandis que le tourisme, via le schéma régional, « Tour Massif » et « Green France », est enfin conçu comme un moteur, pour conquérir les marchés internationaux, gagner de nouveaux investisseurs et hisser la Région au rang qu’elle mérite.
Cette politique de développement ne peut réussir, sans celle du transport et des communications. Notre désenclavement n’est pas achevé, la tâche qui reste à accomplir est immense, tant pour la route que pour le chemin de fer. Notre plan quinquennal de désenclavement est conçu pour permettre des avancées significatives afin de relier, plus efficacement, les différents bassins d’emplois de l’Auvergne aux autoroutes et aux axes deux fois deux voies. Pour aller plus loin, nous sommes dans l’attente des propositions de l’État, concernant le Contrat de plan État-Région pour l’après 2006. Cela ne devrait pas tarder. La bataille du rail – avec bien sûr Clermont-Ferrand/Paris, Clermont-Ferrand/Lyon et surtout avec « Altro », le TGV européen est-ouest – et de l’aérien, avec le soutien à l’aéroport de Clermont, est engagée, et j’entends m’y consacrer pleinement, tout comme à l’aboutissement du plan stratégique de développement du Massif Central, élaboré et validé en Comité de Massif pour lequel nous devrons obtenir les financements européens et de l’État français.

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         Troisième priorité : favoriser l’éducation et la formation. L’ouverture de la région, la mobilité des Auvergnats et le développement de la matière grise passent par de bonnes conditions d’études et un appareil de formation de qualité. 60 % des lycées publics n’avaient pas connu de travaux majeurs depuis 1986 ! Certains étaient en très mauvais état. Dès notre premier budget, de gros efforts ont été engagés. Ils seront poursuivis, pour autant que les contraintes budgétaires nous le permettront. Notre action a également permis de venir en aide aux familles, grâce à la gratuité des manuels scolaires et, plus important mais moins médiatique, la gratuité du premier équipement professionnel. La formation et l’apprentissage, eux aussi, font actuellement l’objet d’une révision totale. Le plan régional de développement des formations s’achemine vers trois objectifs essentiels :
- D’abord, placer l’individu au cœur des dispositifs. Il y aura moins de différences de statut et de rémunération entre les publics, moins de ruptures dans les parcours de formation, plus de chances d’accès à la formation et à l’emploi.
- Il faudra aussi que le système de formation soit mieux adapté aux besoins des entreprises et des territoires.
- Il faudra enfin veiller, grâce à la concertation, à ce que l’ensemble des dispositifs et des aides gagne en ambition, en souplesse et en cohérence.
Là encore, nous avons un symbole de notre démarche de solidarité, c’est l’École de la deuxième chance, dont le lancement est prévu la semaine prochaine. L’École de la deuxième chance, c’est la rencontre entre deux fractures, la fracture sociale et la fracture économique. C’est un sas pour que des jeunes, enfermés dans la spirale de l’échec scolaire, social, professionnel, puissent nourrir l’espoir de s’intégrer dans la société et dans le monde du travail. L’École de la deuxième chance, c’est un point lumineux dans l’obscurité. Après plus d’un an de concertation, nous y voilà. Dans quelques semaines, quatre plates-formes, à Moulins, Clermont-Ferrand, Le Puy-en-Velay et Aurillac, accueilleront des jeunes entre 18 et 30 ans, pour un nouveau départ dans la vie. Nous pouvons collectivement en être fiers.
Mes chers collègues, nous avons de grandes ambitions. Mais vous le savez, nous avons aussi des contraintes budgétaires qui vont aller crescendo. Non seulement, nous sommes endettés, très endettés, mais nous devons faire face au désengagement de l’État dans de nombreux domaines et nous allons également pâtir des effets de la décentralisation. L’État nous transfère des compétences supplémentaires, mais avec des compensations, à ce jour, insuffisantes. Il nous manquera, par exemple, plusieurs millions d’euros, au titre des formations sanitaires et sociales. Sans correctif, ce dossier constitue, aujourd’hui, en son état, une véritable bombe à retardement, tant l’écart entre les ressources transférées et les besoins est considérable. Pour pouvoir satisfaire les demandes des écoles sanitaires et sociales, nous devrions rajouter sur l’exercice 2006, 5,6 millions d’euros, non compensés, à ce jour, par l’État.
Cette remarque vaut également pour le transfert du service régional de l’inventaire ou encore pour celui des agents TOS des lycées – dont l’harmonisation des régimes indemnitaires constitue, à mes yeux, une deuxième bombe à retardement – et bien sûr, pour l’aéroport de Clermont-Ferrand/Aulnat. Le compte n’y est pas. Le transfert à l’euro près, inscrit dans la Constitution, n’est pas au rendez-vous aujourd’hui. Les collectivités locales vont voir, dans les années à venir, leurs marges de manœuvre se réduire régulièrement. Mais, par delà l’accroissement de nos charges, nous avons affaire aussi à une diminution ou une amputation de nos recettes. La réforme de la taxe professionnelle devrait entraîner, pour la collectivité régionale, une perte de l’ordre de 5,2 millions d’euros en 2007. Renoncer à certains programmes, augmenter les impôts, recourir encore davantage à l’emprunt ? Comment pourrons-nous bâtir les budgets à venir ? Telles sont les questions que nous nous posons aujourd’hui, au moment de commencer notre réflexion – puisque nous allons l’engager dès ce printemps – sur le budget 2007.
Pourtant, malgré cela, nous avons la volonté de tenir les engagements pris devant les Auvergnats, au lendemain des Assises territoriales, 65 sur 82 sont déjà tenus ou en voie de l’être.
Mes chers collègues, j’ai retracé devant vous, nos priorités, pour les quatre ans à venir, sans vous cacher les difficultés financières qui seront les nôtres. Chacun y trouvera la trace de la continuité à laquelle nous nous sommes engagés.
En conclusion, je voudrais insister sur la nécessité de placer la période qui s’ouvre sous le signe de la modernité de l’Auvergne et la recherche de cet objectif sera pour moi et tout l’exécutif, un investissement de tous les instants. La clé du développement réside aujourd’hui dans l’innovation, dans la recherche, dans les technologies de l’information et de la communication qui nous ouvrent des perspectives encore très mal cernées et dont nous savons qu’elles sont importantes. Nous avons l’ambition de faire de l’Auvergne une région en pointe dans tous ces domaines. C’est bien la modernité de l’Auvergne qui contribuera à faire d’elle une région attractive et dynamique. Le développement économique de demain viendra de notre capacité à rechercher l’excellence dans tous les secteurs de pointe.
D’ailleurs, cette modernité de l’Auvergne est déjà en marche. Notre Région s’est engagée dans la mise en place de services publics par les visio-guichets. 20 à 30 seront en service avant la fin de l’année. À échéance de trois ans au moins, l’Auvergne pourrait en compter une cinquantaine pour une bonne couverture du territoire, se plaçant ainsi, sur ce point, en tête de toutes les Régions françaises. Grâce à ces visio-guichets, nos concitoyens, résidant en milieu rural en particulier, peuvent entrer en contact avec différents organismes, la Caisse d’allocations familiales, l’ANPE, la Mutualité sociale agricole, l’URSSAF, etc. Tout est possible sans avoir à se rendre dans une Préfecture ou une Sous-Préfecture. Nous nous sommes engagés dans un moyen novateur de limiter la fracture territoriale. L’Auvergne expérimentera également, cette année, un nouveau système de télé-assistance pour les personnes âgées à partir d’un simple téléphone portable. Ce sera une première en France.
Les jeunes ne seront pas oubliés, puisqu’en partenariat avec le Rectorat et les Conseils généraux, nous allons développer les espaces numériques de travail dans les lycées de l’Académie. Plutôt que de privilégier les équipements individuels, nous allons équiper les établissements de manière à généraliser progressivement l’utilisation des nouvelles technologies : cahiers de texte en ligne, accès à des ressources pédagogiques en ligne, tableaux électroniques dans les salles de classe... Les jeunes Auvergnats bénéficieront ainsi progressivement d’un environnement qui va bouleverser leurs pratiques et celles de leurs enseignants, un environnement en pointe au niveau national.
Par ailleurs, nous sommes en train de finaliser un projet d’accès aux communications à haut débit pour les zones jusque-là non couvertes – ce qu’on appelle les « zones blanches ». Ces communications se feront via les ondes radio – technologie Wimax. La Région financera les relais et ainsi, aucun territoire ne sera privé d’accès à l’internet moyen/haut débit dès la mi-2007.
Nous travaillons également au développement des grilles de calcul, qui sont, en fait, une mise en réseau d’ordinateurs, capables de réaliser des millions d’opérations en des temps très courts. L’Auvergne dispose d’un équipement d’une très forte capacité et qui compte aujourd’hui au niveau européen et mondial. Des grilles de calcul basées à Aurillac, au Puy et à Montluçon viendront compléter le dispositif principal basé aux Cézeaux, dans l’agglomération clermontoise. Ces grilles de calcul doivent nous permettre de doper la recherche et l’innovation en Auvergne, notamment dans le domaine des sciences de la vie et elles seront un atout considérable pour les entreprises et les laboratoires locaux. Alors, certes, tout cela est très technique, très compliqué. Mais c’est avec ces efforts dans le domaine des nouvelles technologies que l’Auvergne va prendre de l’avance et devenir plus attractive. L’objectif est bien là : ne pas essayer de recoller au peloton, mais prendre la tête, en s’appuyant sur les technologies de demain, en allant dans ce domaine plus vite que d’autres, sans oublier la préservation de notre environnement qui sera un facteur déterminant également de l’attractivité de l’Auvergne.
Nous avons les moyens de notre ambition. On ne le dit pas suffisamment : l’Auvergne est la quatrième région de France en matière de recherche publique et privée. Nous avons un potentiel, à nous de le doper, à nous de favoriser l’innovation, à nous d’accompagner les expérimentations, à nous d’accueillir les porteurs de projets innovants. Si nous arrivons à construire cette Auvergne de la modernité où, en ville comme à la campagne, les dernières technologies seront disponibles, alors, mes chers collègues, l’Auvergne attirera et en aura terminé avec son problème d’image. Si nous réussissons ce pari, l’Auvergne ne renverra plus simplement à ces images traditionnelles du plateau de fromage, de l’accordéon.
Non, l’Auvergne renverra l’image du territoire le plus imprégné par les nouvelles technologies, le territoire où l’on peut innover et entreprendre dans un cadre de vie tout à fait exceptionnel, qui aura su réaliser le mariage de la tradition et de la modernité, le mariage du Saint-Nectaire et des grilles de calculs – c’est difficile, mais c’est possible –, en passant par cette préservation fondamentale de notre environnement exceptionnel.
L’Auvergne a des atouts. Il faut qu’elle prenne confiance en elle, il faut que l’Auvergne brise ses chaînes, qu’elle soit fière de ce qu’elle est. Alors, mes chers collègues, oui, c’est un nouveau défi, mais nous avons le devoir de le relever. Je sais que je peux compter sur l’engagement des uns et des autres, sur la fidélité de la majorité et cet objectif, que j’évoque ici ce matin, c’est l’ambition de notre majorité régionale. Je vous remercie.


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