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Session du 20 décembre 2004 (Orientations Budgétaires) Intervention de M. Jean-Paul Bacquet, Président du groupe socialiste
Monsieur le Président, mes chers collègues, le débat d'orientations budgétaires est toujours un moment fort dans la vie d'une collectivité locale. Il l'est d'autant plus cette année pour la population auvergnate qui a choisi le changement, qu'il s'agit de préparer le vote du premier budget de la nouvelle majorité issue des urnes le 28 mars 2004, après dix-huit années de gestion sans partage et trop souvent sans dialogue de la droite régionale. Cela donne, je le crois, un droit d'inventaire qui a pris, comme nous l'avions souhaité Monsieur le Président, la forme d'un audit financier général, d'un audit de fonctionnement des services et de quelques opérations plus ciblées sur les programmes et les plus coûteuses réalisations de l'ancien exécutif régional. Il s'agit d'un audit indépendant et public sur l'ancienne gestion. Il s'agit d'une analyse objective de la gestion précédente et je ne vois pas en quoi cela pourrait déranger quiconque puisque, je vous le rappelle, l'opposition actuelle avait demandé en 1986, lorsqu'elle avait accédé au pouvoir, un audit. Nous avons pris connaissance des résultats de cet audit qui figure dans votre rapport, que vous avez souhaité à juste titre rendre public, à l'instar du rapport Diry sur la démographie et sur la situation économique et sociale de nos territoires. À l'évidence, les conclusions de ces deux documents nous éloignent du discours rassurant tenu pendant dix-huit ans, discours lénifiant selon lequel tout allait pour le mieux en Auvergne, discours selon lequel les finances de l'Auvergne étaient en ordre ou enfin, que les programmes régionaux correspondaient aux besoins et attentes de l'économie des territoires. La réalité d'un audit a pourtant ce mérite de révéler au grand jour l'état réel dans lequel se trouve notre collectivité régionale, et je dois dire que cet audit ne lasse pas d'inquiéter relativement à la dette massive qui nous est laissée en héritage. La Région Auvergne est la troisième Région de France, et vous l'avez dit Monsieur Proriol à juste titre, après PACA et Nord-Pas-de-Calais, en matière d'endettement, mais c'est la première de toutes les Régions moyennes. Pour une large part, l'endettement est dû au coût des grands investissements de l'ancienne majorité : Vulcania -118 millions d'euros, Grande Halle -172 millions d'euros. De plus, ces investissements sont tous concentrés sur l'agglomération clermontoise sans avoir délibérément recherché la moindre participation d'autres partenaires ou collectivités locales qui auraient dû être associés. Ces investissements provoquent de nombreuses contestations mais aussi des propositions de rééquilibrage territorial que nous avons très souvent entendu de la part des participants aux Assises régionales, notamment dans l'Allier, le Cantal et la Haute-Loire. Peut-être était-ce une des raisons pour lesquelles vous n'étiez pas favorables à la tenue de ces Assises, Messieurs de l'opposition, qui pourtant ont obtenu des résultats au-delà de toutes les espérances et qui traduisent les nombreuses attentes des Auvergnats, tout comme leurs exigences de changement en matière de gestion régionale ? Même si l'audit fait l'impasse sur le catastrophique rapport de la Chambre Régionale des Comptes paru en 2001, à propos du chantier de Vulcania ou de la gestion de la carrière des personnels, un reproche de choix peut être extrait des conclusions générales de l'audit. Je cite, page 42 : « le constat principal est celui d'une absence de pilotage et de vision pluriannuelle des investissements malgré l'existence d'une gestion budgétaire en autorisations de programme et en crédits de paiement ». Le 11 juin dernier en séance, avant même le lancement de l'audit financier, je m'alarmais de l'inventaire du passif de l'ancienne majorité que laissait poindre l'analyse du compte administratif 2003 : 333 millions d'euros de dettes en capital, 291 millions d'euros de restes à payer - en progression de 32 % d'une année à l'autre. Tel était le constat que je dressais. L'audit financier le confirme donc : l'Auvergne est surendettée. Et comment ne pas évoquer les chiffres que vous dénonciez alors en 1986 à la suite de votre rapport d'audit : une dette de 346 millions de francs et des restes à payer de 208 millions de francs ! Votre conception, Monsieur Proriol, de l'Auvergne économe, c'est en matière de dettes quasiment les mêmes chiffres qu'en 1986, mais ils étaient en francs, ils sont aujourd'hui en euros, c'est-à-dire « grosso modo » vous avez multiplié la dette par dix ! « Cette Région est malade, malade d'un endettement excessif, malade d'une dispersion de ses moyens, malade d'une gestion dispendieuse, parfois même irresponsable ». Peut-être ces propos vous choquent-ils ? Vous avez raison de le dire, ils ne sont que les propos de Monsieur Martin, Conseiller régional RPR en 1986, pour parler de la gestion de la gauche. Vous avez fait dix fois mieux ! « Oui, la situation financière est d'une telle gravité qu'elle pèse aujourd'hui et pèsera, hélas, sur notre collectivité longtemps ». Là, vous ne nous dites pas si vous est d'accord ? C'étaient les propos de Monsieur Proriol, le 15 décembre 1986, et il continuait d'ailleurs - et je le cite : « il faut avant tout éviter l'asphyxie, nous demandons de procéder à une augmentation de 22 % de notre fiscalité globale ». Bien sûr, aujourd'hui, avec une dette dix fois plus élevée, il faut remettre en cause toute augmentation de la fiscalité... Et il concluait : « que l'on rende à César ce qui est à César, et ce qui est à César dans notre budget, c'est précisément le montant de la dette d'emprunts ». Alors, Monsieur Proriol, je vous la rends cette dette ! Mais malheureusement, vous ne nous la remboursez pas. Oui, quel visionnaire vous étiez en 1986, Monsieur Proriol, lorsque vous décriviez ce que serait l'état de la Région dix-huit ans après votre gestion ! La vérité a été trop longtemps cachée aux Auvergnats et l'ardoise aujourd'hui est lourde. L'ardoise que j'évoque, nous est laissée sans que les investissements liés à nos compétences n'aient été correctement assurés. 60 % des lycées d'Auvergne sont à peu près dans le même état qu'au jour du transfert par l'État de ce patrimoine immobilier, nous indique votre rapport, Monsieur le Président. Je précise d'ailleurs que la Région Auvergne n'investissait que 195 euros par habitant lorsque la moyenne des Régions françaises investissait 211 euros par habitant. Nous savons aussi que l'essentiel des besoins de financement, de renouvellement de matériel ferroviaire, est devant nous. Poste budgétivore s'il en est, tout comme les besoins d'équipements structurants qu'attendent les territoires ou encore les équipements nécessaires pour un tourisme régional de qualité ou enfin la recherche d'une optimisation des crédits de formation professionnelle continue. Il est évident que tout cela a été laissé de côté et doit être aujourd'hui pris en compte. C'est la seule solution pour redonner à l'Auvergne du dynamisme, de la crédibilité, pour que nos jeunes restent dans la région, pour qu'ils ne fuient pas nos territoires, avec pour seul effet positif d'abaisser artificiellement le taux de chômage, et enfin pour que nous puissions être attractifs en matière d'installation économique et industrielle. Les Auvergnats ont choisi le mouvement parce qu'ils refusent l'immobilisme et la résignation, comme ils le répètent à l'envi lors des Assises territoriales. C'est pourquoi, Monsieur le Président, nous entendons, à vos côtés, respecter nos engagements. Il nous faut pour cela faire des choix budgétaires courageux, c'est tout le sens du débat d'aujourd'hui. L'heure du vote du budget viendra ensuite, fin janvier 2005, comme vous l'avez souhaité en toute sagesse, tant sont grandes les incertitudes pesant sur les transferts de compétences et les ressources liées à la « décentralisation Raffarin » - décentralisation qui d'ailleurs n'a pas permis le débat démocratique qu'elle méritait puisque le Gouvernement l'a imposée par l'article 49-3. « II faut redresser la situation financière de la Région pour éviter la paralysie due à un endettement excessif. Aucune collectivité ne peut fonctionner dans de telles conditions. Le rapport d'audit montre clairement l'urgence d'un coup d'arrêt à cet endettement ». Ainsi parlait Valéry Giscard d'Estaing, le 15 décembre 1986. Et bien, mes chers collègues, pour sortir de cette impasse, et pour répondre aux attentes des Auvergnats, il faudra une participation supplémentaire de près de 10 euros par foyer fiscal, c'est-à-dire 65 francs, pour l'éducation, pour la formation professionnelle, pour le développement économique, pour l'aménagement du territoire régional, en bref, pour l'avenir de notre région. 65 francs par foyer fiscal ! Certes, le contexte national et international n'est pas neutre dans les choix budgétaires qui s'imposeront à nous. Ce d'autant plus que le Gouvernement a pour habitude maintenant de transférer ses déficits sur les collectivités locales. Que nous disent en effet les experts et les prévisionnistes de la conjoncture nationale ? Que le déficit de notre commerce extérieur s'accroît - nous étions en excédent jusque-là - de façon exponentielle, que le chômage progresse, que la croissance est en panne. Ils nous disent aussi que les inégalités sociales, les inégalités territoriales ou encore les inégalités d'accès aux soins se renforcent. À cela s'ajoute le démantèlement du service public qui s'accélère au point que nombre d'élus locaux et quelle que soit leur tendance, démissionnent en bloc, comme en Creuse, sans qu'il soit sûr que ce mode de contestation ultime ne touche pas bientôt les départements d'Auvergne. Le « plan Borloo », consécutif, rappelons-le à la débâcle électorale des régionales, promet un rééquilibrage social sans pour cela le financer. Tandis que l'on lâche, ça et là, quelques crédits et avantages catégoriels pour éteindre les incendies, ou pour l'anecdote, classer opportunément, en zone de montagne, une zone de plaine. Je tiens à dire cela, car cela a été fait par l'ancien Ministre de l'Agriculture, la veille de son départ - ce qui,bien sûr, sera un élément de paralysie supplémentaire pour nos territoires ruraux de montagne, pour lesquels il n'y a aucune possibilité de reconversion. Tout cela dans l'attente de lendemains électoraux sans doute rendus plus favorables ! Bref, nous nageons dans l'air libéral de l'accroissement des inégalités, dans l'air des déficits, des approximations ; en résumé, dans l'air de l'oubli de la primauté de l'intérêt général. Nombreux sont les observateurs économiques qui s'inquiètent de ces errements coûteux et qui estiment que loin de préparer l'avenir, le Gouvernement charge la barque des générations futures. Il les charge par sa récente loi sur les retraites. Il les charge dans sa réforme de la sécurité sociale. Il les charge en transférant ses déficits sur les Régions, les Départements, les Communes, les obligeant à augmenter l'impôt au détriment des contribuables. Il les charge par l'accroissement exponentiel de la dette publique qui verra, si cela continue la France obligée d'emprunter pour rembourser ses emprunts. Bien curieuse notion de la solidarité inter-générationnelle que celle qui consiste à faire peser sur les jeunes générations et sur les générations futures, les choix idéologiques d'un gouvernement libéral. En quelque sorte, la droite aura créé « l'impôt naissance », celui par lequel devra s'effacer demain l'ardoise de l'inconséquence de ses options économiques et sociales d'aujourd'hui. Cela n'est pas sans nous rappeler le financement de la Grande Halle et de Vulcania que vous aviez programmé de faire payer aux générations à venir. Nous ne pouvons admettre ces pratiques que nous retrouvons malheureusement en Auvergne dans l'audit financier qui nous a été présenté. Je tiens à dire que lorsque nous lisons le rapport d'audit, page 38 et page 39, celui-ci ne nous laisse aucun doute quant aux solutions pour se sortir de cette crise. Je lis : « le scénario de stabilité fiscale conduirait à un doublement de la dette régionale à l'horizon 2010, avec un encours de dette atteignant 669 millions d'euros en 2010, soit l'équivalent de 7 années d'épargne brute..., une annuité de la dette de 71 millions d'euros absorbant 20 % des recettes de fonctionnement régionales ». Je lis : « le scénario de maîtrise de la dette nécessiterait une hausse de la fiscalité régionale - deuxième scénario - de 30 % sur la durée du mandat, correspondant à une augmentation de la cotisation régionale du foncier bâti de 10 euros en moyenne par propriétaire. Il convient de préciser que " cet effort fiscal " ne permettrait pas à lui seul d'accroître l'investissement régional au-delà du volume fixé dans le scénario "fil de l'eau"... et ne permettrait pas non plus de faire face aux nouveaux engagements financiers résultant de la loi du 13 août 2004 ». Voilà la réalité de la situation ! Comment en face de cela, peut-on dire aujourd'hui qu'une augmentation de la fiscalité serait inacceptable, alors qu'en 1986, vous avez non seulement augmenté l'imposition de 22 % mais que vous avez baissé le budget de la Région de 15 % ? Dans votre rapport introductif, Monsieur le Président, vous préparez donc l'Auvergne à des choix de rupture avec les pratiques antérieures et nous ne pouvons que vous en féliciter. Dans votre rapport, vous lancez certains cris d'alarme - et c'est pour cela que j'ai haussé le ton, Madame, j'avais d'ailleurs peur que vous ne vous endormiez -, mais vous prenez résolument l'option d'une politique d'avenir privilégiant nos devoirs vis-à-vis de la jeunesse auvergnate en commençant par les lycéens et leurs conditions d'enseignement, malheureusement trop souvent négligées. Vous confirmez aussi notre engagement en faveur de la gratuité des manuels scolaires pour tous les lycéens et les apprentis. Vous confirmez la création de l'école de la deuxième chance et au-delà, affirmez vouloir rendre opérationnel l'ensemble du dispositif de formation professionnelle continue. Vous proposez la suppression de la taxe régionale sur les permis de conduire, ce qui est une contribution non négligeable à destination des jeunes et en faveur de la sécurité routière, tant le manque de moyens financiers conduit aujourd'hui malheureusement, de plus en plus, à une situation de conduite sans permis. Vous engagez la Région, et j'arrêterai là mon énumération, sur la signature d'emplois-tremplins régionaux. Sur toutes ces options, nous vous suivrons, Monsieur le Président, car il s'agit d'un message de solidarité et d'espoir lancé aux jeunes Auvergnates et aux jeunes Auvergnats. Ils méritent, pour le moins, de notre part, une telle attention. Mais au-delà de ce message, il y a les autres obligations que votre rapport assigne à notre Assemblée, et qui traduisent les propos récurrents entendus lors des Assises territoriales dont nous mesurons mieux aujourd'hui combien celles-ci étaient attendues par nos concitoyens. Enfin, vous envisagez, Monsieur le Président, la construction d'un Hôtel de Région. J'ai cru comprendre que cela posait quelques problèmes à l'opposition. Et bien, je vais vous rappeler des propos qui avaient été tenus le 15 décembre 1986 par Monsieur Valéry Giscard d'Estaing : « Comme vous le savez, une partie de nos services va être regroupée au centre Delille - nous y sommes. Ainsi se trouvera réglé, dans des conditions financières raisonnables, le problème de la dispersion géographique de nos services, d'autant plus que les loyers importants seront économisés par le contribuable régional ». Belle réussite ! 600.000 euros de loyers sur 6 sites différents, c'est ce qu'on appelle de la rationalisation de moyens et de l'efficacité en matière de gestion budgétaire. C'est exactement ce que nous dénonçons et c'est pourquoi, Monsieur le Président, nous vous suivrons dans vos propositions. Vous voulez, Monsieur le Président, rétablir l'équité entre les territoires, engager le combat du maintien des services publics, nous y souscrivons. Vous voulez relever les défis de l'emploi et de la démographie, le groupe Socialiste accompagne votre volonté. En définitive, et contrairement à des pratiques calomnieuses que j'ai retrouvées malheureusement trop souvent dans les comptes rendus du Conseil régional de 1986, après l'alternance - j'ai cru comprendre tout à l'heure qu'il y avait quelques tendances de rechute et de récidive -, et bien oui, Monsieur le Président, vous évoquez sobrement la situation financière, économique et démographique de l'Auvergne en vous appuyant pour cela sur des audits, sur des rapports d'experts incontestables, avant de dégager les priorités qui peuvent être et qui seront les nôtres durant ces six années. Je refuse, bien sûr, toute forme de polémique mais par contre, lorsqu'on évoque mes propos sur l'aide à l'affouragement, que l'on lise la réponse du Ministre lorsque je l'ai interrogé à l'Assemblée nationale sur ce thème ! Elle est tellement ambiguë qu'il ne peut même pas assumer l'insuffisance de participation de l'État. Que l'on lise aussi les propos du Président Valéry Giscard d'Estaing sur le viaduc de Millau, que l'on s'en réjouisse aujourd'hui, mais bien sûr - et vous aviez raison Monsieur le Président - que l'on rappelle que c'est parce que Jean-Claude Gayssot, ce qui n'était pas obligatoirement la continuité directe de son engagement idéologique, a fait le choix d'un viaduc à péage. Je me rappelle quand même que certains à l'époque, dénonçait ce viaduc en disant qu'il serait une pustule sur le paysage de la région, alors qu'aujourd'hui ils sont de ceux qui disent qu'il est une des plus belles réussites architecturales et qu'il met en valeur notre région. Alors je ne veux pas de polémique, mais quand même que l'on n'ait pas totalement la mémoire courte. En définitive, je vois dans ce qui nous est présenté, Monsieur le Président, une grande cohérence, un profond souci de démocratie, une volonté de tenir les engagements électoraux et enfin, un grand sens de la responsabilité. Cela est tant mieux pour l'institution régionale, cela est tant mieux pour l'Auvergne ! Mes chers collègues, je vous remercie.
Session du 20 décembre 2004 (Orientations Budgétaires) Intervention de M. Pierre-Joël Bonté, Président du Conseil régional d'Auvergne
Monsieur Renouf représentant Monsieur le Préfet de Région, Mesdames, Messieurs les Conseillers régionaux, mes chers collègues. Edmond Leclanché nous a quittés. C'était une figure de la Résistance en Auvergne. Jusqu'au bout, il s'est battu pour les valeurs qui l'avaient amené à rejoindre le maquis. Jusqu'au bout, il s'est battu pour que la mémoire du combat mené durant la seconde guerre mondiale ne soit pas perdue. Récemment encore, j'ai présidé une réunion de travail à ses côtés, pour évoquer la réhabilitation du site du Mont-Mouchet. Malheureusement, Tonio ne verra pas le nouvel aménagement du Mont-Mouchet. Je lui ai promis que nous ne laisserions pas ce site sombrer dans l'oubli. Nous tiendrons, tous ensemble, cet engagement. Je vous propose de respecter une minute de silence à la mémoire de Tonio, Edmond Leclanché. L'assistance se lève pour respecter une minute de silence. Avant de débuter le discours non protocolaire mais politique de cette Assemblée, je voudrais remercier les services du Conseil régional et ceux de l'État, et vous dire que cette année encore, nous ne retournerons pas à Bruxelles, d'argent. Nous avons trouvé les justificatifs nécessaires pour ne pas restituer des Fonds européens. Je crois que cela a été jusqu'au dernier moment une certaine angoisse de la part de tous, n'est-ce pas Monsieur Renouf ? En ouverture de cette session durant laquelle nous allons évoquer les orientations budgétaires du Conseil régional pour l'année 2005, je voudrais vous faire part des inquiétudes et des espoirs que m'inspire la situation actuelle. Bien sûr, mes inquiétudes sont nombreuses. Inquiétudes d'abord pour l'exercice même de la démocratie, lorsque le domicile privé d'un élu du Conseil régional est pris pour cible. Je voudrais ici, publiquement, assurer Lionel Roucan, son épouse, ses enfants, de la solidarité de l'ensemble des élus du Conseil régional face à l'agression nocturne dont ils ont été les victimes. Je voudrais remercier Monsieur le Préfet pour la rapidité avec laquelle les services de gendarmerie ont mené l'enquête à son terme et identifié l'auteur de cette agression. Comme vous le savez, certains tentent de faire monter la pression sur la question des installations de porcheries industrielles en Auvergne. Si nous comprenons qu'il y ait débats entre les tenants d'une agriculture intensive et les tenants d'une agriculture de qualité, je sais que vous veillerez, les uns et les autres, à ce que ces débats se fassent dans le respect de la loi et dans le respect de l'état de droit. Les démocrates que nous sommes n'accepteront, ni les intimidations, ni les menaces, ni les agressions. Inquiétudes aussi quant à la politique gouvernementale. Hausse du chômage, de la précarité, cadeaux fiscaux aux plus riches, coups sévères et multiples contre les plus démunis et les couches populaires, remise en cause des 35 heures, réforme des retraites, affluence record aux « Restes du Cœur » et autres associations caritatives... Les derniers chiffres de l'INSEE indiquent que les objectifs de croissance du Gouvernement pour 2005, pourtant modestes, ne seront pas tenus et que la consommation restera au plus bas, en raison de la baisse continue du pouvoir d'achat des Français. Cette politique n'en finit pas de plonger le pays dans le doute. Notre économie ne va pas bien. On peut incriminer le contexte international, le prix du pétrole ou la faiblesse du dollar. C'est exonérer un peu vite les deux ans et demi d'action gouvernementale de l'équipe Raffarin. Et, si Monsieur Sarkozy est parti, la politique économique reste la même, une politique tout entière dédiée aux privilégiés, une politique qui mène le pays dans le mur. Mes inquiétudes sont également vives quant au désengagement de l'État que nous vivons depuis plusieurs années et ce, dans tous les domaines. Ce désengagement touche notamment les collectivités qui, conscientes du retrait de l'État, se tournent vers les Départements et les Départements vers le Conseil régional. La Région soutiendra les projets qui le méritent mais, pour autant, n'aura pas les moyens de se substituer à l'État, qui doit rester le garant de la solidarité nationale, en particulier en faveur des territoires les plus pauvres, qui ne doivent pas être laissés pour compte. Ce désengagement de l'État qui touche notre Région déjà surendettée, n'arrive malheureusement pas seul. Ses effets vont se conjuguer avec la « décentralisation dite Raffarin », avec ce qui se révèle être un transfert pur et simple des déficits de l'État. Il n'y aura pas plus de proximité avec la décentralisation, il n'y aura pas de simplification. Bien au contraire, le transfert des personnels TOS, par exemple, est en train de soulever des problèmes en rafales alors que l'intérêt pour les usagers de l'école, pour les élèves, pour les enseignants, pour les parents, pour les TOS eux-mêmes, cet intérêt est nul. Mais la décentralisation ne se limite pas au transfert des TOS et là, vous me permettrez, Monsieur le Représentant du Préfet, de regretter l'attitude de l'État concernant la décentralisation des formations sanitaires et sociales. Nous avons appris, il y a quelques jours, que nous allions devoir prendre en charge les bourses des élèves de ce secteur, dès le premier trimestre 2005. Nous allons en urgence faire une provision au niveau du budget. Mais l'État, sur cette opération, nous a placés devant le fait accompli, au dernier moment, sans concertation. Ce ne sont pas, je crois, j'en suis convaincu, des méthodes acceptables. Mes chers collègues, mes inquiétudes sont également grandes quand je vois que le saupoudrage, clientéliste et politicien, tient lieu de politique d'aménagement du territoire. Trois exemples pour illustrer mon propos. Vous le savez, l'État s'est désengagé du financement des tramways et a ainsi manqué à sa parole. Notre collectivité, comme le Conseil général du Puy-de-Dôme ont dû, là encore, se substituer... Toutes les villes de France ont vu les subventions promises se réduire en peau de chagrin ou disparaître purement et simplement. Toutes ou presque ... puisqu'il y a quelques semaines, nous avons appris que, finalement, la ville de Bordeaux toucherait 20 millions d'euros. Un beau cadeau d'adieu pour l'ex-Maire, ex-Président de l'UMP... Pourquoi Bordeaux et pas les autres ? Autre exemple, sur la modernisation de la ligne ferroviaire Clermont/Paris, l'État avait annoncé qu'il ne mettrait pas un centime sur 2004. Miracle, le Maire de Clermont, comme le Président du Conseil régional, ont appris par la presse que finalement, 10 millions d'euros seraient débloqués. L'annonce a été faite par un Député européen, membre de notre Assemblée, très proche du Gouvernement, un Député européen transformé pour l'occasion en Père Noël... Nous ne savons pas néanmoins dans quelles conditions ces fonds seront réellement débloquer. Il n'est jamais bon de prendre les électeurs pour des imbéciles... Certains l'apprendront à leurs dépens. Troisième exemple, plus récemment puisqu'il date de cette fin de semaine. Depuis des mois, les syndicats de la fonction publique hospitalière se battent, en vain, contre les suppressions de postes d'infirmiers. Sourd à leurs revendications pourtant légitimes, le Gouvernement maintient ces suppressions de postes. Le drame terrible qui vient de se dérouler ce dernier week-end amène le Gouvernement à poser un moratoire en toute urgence pour les postes en hôpital psychiatrique. Cela ne semble pas très digne d'une démarche de construction de la société dont nous rêvons tous. La politique du Gouvernement est aussi en cause quant au fret SNCF. La pression mise par le Gouvernement sur la SNCF la contraint à augmenter ses tarifs et si l'on continue, ce sont des centaines de camions supplémentaires qui vont venir grossir le trafic routier. On ne peut pas se faire les chantres du développement durable dès qu'une tribune internationale se présente et faire l'inverse dès qu'on intervient dans le fonctionnement intérieur du pays. Inquiétudes aussi, mes chers collègues, quant aux finances régionales. L'audit financier indépendant que nous avons fait réaliser et dont les conclusions figurent en annexe du document d'orientations budgétaires, cet audit est malheureusement très clair. Au moment où elle est largement sollicitée, au moment où elle doit trouver les moyens d'impulser une autre politique, la Région est dans une situation d'endettement important, voire critique. Je n'ai pas souhaité un rapport d'audit ciblé, délibérément critique du passé. J'ai voulu que nous fassions ensemble un constat à une date donnée de la situation. Je ne fais pas de procès, simplement je veux que nous ayons tous conscience de ce qu'est la situation et de ce que nous devrons faire pour mener vraiment une politique active pour l'avenir de notre région. De même, mes chers collègues, vous avez tous lu le rapport du professeur Diry, annexé lui aussi au document d'orientations budgétaires. Sur les 15 bassins d'emplois de la région, seulement 2 sont en situation de développement, les 13 autres sont en situation soit difficile, soit critique. Il est impératif, pour nous, Assemblée régionale, d'aider ces 13 bassins à redresser la barre. Alors oui, beaucoup d'inquiétudes... mais aussi beaucoup d'espoirs ! Je pense que nous avons des raisons d'espérer. Je pense que nous pouvons impulser une autre politique. Nous l'avons montré, dès notre arrivée, avec la première étape de la mise en œuvre de la gratuité des manuels scolaires. Alain Bussière a récemment fait le bilan de la mesure mise en œuvre dès la rentrée 2004 et qui a touché plus de 17.000 lycéens de l'Académie. Je voudrais remercier Alain Bussière et sa commission, pour le travail effectué et féliciter les personnels de l'Éducation nationale, ainsi que nos services, qui ont permis la réussite de l'opération dans des délais aussi rapides. Il nous reste maintenant à mettre en place pour la rentrée prochaine, un dispositif qui touche l'ensemble des élèves et qui prenne en compte l'achat du premier équipement professionnel. Espoir aussi avec l'avancée du Massif Central. Le viaduc de Millau, ouvert à la circulation il y a quelques jours, a donné une formidable image du Massif Central et nous offre des perspectives d'avenir. Merci Jean-Claude Gayssot d'avoir osé signer le décret permettant la construction de ce viaduc. C'est au cœur du Massif Central que se trouve désormais le plus haut pont du monde, une réalisation technique extraordinaire qui doit redonner confiance aux habitants du Massif et en attirer de nouveaux. Pour une fois, on n'a pas parlé du Massif Central pour évoquer la désertification, la fermeture des services publics, le vieillissement, mais au contraire pour valoriser une réalisation à la pointe de la technologie. Le viaduc de Millau n'est pas la panacée. Il doit être un révélateur de nos possibilités, il doit réveiller nos énergies, nous redonner confiance ! Vous le savez, je crois beaucoup à cette idée de rassemblement des forces pour se développer. Aussi, je suis particulièrement fier de vous annoncer aujourd'hui la naissance de l'Association « Tour Massif » qui rassemble les deux Comités régionaux du Tourisme et les sept Comités départementaux de l'Auvergne et du Limousin, ainsi que le Comité départemental du Tourisme de la Lozère. « Tour Massif » se fixe pour objectif de prendre en main la promotion du Massif Central au niveau européen. Il faut dire que l'Auvergne et le Limousin sont parmi les plus mauvais élèves, au niveau national, en terme d'accueil de touristes étrangers. Cette association qui bénéficiera d'un budget annuel de 1,7 million d'euros mettra notamment en œuvre un site internet et une publication multilingue, ainsi qu'une campagne de promotion en collaboration avec la Maison de la France. Les principaux marchés visés seront le Royaume-Uni, le Bénélux, l'Allemagne, l'Espagne et l'Italie. Nous avons vraiment une grosse marge de progression dans ce domaine et le nouvel outil créé qui va permettre de concentrer les énergies et augmenter la force de frappe - si je peux utiliser cette expression quelque peu guerrière -, va vraiment dans le bon sens. Mais, mes chers collègues, ma principale source d'espoir, ce qui me donne confiance aujourd'hui, c'est la grande réussite des Assises territoriales. Succès populaire certes, mais surtout succès en terme de débats, en terme d'idées, en terme de volonté d'action. Ces Assises ont démontré qu'il existait un réel appétit de la part des Auvergnats pour la « chose publique ». Privés de parole durant des années, ils sont venus nous dire leurs attentes, leurs espoirs. Ils nous ont dit leur volonté d'une Région qui facilite le développement, qui facilite la réalisation des projets. Ils nous ont donné, à nous tous, élus régionaux, une grande leçon de politique. Alors même que la démocratie participative, à l'échelle des Régions, est encore balbutiante, l'Auvergne pour sa part, est devenue exemplaire en la matière. Jamais une Région n'est allée aussi loin dans la pratique de la démocratie locale, jamais à l'inverse, la population ne s'est autant impliquée autour d'un projet régional partagé, et ce sans aucun enjeu de mobilisation électorale. Nous avons contribué au rapprochement entre élus et citoyens. Et nous avons eu raison de faire ce pari de l'intelligence collective. C'était, je crois, la meilleure façon de transformer les mentalités et de faire bouger les représentations de l'Auvergne, et notamment celles de ses élus ! Il est vrai que cette démocratie participative est nouvelle pour beaucoup. Comme toute « terra incognita », elle est aussi parfois un peu effrayante. Mais elle n'est pas une coquetterie. La situation de la région, les perspectives à 30 ans font que seules une implication de tous et une mobilisation générale peuvent inverser la tendance. Une restitution des Assises vous sera d'ailleurs présentée le 5 février. Nous avons ouvert un vaste chantier. Nous entendons bien, dans les 5 ans qui viennent, faire vivre cette flamme née durant les Assises. Nous entendons bien répondre à cette demande d'innovation, de rupture, à cette demande d'un nouveau modèle de développement. Ensemble, nous allons redonner confiance à l'Auvergne, nous allons forger ensemble une autre image de l'Auvergne, nous allons attirer, nous allons innover. Et nous allons le faire parce que les Auvergnats en ont exprimé la volonté. Nous allons le faire parce que nous n'avons pas d'autres choix ! Et nous allons le faire tous ensemble, comme nous l'ont demandé les Auvergnates et les Auvergnats, quel que soit notre rang, quelle que soit notre étiquette politique ! Un mot très rapide maintenant sur le débat d'orientations budgétaires. J'ai déjà abordé le rapport de Jean-Paul Diry et le rapport d'audit financier. C'est vrai que j'ai été surpris de découvrir dans le journal d'hier les prises de position. Je croyais qu'elles devaient alimenter un débat, mais par avance vous avez dit, mes chers collègues de droite, ce que vous en pensiez. Je voudrais vous dire que cela m'inspire quelques réflexions. Si l'on fait une course aux médias pour dire par avance ce que nous devrions dire dans cette Assemblée, je ne vois pas beaucoup d'intérêt à se réunir ici, sauf pour répéter ce que nous avons déjà dit à la presse. Je voudrais vous dire aussi que le rapport de Jean-Paul Diry n'est accablant pour personne : c'est un constat d'une réalité ! Soit nous sommes capables de nous entendre, comme le demande les Auvergnats, et essayer d'apporter des solutions ; soit nous continuons nos querelles partisanes, qui ne font plaisir qu'à la veille de renouvellement électoral - et quand je regarde la moyenne d'âge de cette Assemblée, je vois bien que les ambitions ne peuvent pas aller sur de grands calendriers... Je voudrais vous dire aussi - cela concerne beaucoup d'entre nous - que l'effort qui est demandé à travers le débat d'orientations budgétaires, ce n'est pas de donner une addition aux habitants de l'Auvergne, c'est leur faire des propositions : • Soit nous faisons les investissements nécessaires dans les lycées - pas les 40 % qui ont déjà été faits et très bien faits, mais les 60 % qui restent qui sont autant de signes d'aménagement du territoire. • Soit nous faisons les efforts nécessaires dans les internats pour que ces lycées servent à attirer de nouvelles populations dans des zones qui connaissent quelques difficultés. • Soit nous faisons les efforts pour que la formation soit effectivement tout au long de la vie : il y a l'effort financier pour les équipements, mais aussi l'effort des formations. • Soit nous nous donnons aussi les moyens en terme de personnel - et quand j'écoute que le seul projet qu'aurait la nouvelle majorité, c'est de construire un Hôtel de Région, je ne peux pas m'empêcher de regarder combien nous coûte les huit locations que nous avons aujourd'hui éclatées dans Clermont ! Le seul loyer que nous payons, paierait raisonnablement le remboursement de l'emprunt. Ce qui fait que des gens qui travaillent ensemble depuis dix-huit ans, pourraient au moins se connaître... Demander une participation aux habitants pour mettre en place une politique d'ambition pour la région, contrôlée, en rendant compte, année par année, des actions que nous mènerons, de cette politique de solidarité des territoires, d'une politique de contractualisation, dans la clarté, avec les Départements, avec les Communautés de communes, avec les Communautés d'agglomération, avec des choix aussi sur les stratégies par métier ; demander 10 euros par ménage pour l'avenir de l'Auvergne, est-ce que c'est un effort insupportable ? Demander 2 % d'augmentation de la taxe professionnelle, est-ce que c'est un effort insupportable, si on croit en l'avenir de l'Auvergne ? En tout cas pour moi, je n'ai pas d'état d'âme. C'est très dur d'assumer une augmentation des impôts, mais 10 euros par ménage ça vaut le coût qu'on fasse le pari de l'Auvergne. Je vous remercie.
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