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Session du 11 juin 2004 (Décision Modificative N°1) Intervention de M. Jean-Paul Bacquet, Président du groupe socialiste
Monsieur le Président, mes chers collègues, après notre session extraordinaire d'hier consacrée à la décentralisation, je dois dire que personnellement, j'ai regretté l'absence de l'opposition. Je l'ai d'autant plus regrettée - mon cher collègue Proriol, n'y voyez pas une attaque personnelle - que vous aviez été l'un des principaux orateurs de l'opposition en 1982 contre la loi de décentralisation, et que pour vous citer brièvement, le 8 septembre 1981 : « Nos vingt-deux Régions sont de forces ou de faiblesses diverses, la compétition entre elles s'annonce rude et elle sera forcément inégale... Votre régionalisation ne risque-t-elle pas de faire disputer le même championnat à des équipes de niveau différent, car dans le texte nous n'avons pas retrouvé de contrepoids. » Cette décentralisation actuelle, vous l'avez appliquée depuis 1982, et je ne vous ai pas entendu entre 1982 et 2004 vous battre contre cela. Par contre, en 2004, vous avez voté une loi de décentralisation, dite acte II, la « grande œuvre » de Monsieur Raffarin, dans laquelle on institue l'inégalité territoriale, l'accentuation des inégalités des Régions, et là, par contre, votre mutisme n'avait d'égal que votre absentéisme hier. Aujourd'hui, nous sommes là pour examiner la première décision modificative de la nouvelle Assemblée régionale issue du scrutin du 28 mars dernier. On peut d'ailleurs, Monsieur le Président, s'interroger. Comment se fait-il que vous soyez à ce siège aujourd'hui ? Comment se fait-il que la majorité ait changé ? Car, à entendre le porte-parole de l'opposition, tout va très bien et tout allait très bien. Est-ce que les électeurs auvergnats n'ont strictement rien compris à la politique faite par nos prédécesseurs, qui était excellente, ou y a-t-il eu accident ? À écouter les propos de Monsieur Proriol, tout à l'heure, je me disais vraiment qu'il y avait une discordance entre ce qu'il pensait être une bonne politique et le choix qu'avaient fait les électeurs de la Région Auvergne. De la même façon je lui rappellerai que la gestion 2003 du FEDER a évité le dégagement d'office, certes, mais cependant la réserve de performances au vu des résultats, est l'une des plus faibles de France avec 5,9 millions d'euros. Vous avez terminé en disant que vous ne souhaitez pas un « feu de paille ». L'indemnisation des calamités agricoles de la canicule de l'année dernière nous coûte suffisamment cher pour que nous n'ayons pas à indemniser demain les conséquences d'un « feu de paille ». Laissons cela tranquille. Par contre, Monsieur le Président, moi, je m'associerai pleinement à vos vœux, qui étaient la conclusion de votre intervention, à savoir qu'il y ait une participation forte aux élections européennes. Bien sûr, la polémique est normale dans une assemblée politique. Bien sûr, les arguments ne sont pas toujours à la hauteur de ceux qui les prononcent, mais qui peut croire aujourd'hui que les propos que vous avez tenus, que la position que vous avez prise, pourront avoir une quelconque influence sur le scrutin de dimanche prochain ? C'est bien un procès d'intention gratuit. Nous avions dans le Département du Puy-de-Dôme quatre Députés européens, nous étions le Département le mieux pourvu. Probablement, nous en aurons deux à l'issue du scrutin prochain, je souhaite d'ailleurs que nous en ayons au moins deux parce que cela ne pourra que rendre service à notre Département et à notre Région. Cette décision modificative s'ouvre dans un contexte de crise internationale, et vous l'avez rappelé, Monsieur le Président, dont les effets sur notre économie sont réels, malheureusement palpables, à commencer par une croissance incertaine, 1,2% en 2002, 0,2 % en 2003. Le contexte, c'est aussi une hausse du chômage, 9,8 % de la population active au chômage en février 2004, 183.000 chômeurs supplémentaires en un an, et près de 67.000 destructions d'emplois. Je voudrais rappeler tout de même que dans le quinquennat précédent, celui de Lionel Jospin, il y a eu 900.000 chômeurs en moins, plus de 2 millions de créations d'emploi, c'est-à-dire plus qu'il n'y en avait eu entre 1945 et 1997. Cela n'était pas le fait du hasard. On peut nous dire que c'était la croissance. Oui, mais est-ce que l'on favorise la croissance et la consommation lorsque l'on casse systématiquement toute aide sociale au chômage, tout traitement social du chômage, que ce soit pour les emplois-jeunes, les CEC, le programme TRACE, etc. ? Mais le contexte, c'est aussi une avalanche d'annonces de licenciements et un creusement des déficits publics. Et je voudrais simplement rappeler ce qu'est la dette publique, chiffrée par la Cour des Comptes, ce qui la rend incontestable : 1.000 milliards d'euros, 63 % du PIB. L'équivalent d'une dette en capital de 15.000 euros par Français, c'est-à-dire de 10 millions de centimes par Français. Selon l'audit des finances publiques, la dégradation des déficits publics est alarmante. De 2,6 % du PIB en 2002, elle est à plus de 4 % aujourd'hui. Par un simple raccourci, on pourrait dire que l'État emprunte aujourd'hui de quoi payer le remboursement des intérêts annuels de sa dette. Triste inventaire de l'état de la France, gérée par des libéraux. Les coûteuses promesses du candidat à la présidentielle pèsent sur le budget de l'État, oblige le Gouvernement à un maquillage des prévisions de croissance et à boucler à l'automne un budget conforme à nos engagements européens. Nombreux sont les observateurs économiques qui s'inquiètent de ces maquillages et qui estiment que, loin de préparer l'avenir, le Gouvernement charge les générations futures. Il les charge par sa récente loi sur les retraites, il les charge par l'accroissement exponentiel de la dette publique, il les charge par son projet de réforme de la Sécurité sociale plombée par un déficit de 14 milliards d'euros en 2004 et 30 milliards d'euros en déficit cumulé. Bien curieuse notion de la solidarité intergênérationnelle que celle qui consiste à faire peser sur les jeunes et sur les générations futures les conséquences de mauvais choix d'un Gouvernement libéral qui a laissé filer dans les deux dernières années tous les déficits. En quelque sorte, la droite aura créé l'impôt-naissance, celui par lequel devra s'effacer l'ardoise de l'inconséquence de ses options politiques, économiques et sociales. N'allez pas croire, chers collègues, que je me tromperais de débat et que mes propos ne relèveraient pas du document de décision modificative du Conseil régional d'Auvergne. Car c'est bien dans ce contexte et dans ces contraintes que le Gouvernement ouvre des perspectives qui nous concernent au premier chef : les transferts massifs de compétence et l'abandon par l'État de ses prérogatives, en clair, un transfert aux collectivités locales d'une part des déficits de l'État. Je citais hier le Président du Sénat, Monsieur Poncelet qui disait : « II s'agit d'une affaire de délestage des charges de l'État sur les collectivités territoriales ». Je ne citerai même pas ce que Jean-Louis Debré a pu dire de ce qu'il pensait de la décentralisation Raffarin. Non, mes chers collègues, je ne me trompe pas de débat, car si l'État laisse ses ardoises aux générations futures, l'ancienne majorité régionale nous laisse aussi quelques ardoises. Je n'en pointerai que quelques-unes aujourd'hui. La première que nous indique le compte administratif 2003 est la dette en capital et les restes à payer par notre collectivité au 31 décembre 2003 : 333 millions d'euros pour la dette, 291 millions d'euros de restes à payer constituent donc l'inventaire du passif en progression de 32 % d'une année sur l'autre. C'est dire l'arrosage auquel aura donné lieu l'année précédant le renouvellement électoral. Je juge d'ailleurs très opportune, Monsieur le Président, votre proposition de procéder à un audit général des comptes de notre collectivité et à des audits particuliers sur quelques réalisations. Il me semble que nous en aurons grand besoin pour y voir plus clair, en prolongement si je puis dire des découvertes successives mises en exergue par certaines observations de la Chambre régionale des comptes. Mais je sais qu'ici certains, le 27 juillet 1981, s'exprimaient à l'Assemblée nationale pour dire tout le mal qu'ils pensaient des futures Chambres régionales des comptes. Il nous faudra aussi, je le crois, y ajouter quelques missions particulières d'évaluation des politiques publiques, d'évaluation de l'impact réel des programmes régionaux sur l'économie auvergnate. Ainsi disposerions-nous d'un véritable état des lieux, objectif et précis. Mais tout cela, nous en reparlerons, je le pense, à la lumière des Assises régionales territoriales de l'automne que les populations des quatre départements attendent avec intérêt. Monsieur le Président, vous nous présentez aujourd'hui le premier acte budgétaire de la nouvelle majorité. Une décision modificative qui porte sur un volume de 48,4 millions d'euros, dont près de 14 millions concernent des réinscriptions. Cette décision modificative n° 1, là encore, s'inscrit dans un contexte d'apurement d'ardoises, principalement l'opération « sécheresse 2003 » d'aide à l'affouragement. Il y a aussi des investissements complémentaires, pour la Grande Halle d'Auvergne, ou encore divers ajustements de lignes budgétaires insuffisamment provisionnées. Cette décision modificative n° 1 permet cependant de lancer quelques programmes novateurs, correspondants à des engagements électoraux, et quelquefois même, nous substituant au désengagement de l'État : Assises territoriales de l'automne, amélioration et création de logements sociaux, le tramway du Grand Clermont, investissements dans les lycées publics, demande de « remaquettage » des fonds FEDER pour optimiser l'utilisation des crédits européens, dont on mesure aujourd'hui combien les programmations d'hier se trouvaient empruntes d'une certaine forme d'inertie, voire de clientélisme. Vous nous proposez aussi, Monsieur le Président, le lancement de la première phase du programme de gratuité des manuels scolaires. Cela va dans le sens de nos engagements et je salue que ce message soit adressé le plus rapidement possible aux familles. Nous comprenons tout à fait que le manque de temps vous ait poussé à ne proposer pour la rentrée 2004/2005 qu'une première étape qui précédera une totale gratuité, pour tous les lycéens, lors de la rentrée 2005/2006. Cette année sera donc celle de l'octroi d'une aide forfaitaire de 75 euros aux familles, pour les élèves entrant en classe de terminale dans le privé comme dans le public. Nous aurons donc une année entière pour élaborer dans la concertation le dispositif définitif qui conduira à la gratuité totale des manuels scolaires. Mettons donc ce temps à profit pour trouver le système le plus efficace et le plus performant. D'autres Régions, gérées par la gauche depuis 1998, ont déjà mis en place cette gratuité sur des modes différents. L'Île-de-France a opté pour des dotations aux établissements, la Haute-Normandie pour des cartes à puce, via des prestataires de service, mais avec un risque de déséquilibrer le marché local des libraires. Bref, les pistes sont nombreuses, les expériences aussi. À nous d'en saisir au mieux l'intérêt, pour les lycéens, pour les familles, comme pour les finances de notre Région. J'achèverai mon propos par un point de l'ordre du jour qui nous vaut d'inscrire aujourd'hui 7,5 millions d'euros en autorisations de programme et 5,5 millions d'euros en crédits de paiement pour un premier apurement partiel du plan « sécheresse 2003 » et de l'aide régionale à l'affouragement. Et je le disais tout à l'heure, la polémique est normale dans le monde politique, mais il y a tout de même un certain nombre de limites. Monsieur le Président, je n'ai pas entendu dire que la majorité précédente avait volontairement sous-estime, uniquement par effet d'annonce — qu'il y ait eu effet d'annonce, c'est évident — je n'ai pas entendu dire que cela avait été fait par incompétence ou par irresponsabilité, mais peut-être était-ce par une certaine forme d'inconscience. Il serait gratuit de n'accuser que l'ancienne majorité. Car je dois dire que l'examen de ces dossiers nous a laissés, en tout cas m'a laissé, pantois, tant par les inconséquences qu'il révèle que par la facture finale exorbitante qu'ils ont engendrée pour la collectivité. Et pour quel résultat ! Nous n'aurons en effet, au final, fait qu'adresser un chèque de 19,4 millions d'euros à l'État au titre de l'allégement de la facture de solidarité nationale qui lui revenait, et à lui seul, car il n'y aura pas de partage de solidarité entre l'État et la Région comme cela était prévu initialement. Inconséquence de l'ancienne majorité régionale d'abord, qui crut bon de vouloir tirer un bénéfice électoral immédiat de l'annonce prématurée d'une aide d'urgence, sans tenir compte des autres partenaires, ni des règles de plafond d'aide publique édictées par Bruxelles. Inconséquence de l'État ensuite, et je dis bien de l'État ou des services de l'État - voire des services régionaux, mais étaient-ils véritablement consultés ? - incapables d'estimer les besoins, de réquisitionner les moyens de transport, de freiner la spéculation et l'évolution du prix des fourrages et des transports... Et je voudrais me rapporter, lorsque je porte atteinte à l'État, à la réunion faite en Préfecture le 28 août 2003, à laquelle bien sûr j'étais présent, et où Monsieur le Préfet souhaitait que l'on harmonise et que l'on coordonne les dispositifs d'aide. La DRAF estimait les pertes à 277 millions d'euros, les besoins en fourrage, grossis et évalués à 400.000 tonnes — 800.000 tonnes aujourd'hui — et les moyens logistiques entre 250.000 et 300.000 tonnes. Et les représentants de la profession disaient clairement leurs inquiétudes et leur demande de clarifier les modalités de mise en œuvre des aides annoncées, en particulier pour l'aide à l'affouragement, ce qui prouvait combien ils avaient conscience des responsabilités qu'ils avaient à prendre. "Et bien oui, les choses sont aujourd'hui ô combien différentes, je relis les souhaits de Monsieur le Préfet qui proposait que les contributions des Conseils généraux soient concentrées sur d'autres dispositifs, et qui demandait que la contribution de l'État soit portée au même niveau que celle de la Région, l'aide globale passant ainsi de 45 à 48 euros la tonne. Nous savons malheureusement aujourd'hui que cette demande n'a pas été respectée. Tout à l'heure, ma collègue disait que « Gouverner, c'est prévoir ». Oui, c'est une très belle phrase de Pierre Mendès-France. « Gouverner c'est prévoir », encore faut-il se donner les moyens de prévoir. Et lorsqu'il y a des services compétents, parce que je les sais compétents, encore faut-il les consulter, et quand on ne les consulte pas, encore faut-il écouter ce qu'ils vous transmettent, si toutefois ils ont été chargés de vous transmettre quelque information. Résultat, une facture multipliée par trois pour le Conseil régional d'Auvergne, qu'il nous faut apurer aujourd'hui en faisant appel à l'emprunt. Résultat encore, une aide régionale de 24 euros la tonne sur 45 euros d'aide publique maximum, les 21 euros restant représentant la part de l'État dans l'hypothèse la meilleure. Car certaines factures n'auront été réglées qu'avec l'aide publique régionale, et j'interviens dans ce domaine, mardi prochain à l'Assemblée nationale auprès de Monsieur Gaymard pour lui demander de faire une exception pour la Région Auvergne, qui parce qu'elle n'a pas su gérer comme les autres Régions ce dossier, risque d'être privée des aides de l'État. D'autres régions, d'autres départements ont été mieux lotis. La Corrèze, par exemple, qui aura vu l'État soutenir la livraison de 28.000 tonnes de fourrages sur la base de 45 euros la tonne, auxquels ont pu s'additionner les dispositifs de soutien du Conseil régional Limousin et du Conseil général de la Corrèze. Voilà, Mesdames et Messieurs de la majorité, à quoi vous ont conduits les annonces prématurées, les courses folles à l'électoralisme, le refus de la concertation. À une ardoise de 19,4 millions d'euros, que vous léguez en partie à vos successeurs, Messieurs de l'ancienne majorité. Que l'on m'entende bien, pour nous, les responsables ne sont en aucun cas, et surtout pas, les agriculteurs, puisqu'ils ont été les premières victimes. Et je tiens à leur renouveler notre message de solidarité, message auquel ils ont droit. Mais je n'accepte pas que dans la polémique on puisse mettre en doute notre bonne foi. J'ai à côté de moi une lettre qui vous a été envoyée, Monsieur le Président du Conseil régional, par un ancien Vice-Président du Conseil régional, je crois chargé de l'agriculture, et qui clairement vous écrit, qu'à vous lire, plane un doute sur vos intentions. Il n'y a jamais eu de doute sur vos intentions ni sur celles de la majorité du Conseil régional. Nous sommes solidaires des difficultés du monde de l'agriculture, et en aucun cas nous n'avons dit que nous ne remplirions pas notre tâche, que nous ne remplirions pas ce que nous oblige à faire la difficulté qu'ils traversent. Nous demanderions à avoir la même chose sur d'autres terrains. Dans ce cas, j'attends que s'expriment les responsables de ces secteurs que j'ai évoqués, pour que nous puissions informer au mieux nos concitoyens. Il y va du devoir démocratique des élus issus du suffrage universel. J'attends aussi, et c'est pourquoi j'insistais tant sur notre volonté de solidarité avec le monde agricole, de trouver sur tous les bancs de cet hémicycle la même solidarité dans tous les groupes politiques que celle que nous exprimons en faveur des agriculteurs pour les autres catégories sociales qui souffrent et qui subissent de plein fouet des plans de licenciements massifs qui les jettent littéralement à la rue. Je ne citerai que « Michelin », « Alcan-Péchiney », « Les Aciéries des Ancizes », « Valéo », « Serméto », « Diétal », « Matra Manurhin », et la liste pourrait être bien longue. Et bien, oui, je souhaite que sur tous ces bancs, quels que soient les groupes politiques, la même solidarité que nous manifestons aux agriculteurs en difficulté se manifeste vis-à-vis de ceux qui aujourd'hui ou demain seront touchés par le chômage. Nous verrons bien les attitudes des uns et des autres lorsqu'ils devront défendre les intérêts de ces catégories sociales, malheureusement trop souvent oubliées, principalement auprès de l'État, et démontrer ainsi notre solidarité. Voilà, Monsieur le Président, mes chers collègues, les propos introductifs que je souhaitais prononcer en ouverture de nos travaux. Je sais que tout le monde ne partage pas mes opinions, et en particulier sur l'aide aux entreprises. Je me rappelle une intervention du 5 décembre 2001 à l'Assemblée nationale d'un parlementaire ici présent, qui était plutôt défavorable aux aides des collectivités aux entreprises. Mais je remarque, mon cher collègue parlementaire, que depuis ce temps, vous avez au sein de la Région, largement fait bénéficié les entreprises des aides régionales, en pleine contradiction avec ce que vous disiez à l'Assemblée le 5 décembre 2001, ce qui veut dire qu'en vieillissant, la sagesse vous a amené à la réalité. J'espère que cette sagesse va vous conduire demain à aider les entreprises en difficulté et en particulier les salariés licenciés. Bien évidemment, les membres de notre groupe, Monsieur le Président se réservent le droit d'intervenir tout au long de cette session, au fil de l'examen des programmes que vous nous soumettrez aujourd'hui. Je vous remercie.
Session du 11 juin 2004 (Décision Modificative N°1) Intervention de M. Pierre-Joël Bonté, Président du Conseil régional d'Auvergne
Mesdames, Messieurs les Conseillers régionaux, chers collègues, je dois malheureusement commencer mon intervention en évoquant la situation de l'emploi, notamment de l'emploi industriel dans notre région. Après les bassins de Vichy, de Thiers et des Combrailles, c'est au tour des bassins de Commentry et de Clermont-Ferrand d'être touchés par des licenciements et des suppressions d'emploi. L'annonce récente par « Michelin » de la suppression de 2.900 emplois en France dont 1.900 à Clermont, n'a pas provoqué un émoi considérable. Il est vrai qu'il ne devrait pas y avoir, si l'on en croit « Michelin », de licenciements secs. Nous éviterons donc les drames humains que nous connaissons sur d'autres sites. Toutefois, 1.900 emplois en moins sur l'agglomération clermontoise d'ici 2006, 1.900 emplois industriels supprimés, cela représente 5 % des emplois industriels du bassin de Clermont-Ferrand. C'est une véritable catastrophe pour l'économie locale, catastrophe pour ceux qui sont au chômage, catastrophe pour les secteurs des commerces et des services, avec la perte de 1.900 salaires. Certes, Edouard Michelin semble vouloir conforter le siège de Clermont-Ferrand. Cependant des interrogations demeurent, notamment sur l'avenir des sites de production. Nous obtiendrons des éclairages le 16 juin prochain, sur la répartition des suppressions de postes entre les 18 sites, lors du comité central d'entreprise. Je vous informe que je vais demander une entrevue à Monsieur Edouard Michelin pour connaître sur le moyen terme sa stratégie sur l'agglomération de Clermont-Ferrand. Je lui rappellerai que « Michelin » a aussi des devoirs vis-à-vis de l'agglomération, et au-delà, vis-à-vis de l'Auvergne. « Michelin » fait partie du patrimoine de l'Auvergne. Ce sont les enfants de l'Auvergne qui, quittant la terre pour l'usine, ont fourni la main-d'œuvre qui a permis à « Michelin » de devenir l'un des leaders mondiaux des pneumatiques. L'histoire de « Michelin » et l'histoire de Clermont sont intimement liées. Je souhaite qu'Edouard Michelin mette sa carte de visite internationale au service de l'économie locale. Il le fait déjà avec « Side Michelin ». Son intervention doit à mon sens être encore plus forte pour aider à l'implantation d'activités nouvelles et innovantes dans la région. Mes chers collègues, la situation de l'Auvergne est malheureusement à l'image de celle de notre pays. En deux ans, le Gouvernement a réussi à mettre à bas la consommation, les Français vivent sous le règne des augmentations diverses et sous la crainte de perdre leur emploi. Ce Gouvernement, au crédit duquel il faut tout de même mettre une baisse d'impôts sur le revenu pour les plus riches, ce Gouvernement a cassé le ressort de la confiance. Pire, il reste inactif devant les difficultés qui touchent de plein fouet la France d'en bas. Il serait simple de rétablir la TIPP flottante pour atténuer les hausses vertigineuses des prix des carburants. Cette mesure du Gouvernement Jospin, supprimée par Monsieur Raffarin, avait pourtant fait ses preuves. Mais le Gouvernement ne le fait pas, le Gouvernement n'écoute pas, le Gouvernement n'entend pas. Il n'entend pas les élus sur la décentralisation. Il n'entend pas les agents d'EDF qui se battent avec raison et justesse pour le maintien de l'entreprise dans le service public. Il n'entend pas les intermittents, ce qui nous vaut un conflit qui s'enlise depuis des mois. II n'entend pas les électeurs qui ont manifestement rejeté l'UMP lors des élections de mars 2004. Il n'a pas entendu la France du travail attachée à défendre son système de retraite. Il n'entend pas plus ceux qui se battent pour notre système de Sécurité sociafe. Seul le MEDEF semble avoir l'écoute d'un Gouvernement à l'oreille sélective. Face à ce Gouvernement, les Régions conquises par la Gauche se mettent en mouvement, et contrairement au Gouvernement, nous allons tenir nos engagements pris durant la campagne. Nous nous étions engagés à répondre à l'urgence des suppressions d'emplois industriels. Dès notre arrivée, nous avons été présents au côté des entreprises en difficulté et de leurs salariés. Nous sommes des éléments moteurs de l'élaboration des contrats de site qui viendront en aide aux secteurs sinistrés. Nous faisons preuve de réactivité afin de limiter la casse et de tenter de sauver nos bassins industriels. Nous explorons également toutes les pistes de création d'emplois qui peuvent se présenter. Plusieurs projets, notamment dans le domaine de l'aéronautique, sont susceptibles de se concrétiser. Nous nous étions engagés à mettre en place la gratuité des manuels scolaires. Dès la rentrée prochaine, elle sera effective pour les élèves de terminale, et elle sera étendue à tous les lycéens dans les trois ans, tout comme l'aide à l'acquisition des premiers équipements professionnels, y compris pour les apprentis. Nous avons par ailleurs augmenté de manière significative les crédits du fonds d'intervention « manuels scolaires » et « premiers équipements professionnels » pour les élèves ne bénéficiant pas cette année de la gratuité. Nous nous étions engagés à pratiquer la concertation au service du développement régional. Nous avions annoncé pendant la campagne que nous redonnerions la parole aux Auvergnats. Nous organiserons les Assises régionales dès l'automne prochain. Ces rencontres ont d'abord pour objectif d'ouvrir les esprits, de créer avec les habitants et les acteurs socioprofessionnels les conditions du dialogue, et de faire émerger des projets concrets par territoire. Ces Assises seront aussi l'occasion de nous interroger sur le rôle de la Région, sa place aux côtés des Communes et des Intercommunalités, des Départements, mais aussi dans le jeu de la décentralisation, et dans le nouveau cadre européen. De cette concertation naîtront les projets tant au niveau local, départemental, régional, que du Massif Central et de la négociation à l'Europe. Onze réunions sont prévues sur toute l'Auvergne entre octobre et décembre prochains. Les grandes priorités pour l'Auvergne de demain seront abordées : la démographie et la politique d'accueil des populations. C'est l'enjeu stratégique de l'Auvergne. La création d'emplois dans les domaines de l'industrie, de la recherche, du tourisme, de l'environnement, de l'agriculture, de l'artisanat, de la jeunesse et de la formation, et enfin, le rôle de la Région comme moteur du Massif Central. La tâche est d'envergure, mais si cette dynamique se crée, nous aurons gagné ce pari d'une implication collective pour le développement de l'Auvergne. Nous tiendrons nos engagements, nous le devons aux électeurs qui nous ont fait confiance. L'éthique, la transparence sont au cœur de notre pratique. Aussi, lorsqu'une campagne de calomnie et de mensonge est fomentée, nous ne pouvons l'accepter. « Le Figaro », « L'Éveil de la Haute-Loire », et enfin une publication confidentielle de l'Allier ont annoncé l'achat de voitures par le Conseil régional et le recrutement de chauffeurs pour les Vice-Présidents. Ces propos sont mensongers. Aucun chauffeur n'a été recruté, aucun véhicule n'a été acquis ou commandé. Tous les médias qui se font l'écho de ces calomnies devront publier un démenti sous forme de droit de réponse. À défaut, ils en répondront devant les tribunaux. Les Vice-Présidents n'utilisent pas les voitures et les chauffeurs à des fins personnelles ou pour leurs déplacements quotidiens. S'il faut parler des pratiques passées, nous pourrons le faire. Si l'on doit entendre que nous gaspillons l'argent public, là-encore, il va falloir pour certains, répondre. J'admets les critiques sur le fond, mais jamais le mensonge. Je sais que c'est le fonds de commerce de certains. Ils me trouveront sur leur route, et avec la plus extrême fermeté. Il est anormal que des élus, fussent-ils ou elles de l'opposition, colportent avec assurance de tels mensonges alors qu'ils ou elles siègent dans cette Assemblée et savent bien qu'aucun emploi de chauffeur n'a été créé depuis notre élection. Que certains dans cette Assemblée ou au dehors ne soient pas satisfaits des résultats des élections de mars est compréhensible. Cela ne les autorise pas pour autant à dire tout et surtout n'importe quoi. Vient le moment où les élus doivent être responsables, respecter le suffrage universel et travailler de manière constructive, ils ont été élus pour cela. Mes chers collègues, je conclurai mon propos par un appel au civisme. Certes la campagne électorale pour les européennes n'a pas été très enthousiasmante. Faute aux médias ? Faute aux politiques ? Faute à qui ? Toutefois, il n'y a pas d'avenir pour nos régions et pour notre pays hors de l'Europe. J'appelle donc en votre nom tous les électeurs à faire mentir les pronostics et à aller voter massivement dimanche. La démocratie est un bien précieux, alors je souhaite vivement que chacun prenne dix minutes pour accomplir son devoir civique. Je vous remercie.
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